Comment Israël pourrait tirer parti de la crise ukrainienne

L’invasion de l’Ukraine par la Russie aura un lourd impact sur l’économie mondiale, notamment en raison de la flambée des prix du gaz, du pétrole et des matières premières agricoles.
En revanche, Israël est relativement peu dépendant de l’Ukraine, ce qui fait que l’impact négatif de la guerre sera très modéré pour son économie.
Comme la plupart des économies occidentales, Israël aussi est pris dans la tourmente provoquée par l’invasion de l’Ukraine par la Russie ; les marchés financiers ont chuté et l’inflation mondiale ne manquera pas de se répercuter sur le consommateur israélien.
Une dépendance limitée
Le commerce d’Israël est faiblement exposé aux deux pays en conflit, l’Ukraine et la Russie ; l’Etat juif est donc très peu dépendant d’eux pour ses approvisionnements en marchandises.
C’est ainsi qu’en 2021, les exportations israéliennes vers l’Ukraine ne représentaient que 0,3% des exportations totales d’Israël ; tout comme les fournitures de marchandises ukrainiennes à Israël qui se montaient à seulement 0,2% des importations israéliennes.
Avec la Russie aussi, le commerce bilatéral n’a jamais vraiment décollé : en 2021, la Russie représentait 1,3% des exportations israéliennes et 0,8% de ses importations.
Un seul point noir : le blé. 80% du blé que consomme l’Israélien provient d’Ukraine et de Russie. Si le blé ne manquera pas en Israël, son prix flambera comme de nombreux autres produits agricoles originaires de la zone de guerre.
La haute technologie israélienne sera peut-être le secteur le plus touché par la crise ukrainienne. Dans un article précédent, nous évoquions le rêve évanoui du high-tech israélien : les sociétés israéliennes qui emploient une main d’œuvre à bas salaires à Kiev ou Odessa se sont retrouvées dans une zone de guerre.
Des retombées favorables
Pour faire preuve d’optimisme, force est de constater que la guerre en Ukraine s’accompagne d’un certain nombre de retombées favorables à Israël.
- L’affaiblissement du shekel est la meilleure chose qui arrive à l’économie d’Israël. En cherchant refuge dans le dollar et l’or, les spéculateurs ont provoqué le recul du shekel face au billet vert. Vingt-quatre heures de guerre ont suffi pour abaisser le shekel, ce que la Banque d’Israël n’a pas réussi à faire au cours des deux dernières années.
- L’Alya des Juifs d’Ukraine pourrait connaître un pic dans les mois qui viennent. L’Agence juive estime qu’environ 200.000 Ukrainiens sont bénéficiaires de la Loi du Retour ; si seulement 10% d’entre eux s’installaient en Israël, l’apport humain serait important pour l’Etat juif, son économie et sa société.
- Le gaz israélien pourrait élargir ses débouchés vers les marchés internationaux. Alors que plusieurs pays d’Europe se demandent si le gaz russe suffira à finir l’hiver, Israël pourrait accélérer la construction du gazoduc devant acheminer le gaz israélien de la Méditerranée vers l’Europe.
- La remontée des taux d’intérêt semble inéluctable en Israël. Si la Banque d’Israël hésite encore, elle profitera de la crise ukrainienne pour justifier une hausse du taux directeur le mois prochain ; une mesure nécessaire pour freiner une consommation privée trop forte et ralentir les pressions inflationnistes.
- L’accélération des réformes économiques permettra de combattre les monopoles et de favoriser la concurrence. La crise ukrainienne devrait convaincre les dirigeants israéliens de diversifier les sources d’approvisionnement étrangères pour ne pas dépendre d’un seul pays comme c’est aujourd’hui le cas pour le blé.
Si pour Israël, les retombées économiques seront minimales, il en va différemment de l’impact géopolitique ; l’Etat juif se retrouve dans une position délicate, pris en tenaille entre son allié naturel américain et son partenaire stratégique russe qui est aussi présent à sa frontière avec la Syrie.
La guerre en Ukraine est d’abord une tragédie humaine qui fera de nombreuses victimes ; elle va mettre aussi en place un nouvel ordre mondial aux retombées géopolitiques et économiques majeures – et qui n’épargnera pas Israël.
