Comme un énième recommencement

En me réveillant ce matin, un petit tour sur Twitter mon café à la main, je remarque que les américains s’affolent autour d’une attaque au couteau dans une synagogue de l’Etat de New York. Première réaction : certainement l’info date d’une semaine.
Deuxième réaction : encore une fois … Troisième réaction : que faire de plus ? Et alors, je lis, venant des personnalités de la communauté juive, des condamnations de cet acte. Encore. Toujours. Et là, bien éveillé, une nausée malsaine survient. Encore.
Cette dernière décennie a été pour les juifs du monde entier perturbante, parfois horrible et malheureusement meurtrière. Et comme à son habitude, la communauté juive réagit avec la plus grande pudeur. Dans le cortège de la marche du 11 janvier 2015. Dans une marche silencieuse en 2018 pour Mireille Knoll. Dans de multiples manifestations où l’on pense, peut être à tort, que nous sommes le calme dans la tempête. L’ancre de ce bateau vacillant que sont les pays de l’Ouest. La constante cible privilégiée de sursauts terroristes, qu’ils soient islamistes, supremacistes, communistes et j’en passe.
Et ce matin, la goutte faisant déborder le vase, l’indignation ne me suffit plus. Après les insanités de Corbyn, les justifications de Mélenchon, les insultes de Tlaib, l’inaction de certains gouvernements occidentaux, l’immobilisme des politiques publiques en matière d’antisémitisme. Après les multiples meurtres antisémites et autres attaques sanglantes du genre. Le vase est plein. Il a déjà débordé depuis longtemps. Les juifs ne peuvent plus. Mais ça n’a l’air de ne déranger que la gente juive. Comme d’habitude. Comme cet éternel recommencement.
Et comme un film que l’on aurait regardé des centaines de fois, mais dont la fin même si elle ne nous surprend plus, nous retourne tout de même les tripes sans que nous ne puissions rien faire, spectateur que nous sommes. Mais ce spectateur, qui critique et condamne la fin de ce film tant de fois vu, ne peut plus rester à le regarder. Aujourd’hui, il a besoin de crier, de hurler devant les attaques touchant les siens. Aujourd’hui condamner ces actes ne sert plus à rien, si ce n’est apaiser vainement une communauté trop meurtrie par ces infamies trop nombreuses. Il me devient alors impossible désormais de me taire, de nous taire.
Nous, peuple Juif qui par tant de maux avons survécu. Qui avons souffert de mille et un tourments, venant de divers agresseurs, meurtriers, fanatiques, idéologues et même intellectuels parfois. Nous qui avons payer de notre sang le prix de notre place dans la société. Nous ne pouvons plus nous taire. Nous ne pouvons plus condamner. Nous ne pouvons plus s’indigner. Nous ne pouvons plus laisser nos destins dans les mains de ces autres qui n’agissent pas. Alors que les ethnies et peuples du monde entier montrent leur solidarité envers les leurs, nous avons toujours ouvert nos bras à tous, pensant que nos combats collectifs permettraient d’aider la majorité. Nous voyons à quel point aujourd’hui cette stratégie n’est plus efficace.
Désormais, malheureusement nous devons, tous autant que nous sommes, nous emparer de ce problème qu’est l’antisémitisme. Nous devons nous battre par tous les moyens possibles et inimaginables. Nous ne pouvons plus laisser les nôtres, mourir, souffrir, se faire agresser ou salir les tombes de nos aïeux sans rien faire d’autres que quelques beaux discours. Il devient alors urgent de s’unir face à cette inflation de la haine à notre égard. Une haine meurtrière, horripilante mais dont personne semble se soucier.
Même si ces quelques mots ne toucheront qu’une partie d’entre vous. Même si les diverses communautés juives n’entendront certainement pas cet appel isolé, ces mots, si importants pour moi, devaient être dits, dans l’espoir qu’un jour d’autres auront la force et le pouvoir de changer les choses.
