Combattre la pauvreté en Israël sans une approche sectorielle des problèmes sociaux
En Israël, la pauvreté frappe une grande partie de la population et la guerre n’a rien arrangé. Les chiffres publiés par l’Institut national d’assurances (la sécurité sociale) montrent l’ampleur du phénomène : 21 % des Israéliens (+ 0,3 % en un an) vivent en dessous du seuil de pauvreté, soit plus de 2 millions de personnes, dont 880 000 enfants.
Les Arabes (un peu plus du tiers de familles) et les ultraorthodoxes (un peu moins du tiers) comptent pour 65 % de ce total. Les raisons ? Dans ces familles nombreuses, une faible participation des femmes arabes au marché du travail et une vie consacrée à l’étude de la Torah pour la moitié des hommes ultraorthodoxes, privent le foyer du deuxième salaire qui leur permettrait de sortir de la pauvreté.
Mais le phénomène frappe aussi 14 % des familles juives qui ne sont pas ultraorthodoxes, en particulier des familles monoparentales. Véritable scandale national, plusieurs milliers de survivants de la Shoah sont aussi concernés.
La guerre a fait aussi sentir ses effets. Malgré l’indemnisation des jours de réserve, l’absence d’un parent a parfois conduit à des dépenses supplémentaires (pour la garde d’enfants par exemple) et fait entrer dans la précarité des jeunes familles qui n’y étaient pas.
Le niveau élevé des prix sur les deux postes les plus importants pour ces populations, le logement et l’alimentation, contribuent aussi à l’importance de la pauvreté en Israël. Les témoignages attestent de la montée de l’insécurité alimentaire et de la privation de l’achat de médicaments. Les solutions ? Les aides de l’État et celles d’associations (comme Latet) permettent de limiter les souffrances, mais pas d’endiguer la pauvreté.
Un traitement de fond consisterait en des mesures attendues depuis longtemps : la fin des privilèges accordés aux ultraorthodoxes en matière d’éducation (absences d’enseignement des matières fondamentales dans la moitié des écoles pour garçons de ce secteur) et d’obligations militaires (dont ils sont dispensés), permettrait d’augmenter leur participation au marché du travail; des programmes spécifiques en direction des femmes arabes ont déjà fait leurs preuves en la matière et devraient être généralisés avec les mêmes objectifs : les études, la formation professionnelle.
On l’aura compris, un investissement conséquent dans l’éducation est la meilleure réponse à la persistance de la pauvreté : la hausse du niveau d’employabilité, de qualification ouvre en grand les portes du marché du travail. Ils contribuent aussi à l’élévation de la productivité, à celle de la production de richesses bénéfiques pour l’ensemble de la société.
En d’autres termes, la lutte contre la pauvreté requiert d’en finir avec une approche sectorielle des problèmes sociaux. Car combattre la pauvreté ne relève pas seulement de la politique sociale, mais de la politique tout court.

