Comment la paix et la sécurité peuvent-elles être garanties en Europe ?

Un manifestant tenant le drapeau français avec le slogan «Liberté d'expression» lors d'une manifestation dimanche 18 octobre 2020 à Paris. (Photo AP / Michel Euler)
Un manifestant tenant le drapeau français avec le slogan «Liberté d'expression» lors d'une manifestation dimanche 18 octobre 2020 à Paris. (Photo AP / Michel Euler)

Martin Luther King disait : « Nos vies commencent à s’achever le jour où nous nous taisons devant des événements importants. Au final on ne se souviendra pas des mots de nos ennemis mais du silence de nos amis »

Comment la paix et la sécurité peuvent-elles être garanties en Europe ?

Vaste question que beaucoup de politiques, de militaires ou d’hommes de l’ombre se posent depuis des années. La paix et la sécurité en Europe sont menacées par beaucoup de choses mais je souhaite m’entretenir avec vous sur un des aspects de la question qui est la religion.

Comme vous le savez l’étymologie du mot religion vient du mot religare en latin qui veut dire relier. De nos jours la religion ou plutôt les religieux ne relient pas les hommes entre eux mais plutôt le contraire.

Tout d’abord acceptons que la religion, toute religion, reste une affaire de groupe, c’est-à-dire de pouvoir. Elle sert de pôle identitaire pour beaucoup. Nous observons que la religion s’est mondialisée. Dans le village global théorisé par Marshall Mc Luhan, il y a désormais des églises globales, une mosquée globale, une synagogue globale.

Le constat depuis des années est clair.

Nous observons de plus en plus de fondamentalistes et avec eux le processus est toujours le même. Les textes sacrés étant obscurs, pour en dégager la vérité cachée il faut les interpréter. Ces interprétations sacralisées à leur tour, s’empilent au cours des siècles pour former un imposant et fort disparate corpus textuel, lui-même interprétable à l’infini. La tentation est grande dès lors de retourner aux sources, aux fondamentaux de la foi.

Le problème est qu’il y a les textes sacrés et il y a ce que les hommes en font.
Quelques écrivains, penseurs journalistes nous expliquent que les textes sacrés sont l’origine du mal mais Il est aussi stupide d’aller chercher dans le Coran les sourates qui prêchent la guerre sainte pour rendre compte des agissements des terroristes que de glaner dans la Bible de quoi expliquer l’assassinat de Rabin.

Je ne veux pas être le pessimiste de service mais nous sommes rentrés dans une guerre et cette guerre nous allons la perdre si nous ne changeons pas de stratégie.
La guerre contre le terrorisme religieux n’est pas un conflit classique où la victoire sur le champ de bataille apportera la paix. Dans cette guerre, on ne se bat pas contre des gouvernements qui représentent des peuples, mais contre une nébuleuse qui véhicule une idée.

La raison profonde d’une guerre de religion n’est pas le territoire, ni l’argent. C’est la religion. Mais attention et cela nos ennemis l’ont bien compris, un conflit de religion n’est jamais que de religion, il y a aussi un problème social et économique qui fait que les peuples se rallie à ces nébuleuses. C’est pour cela que cette guerre doit s’accompagner d’investissements massifs et immédiats pour montrer qu’on veut le bien du peuple.

Si les gouvernements doivent combattre l’intégrisme religieux à l’échelle planétaire afin que notre continent reste un endroit de paix, les citoyens européens peuvent aussi agir et une des armes qu’ont ces citoyens est le dialogue interculturel
Je parle de dialogue interculturel et non de dialogue interreligieux car malheureusement ce dernier a échoué.

Essayons de comprendre pourquoi.

Depuis maintenant une vingtaine d’années nous observons que le dialogue inter-religieux passe par les instances religieuses, c’est-à-dire par les rabbins, imams ou prêtres.

Ils discutent des heures ensemble, philosophent, comparent les textes, se disent des amabilités mais…c’est un échec. Échec, car aucun de ces dignitaires religieux n’a de lecture critique de sa religion. Pour eux la religion est un dogme.

Le dogme religieux est dangereux car il impose, n’admet pas la vérité de l’autre et pense avoir raison sur tout.

Tel qu’il est enseigné de nos jours, le dogme religieux ne permet pas aux fidèles d’arriver à une spiritualité. Ainsi, si nous mettons une assiette de jambon devant des jeunes juifs et musulmans, ils nous diront que ce plat n’est pas cachère ou halal.

