Comment les prix en Israël attentent à la dignité des consommateurs

Le problème, ce ne sont ni les produits, ni des consommateurs pas malins, ni le salaire minimum. Ce ne sont pas les Israéliens qui n’ont pas assez d’argent, ce sont les prix qui sont disproportionnés.
Le prix de l’alimentation, atteinte à la dignité des Israéliens
En Israël, on parle beaucoup du coût de la vie. Et beaucoup de pauvreté. Mais jamais dans la même phrase. Ce sont toujours des analyses et articles séparés, souvent l’un est écrit par un journaliste éco, et le deuxième par un journaliste société. C’est bien pratique.
Comme si le prix du lait n’avait rien à voir avec le nombre d’enfants qui sautent un repas. Comme si le supermarché n’était pas un lieu politique. Comme si la pauvreté flottait au-dessus des prix, indépendamment de ce que chaque famille peut se permettre d’inclure dans son caddie.
Pourtant, Israël détient le record de la plus forte distorsion entre prix et pouvoir d’achat du monde développé : 35%. Nous vivons dans un pays où :
- l’alimentation est 40% plus chère que dans l’OCDE,
- les ménages consacrent 18% de leurs dépenses en moyenne à l’alimentation, contre 13% en moyenne dans l’OCDE.
Officiellement, on parle de « pauvreté », avec plein de rapports déprimants qui donnent envie à plein de gens plein de bonnes intentions de faire la charité.
Officiellement, on parle de « coût de la vie », avec plein de chiffres sur plein de marques et de supermarchés.
Mais on n’évoque jamais la relation directe entre les deux, comme si l’alimentation n’était pas la base même de la dignité.
Le panier de base existe
En 2018, le ministère de l’Économie et le Bureau National de la Statistique ont créé un panier de 68 produits essentiels, dont 58 produits alimentaires, pour suivre les prix et permettre les comparaisons ; un outil précieux, et vite délaissé. La partie alimentaire du panier comprend :
- 23 produits d’épicerie,
- 10 fruits et légumes,
- 7 viandes et poissons,
- 9 produits laitiers et œufs,
- et 4 produits de la catégorie des pains.
J’ai choisi dix produits de base dans ce panier : pain, lait, œufs, pâtes, riz, cornflakes, thon, poulet, Coca, huile d’olive. Rien d’exotique. Ce n’est pas un vrai panier, juste un échantillon de ce qu’une famille achète forcément très régulièrement. Pour chacun, j’ai recueilli :
- en Israël : le prix le plus bas hors promotion et hors magasins sectoriels non accessibles à toute la population ;
- en Europe : le prix le plus bas chez Auchan et Spar (France, Autriche, Portugal). Ces trois pays sont ceux que nous utilisons dans l’application Kaspenu, car la moyenne de leur prix est égale à la moyenne de l’ensemble des pays européens. Ils représentent donc une bonne approximation des prix en Europe.
Et j’ai tenté de répondre à une question simple : combien de temps faut-il travailler au salaire minimum pour acheter ces dix produits ?
On a beau savoir instinctivement, les chiffres racontent toujours mieux l’histoire. Le détail de mon comparatif se trouve sous forme de tableau à la fin de ce texte, dont voici l’analyse globale, suivie de trois exemples très concrets.
Juste pour rappel : le salaire minimum horaire est de :
- 34,32 shekels en Israël (environ 9. 11€),
- 11€ environ en Autriche,
- 11,88€ en France,
- et de 5,83€ (!) au Portugal.
Travailler plus pouvoir acheter moins : des chiffres implacables
Pour mesurer si un pays est cher ou non, il ne suffit pas de regarder le prix affiché sur l’étiquette. Ce qui compte vraiment, c’est combien de temps il faut travailler pour acheter un produit.
C’est cela, tout simplement, le pouvoir d’achat : combien de minutes de travail s’évaporent quand vous achetez un litre de lait, un kilo de pâtes, du riz ou des œufs.
Plus un pays exige de minutes de travail pour les mêmes produits,
- plus la vie y est difficile,
- et plus les prix pèsent sur la dignité des familles.
C’est ce que montre notre comparaison.
Israël : il faut 5 h 36 mn de travail pour acheter le panier de base à prix plancher
Plus d’une demi-journée, juste pour acheter 10 produits ultra-basiques. Pas un caddie, pas un plein, juste dix produits : pain, lait, œufs, riz, pâtes, huile, etc. Et au prix le plus bas possible.
Dans les autres pays que j’ai étudiés, il faut beaucoup moins de temps de travail pour acheter exactement les mêmes produits. En France, ce petit panier « coûte » environ 3h09 de travail. En Autriche, 3h43. Même au Portugal, où le salaire minimum est presque deux fois plus faible qu’en Israël, le temps nécessaire est de 5h28.
Et si on compare uniquement la France et l’Autriche, deux pays dont le niveau de vie, les prix et les salaires sont comparables à ceux d’Israël, la moyenne tombe à 3h26.
Autrement dit, un Israélien travaille presque deux heures de plus qu’un Français ou un Autrichien pour acheter exactement les mêmes produits. En pourcentage, ça veut dire que les Israéliens doivent travailler environ 60% de temps supplémentaire pour un panier identique – une différence qui, à elle seule, résume l’ampleur de l’injustice économique qui frappe notre pays.
L’exemple du Portugal : une illustration éclairante du phénomène
Le Portugal a un salaire minimum presque deux fois plus faible que celui d’Israël, et pourtant, un Portugais doit travailler un peu moins qu’un Israélien pour acheter ces mêmes produits. Ce point est capital pour comprendre la situation israélienne :
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- un pays avec un salaire minuscule (Portugal) :
-> devrait logiquement avoir un pouvoir d’achat plus faible,
-> donc travailler plus longtemps pour acheter nos dix produits.
