Comment les Israéliens choisissent le prénom de leur enfant

Eitan et Maya chez les riches, Moshé et Sarah chez les pauvres ; en Israël, le prénom est révélateur du niveau socioéconomique des parents.

Telle est l’étonnante révélation de la liste des prénoms populaires qui vient d’être rendue publique pour les Israéliens nés en 2019.

Le palmarès des prénoms en Israël pourrait se résumer par la devise : « Dis-moi quel est ton prénom, je te dirais qui tu es ». Il se trouve que le choix du prénom est dicté par le niveau économique des parents et pas seulement par leur libre arbitre.

C’est ce que dévoile l’enquête annuelle de l’Institut israélien de la Statistique consacrée aux prénoms les plus populaires ; le statut socioéconomique des parents influencerait ces derniers dans leur décision pour nommer leur bébé.

Le Top 10 national et régional

On sait que la société israélienne est très divisée ; le morcellement social se retrouve dans des nombreux aspects de la vie quotidienne comme l’éducation, les revenus, le logement, l’emploi, les chances de réussite, etc.

Dorénavant, on ne pourra plus ignorer que les divisions de la société israélienne se retrouvent aussi dans un domaine pour le moins inattendu : les prénoms.

Au niveau national, le prénom juif le plus répandu parmi les naissances de 2019 est David pour les garçons et Tamar pour les filles. L’enquête révèle aussi la montée des prénoms juifs communs aux deux sexes comme Ariel, Omer, Noam et Daniel.

Chez les musulmans, le top 10 des prénoms les plus donnés en 2019 reste stable. En tête de classement : Mohammed pour les garçons et Myriam pour les filles. Les prénoms communs aux deux sexes sont plus rares chez les musulmans, comme Nour et Joud.

Jusque-là rien de surprenant. Mais si on distingue les villes et régions, les prénoms favoris sont bien différents du palmarès national. Et ce n’est pas tout : pour la première fois cette année, l’institut israélien de la statistique publie le palmarès des prénoms classés selon le niveau socioéconomique de chaque localité.

Dans les villes israéliennes dont la population juive est aisée (comme Herzliah, Ramat-Gan, Or-Hasharon, Tel-Aviv, Guivat-Shmouel et Kfar Saba), le prénom favori donné aux bébés nés en 2019 était Eitan pour les garçons et Maya pour les filles.

Dans les localités les plus pauvres (comme Bnei-Brak, Jérusalem, Emmanuel, Ashdod et Beit-Shemesh), c’est Moshé qui est le prénom favori pour les garçons et Sarah qui arrive en tête du côté des filles.

Références culturelles

Certes, le choix du prénom appartient aux parents ; mais en Israël, il est surtout déterminé par les origines géographiques de la famille, son statut social et ses références religieuses.

C’est ainsi que les familles les plus pauvres sont nombreuses parmi les Israéliens religieux : le choix se portera alors sur un prénom classique d’origine biblique – comme Moshé et David pour les garçons, Sarah et Tamar chez les filles.

En revanche, dans les villes les plus riches, la préférence des parents se portera sur les prénoms considérés comme modernes, d’où le choix d’Eitan et Ariel pour les garçons et Maya et Adèle pour les filles. Parfois, le prénom « moderne » a aussi une origine hébraïque ; mais il est choisi car il renvoie à la haute bourgeoisie et il est porté par de nombreuses personnalités internationales.

Aujourd’hui, on sait que l’argent – qui est le moteur de l’économie israélienne – détermine le prénom des petits Israéliens ; les parents aisés choisiront un prénom qui pourra influencer positivement la personnalité et la vie de leur enfant – en termes de richesse et de célébrité.

Conclusion à méditer pour les futurs parents israéliens : il n’est plus nécessaire de passer des journées, voire des mois, à réfléchir au prénom de votre futur enfant. Dans la majorité des cas, vous le choisirez involontairement en fonction de votre niveau socioéconomique ainsi que de vos références culturelles et religieuses.

à propos de l'auteur
Jacques Bendelac est économiste et chercheur en sciences sociales à Jérusalem où il est installé depuis 1983. Il possède un doctorat en sciences économiques de l’Université de Paris. Il a enseigné l’économie à l’Institut supérieur de Technologie de Jérusalem de 1994 à 1998 et à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 2002 à 2005. Aujourd'hui, il enseigne l'économie d’Israël au Collège universitaire de Netanya. Il est l’auteur de nombreux ouvrages et articles consacrés à Israël et aux relations israélo-palestiniennes. Il est notamment l’auteur de "Les Arabes d’Israël" (Autrement, 2008), "Israël-Palestine : demain, deux Etats partenaires ?" (Armand Colin, 2012), "Les Israéliens, hypercréatifs !" (avec Mati Ben-Avraham, Ateliers Henry Dougier, 2015) et "Israël, mode d’emploi" (Editions Plein Jour, 2018). Régulièrement, il commente l’actualité économique au Proche-Orient dans les médias français et israéliens.
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