Mais lorsqu’on leur demandera pourquoi le jambon n’est pas cachère ou halal, il n’y aura pas de réponse à part : « C’est écrit dans le texte ». Ne pas manger du jambon, c’est la religion ; savoir pourquoi, c’est la spiritualité.

Le but de la religion est justement d’être le codex pour arriver à une spiritualité.
Les dignitaires religieux oublient dans leurs différents dialogues que plus de 55% des européens ne se reconnaissent pas dans les religions révélées.

Alors que faire pour éviter cette guerre ?

Tout d’abord, je pense que les Européens et plus spécialement les Français ont besoin de clarifications dans beaucoup de domaines dont celui de la religion.
Lorsqu’on écoute les dignitaires religieux (ceux qui ont pris en main le dialogue inter religieux), nous avons du mal à comprendre leurs buts.

L’éducation est la meilleure solution

L’école doit redevenir le lieu où les enfants apprennent à se reconnaitre dans un passé commun ; sinon pourquoi vivrais-je ici plutôt qu’ailleurs ; et pourquoi respecterais-je des lois qui n’ont pas été faites par moi et pour moi, mais pour d’autres ?

Un des problèmes est que certains vont encourager les parents à envoyer leurs enfants dans des écoles religieuses mais :
Les écoles religieuses posent problème car les enfants ne se mélangent plus.
Les gouvernements doivent éradiquer la migration des élèves du public vers les écoles religieuses sans contrat en étant fermes contre les propos racistes ou antisémites.

Les gouvernements doivent assister les proviseurs et les professeurs lorsqu’ils ne peuvent enseigner certains pans du programme.

Et surtout le Gouvernement doit fermer les écoles religieuses qui ne sont pas sous contrat. En effet, notre système éducatif est composé d’écoles publiques, privées sous contrat et privées en dehors de tout contrat avec l’État. Cette dernière catégorie est souvent dirigée par des Institutions religieuses qui profitent de cette opportunité pour « oublier » d’enseigner certaines parties du programme.

Nous devrions revenir à seulement deux modes d’éducation : le public et le privé sous contrat, ce qui permettra aux inspecteurs de contrôler l’enseignement dispensé dans ces différents établissements. Là où l’enseignement religieux prévaut sans aucun contrôle, les idéaux de laïcité mais surtout de fraternité disparaissent
Enfin, les rectorats doivent convoquer les parents des enfants fauteurs de trouble pour leur rappeler qu’ils sont responsables de leurs enfants.

Conclusion

Si nous devons discuter du vivre ensemble, de grâce, laissons les simples citoyens débattre et ensuite invitons les dignitaires religieux à discuter.

Il y a une très belle théorie dans le judaïsme : cette théorie nous explique que Dieu s’est retiré du monde pour laisser la place aux hommes afin qu’ils dirigent notre planète.

Si Dieu s’est retiré du monde, les dignitaires religieux peuvent aussi le faire, du moins momentanément.

à propos de l'auteur
Éric Gozlan est né en 1964. Il a vécu une grande partie de sa vie en Israël au kibboutz et a servi dans une unité combattante de Tsahal pendant la première guerre du Liban et la première Intifada. Il étudie l’économie en Israël. De retour en France, il est reçu au troisième concours de l'École Nationale de la Magistrature et a travaillé de nombreuses années dans le milieu bancaire et au Conseil de l’Europe. En dehors de son parcours professionnel, Éric a toujours été intéressé par le social et les relations interreligieuses. Il pense qu’il est possible d’arriver à la paix par la religion (puisque les guerres partent souvent de celle-ci). C’est pour cette raison qu’il s’emploie en France à travailler sur le dialogue interreligieux et ce notamment avec l’Imam Chalghoumi Il a été nommé il y a peu par le roi des Roms ambassadeur de sa cause pour la France et a reçu la médaille de la paix en Roumanie. Éric est souvent invité à des congrès pour la paix pour donner son expertise sur certains problèmes Il a participé à deux nombreux colloques sur la paix et le dialogue inter religieux en Corée, Russie, Etats-Unis, Bahreïn, Belgique, Angleterre, Italie, Roumanie… Il est fondateur de Focus International Consulting et directeur de l'International Council for Diplomacy and Dialogue Eric Gozlan écrit dans plusieurs revues dont le Nouvel Observateur en France, Times of Israël en Israël et a publié dernièrement, suite à une demande du Vatican, une étude sur l’apostasie dans le Judaïsme
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