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- un pays riche comme Israël :
-> devrait logiquement permettre d’acheter plus facilement les produits alimentaires de base.
Or, c’est l’inverse qui se produit. Cela montre le niveau de distorsion entre les prix et le pouvoir d’achat que subissent les Israéliens.
Trois exemples frappants
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- 1. Le lait : un produit local, protégé par une législation spécifique, pourtant hors de prix
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Le lait israélien est 100% local, sous quotas et contrôles stricts. En théorie, il devrait être moins cher. En réalité, il faut 13 minutes de travail pour acheter un litre de lait en Israël, contre 5 minutes en France, et 5 minutes en Autriche.
Le consommateur israélien travaille 3 fois plus pour subventionner de ses propres deniers un produit local, protégé, et sur-régulé.
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- 2. L’huile d’olive : locale, protégée, subventionnée… Et pourtant luxueuse
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L’huile d’olive est un symbole israélien, une production locale en grande partie (lire mon étude sur l’huile d’olive dans ma newsletter). Mais ce symbole coûte cher : il faut 1h10 de travail en Israël pour acheter un litre d’huile d’olive, contre 39 minutes en France, 53 minutes au Portugal, et 53 minutes en Autriche (pays importateur à 100%).
Dans un pays producteur avec un petit marché protégé, l’huile d’olive coûte presque le double de temps de travail qu’en France.
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- 3. Les pâtes : un produit banal, importable, standardisé
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Les pâtes devraient être les mêmes partout. Mais non, il faut 18 minutes de travail en Israël pour acheter 1 kg de pâtes, contre 7 minutes en France, et 7 minutes en Autriche.
2,5 fois plus de travail pour un produit de base mondialement identique.
Ce que ces trois produits racontent finalement
- Quand le produit est local et protégé, les consommateurs israéliens paient d’autant plus cher : ils financent la rente des producteurs locaux.
- Quand le produit est mondialisé, les consommateurs israéliens paient également plus cher, ils financent les marges scandaleuses des importateurs et des producteurs.
- Quand le produit est basique, les Israéliens le paient plus cher parce qu’il y a toujours une raison imaginaire qui fait qu’en fin de compte, aucun produit n’est simple.
Le problème, ce ne sont pas les produits. Ce ne sont pas les familles israéliennes qui luttent au quotidien. Ce n’est même pas le salaire minimum, qui est correct dans l’absolu pour un pays développé avec un PIB comme celui d’Israël.
Le problème, c’est le prix. Ce sont les marges. C’est un marché verrouillé qui extrait de force ses profits des classes moyennes et des travailleurs pauvres. Ce ne sont pas les Israéliens qui n’ont pas assez d’argent, ce sont les prix qui sont disproportionnés.
On ne peut pas se vanter d’être un pays riche, innovant, productif, avec un PIB élevé et un taux d’emploi record, et en même temps obliger les salariés de base à consacrer le salaire de 5 h 36 de travail à acheter dix produits basiques.
La conclusion est simplissime
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- En Israël, les prix « bouffent » le pouvoir d’achat des consommateurs.
- Les salariés israéliens sont taxés par les prix, comme si Israël était un pays pauvre – alors même que leurs salaires ne sont pas ceux d’un pays pauvre.
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C’est cela, la distorsion entre les prix et le pouvoir d’achat.
Et c’est ce qui fait basculer une société dans l’injustice économique : quand un pays riche prive ses habitants du niveau de vie qui devrait accompagner leur appartenance à un pays développé avec une société de consommation fonctionnelle.
Ma proposition : un panier national de 58 produits alimentaires à prix abordable
L’État dispose déjà du meilleur outil possible : le panier officiel de 58 produits alimentaires essentiels. Il est universel, représentatif, transpartisan, déjà validé par l’État. Il ne manque qu’une décision politique : le rendre obligatoire à prix juste.
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- Lui fixer un prix égal au prix coûtant et marge plafonnée (8-12%) : les industriels et distributeurs déclarent leurs coûts en toute transparence, auprès du contrôleur de l’État chargé d’en vérifier la véracité. L’État fixe un prix maximum raisonnable.
- Appliquer à ces produits un taux de TVA réduit de 3% : l’État n’a pas à s’en mettre plein les poches sur des produits de base, de nombreux pays appliquent déjà la TVA à taux réduit sur les produits de première nécessité.
- Appliquer la transparence obligatoire en magasin : chaque chaîne doit afficher : le prix national maximum, son prix réel, la mention « Conforme / Non conforme ».
- Mettre à jour les données sur une base trimestrielle : les prix sont révisés tous les trois mois, sur la base des coûts réels.
- Faire contrôler le tout par une commission publique indépendante : avec le contrôleur de l’État, des économistes, des ONG, des représentants des consommateurs.
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Cette mesure est efficace, parce qu’elle utilise un outil déjà existant, ne coûte rien à l’État, protège directement tous les ménages, rétablit la vérité dans un marché opaque, et fixe enfin un plancher de dignité alimentaire.
Quand un pays riche demande 5 h 36 de travail pour dix produits de base, la question n’est plus technique, elle n’est plus économique, elle est morale.
Le prix de l’alimentation est devenu un vol de dignité. Il est temps de la rendre à tous.
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Kaspenu s’est bien installée dans le paysage de la consommation israélienne, les produits scannés sont variés et de nombreux utilisateurs témoignent avoir changé leurs habitudes de consommation. Nous travaillons sur une version premium de l’application avec un panier intelligent qui fera toute la différence dans vos achats.
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Article publié sur le Substack le 23/11/25.
