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Comment ce Pessah est différent de tous les autres en sept points

Chaque année, le plus jeune enfant pose la question : pourquoi cette nuit est-elle différente ? Cette année, la réponse ne demande pas d’effort d’imagination. Le ciel au-dessus d’Israël est fermé. Nous nommons des plaies qui sont les nôtres. Nous transmettons le récit à nos enfants non par habitude, mais parce que nous avons regardé ce qui se passe et décidé ce que nous voulons qu’ils portent. Nous connaissons le bruit des sirènes. Nous écrivons l’histoire de l’intérieur, sans voir l’autre rive. Et nous disons, depuis Jérusalem, depuis Tel Aviv, depuis le nord et le sud : nous sommes là. Les quatre premiers points nomment ce que nous portons. Les trois derniers disent ce qui demeure.

מַה נִשְּתַנָּה הַלַּיְלָה הַזֶּה מִכָּל הַלֵּילוֹת

UN

C’est la fête de la liberté, et nous ne pouvons pas partir.
Le ciel au-dessus d’Israël est fermé. Et pourtant, au cœur même de cette contrainte, une liberté différente : une liberté de pensée, dépouillée de tout ce qui n’est pas essentiel. Nous nous battons pour notre survie, pour la liberté la plus fondamentale qui soit. Parfois, il faut un siège pour savoir ce qui vaut vraiment la peine d’être libre.

DEUX

Ce n’est pas un Pessah de printemps, de légèreté, d’insouciance. C’est un Pessah de l’essentiel.
Ce Pessah nous relie aux moments les plus durs de notre histoire : aux Juifs qui ont tenu un séder dans le ghetto de Varsovie en sachant que c’était peut-être le dernier ; aux marranes d’Espagne qui murmuraient les prières derrière des portes verrouillées pendant l’Inquisition. Eux aussi n’avaient que le récit, et ils s’y sont accrochés quand même. Nous aussi. La Haggadah n’est pas une relique. C’est le fil.

TROIS

Ce n’est pas seulement un Pessah des dix plaies d’Égypte. C’est un Pessah de nos propres plaies.
Cette année, nous nommons les plaies de notre présent : le terrorisme, les missiles, le poison de la polarisation, la haine de soi, les manoeuvres politiques corrompues, la division, la haine qui se répand dans les rues de New York, de Paris et de Sydney, les horloges qui comptent à rebours vers la mort, les slogans creux qui transforment notre deuil en instrument dont d’autres s’emparent. Nous trempons notre doigt dans le vin pour celles-là aussi. Nous ne détournons pas le regard.

QUATRE

Ce n’est pas un Pessah de l’habitude. C’est un Pessah du choix conscient.
Chaque année, nous transmettons le récit à nos enfants et à nos petits-enfants. Cette année, nous savons exactement ce que nous transmettons, et pourquoi. Non par habitude. Non parce que c’est écrit. Parce que nous avons regardé ce qui se passe et décidé ce que nous voulons qu’ils portent. Cette décision est elle-même l’héritage.

CINQ

Ce n’est pas seulement un Pessah de matzah. C’est un Pessah de vivre dans l’incertitude.
Nous savons ce que c’est de courir vers un abri. De quitter la table au milieu d’une phrase. De compter les secondes entre la sirène et l’impact. Le pain sans levain, cuit à la hâte par des gens qui devaient partir avant que la pâte ne lève, nous appartient cette année plus qu’à aucune autre. Cette année, nous le goûtons autrement.

SIX

Ce n’est pas seulement un Pessah où l’on raconte le récit. C’est un Pessah où l’on le choisit.
La Haggadah nous ordonne de nous voir comme si nous avions personnellement quitté l’Égypte. Cette année, ce n’est pas un effort d’imagination. Nous sommes à l’intérieur d’un exode qui n’a pas encore d’autre rive. Et nous faisons des choix, chaque jour, sur ce que ce récit dira. Ce que nous soulignons. Ce que nous refusons. Le sens que nous donnons à ce qui nous arrive. Le récit n’est pas encore écrit. Nous l’écrivons maintenant, à cette table, ce soir.

SEPT

Ce n’est pas seulement un Pessah où l’on chante l’année prochaine à Jérusalem. C’est un Pessah où l’on chante : nous sommes là, et nous continuerons à construire.

Pendant deux mille ans, nous avons fermé le séder sur un désir : l’année prochaine à Jérusalem. Nous le disons maintenant depuis Jérusalem, depuis Tel Aviv, depuis le nord qui est encore sous les tirs, depuis le sud qui guérit encore. Nous sommes là. Et être là, dans ces conditions, n’a rien d’évident. C’est un choix, renouvelé chaque matin. Ce choix a un nom. La Torah nous l’a donné bien avant cette guerre : ve’bacharta ba’chaim. Tu choisiras la Vie. Nous l’avons choisi quand nous sommes entrés pour la première fois dans cette terre. Nous le choisissons à nouveau ce soir. Nous le choisirons encore demain.

Ma nishtana ha’layla ha’zeh. Pourquoi cette nuit est-elle différente ? En tout. Et nous sommes là pour le dire.

à propos de l'auteur
Dr. Cathy Lawi est la directrice générale et fondatrice d'Emotionaid, une organisation spécialisée dans la première intervention face à la détresse émotionnelle. Fondée en 2009 en Israël, avec un rayonnement international, Emotionaid a été pionnière dans la première réponse aux situations de stress intense et de trauma.
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