Combattre « à la guerre comme à la guerre »

Le président américain Donald Trump se dirige vers les journalistes avant de décoller à bord de Marine One depuis la pelouse sud de la Maison Blanche, le 30 septembre 2025, à Washington. (Crédit : AP / Alex Brandon)
Le président américain Donald Trump se dirige vers les journalistes avant de décoller à bord de Marine One depuis la pelouse sud de la Maison Blanche, le 30 septembre 2025, à Washington. (Crédit : AP / Alex Brandon)

Cette célèbre expression française datant du 17e siècle est toujours d’actualité. Depuis les temps bibliques et durant les grandes odyssées, les aventures guerrières ne se gagnent que par une victoire totale et la capitulation de l’ennemi. Telles les compétitions sportives, il n’existe pas de victoire partielle ou de demi-défaite, le match nul est également exclu car il ne réglera pas un conflit à long terme. Depuis la fondation de l’État juif, nous l’avons ressenti dans la chair et l’âme.  Toutes les guerres dont celle que nous menons ces jours-ci contre le monde arabo-musulman  prouve ce triste constat.

Cependant, cette expression ne veut pas dire qu’il soit permis à une puissance militaire de se conduire comme des États voyous, tels les barbares ou les terroristes islamistes sanguinaires. Une démocratie ne perd jamais ses valeurs, sa vocation et son âme. Elle respecte les accords et les traités signés et se conforme au Droit international.

Il semble que les États-Unis et l’Iran ne souhaitent pas un retour à des combats de grande envergure mais une guerre d’usure ne rime également à rien. Les affrontements actuels ne pourront pas dissuader l’Iran d’ouvrir à la libre circulation maritime les détroits d’Ormuz ou celui de Bab el Mandeb situé dans la corne de l’Afrique et menacé par les Houthis du Yémen. Les Gardiens de la révolution détiennent là un atout stratégique et économique majeur, une véritable carte maitresse. Ils sont engagés dans une lutte existentielle et peuvent endurer de plus grands sacrifices car la religion fanatique chiite est ancrée dans les esprits.

De ce fait, le régime iranien refusera à faire des concessions. Il ne cédera pas non plus sur les missiles balistiques ou au projet nucléaire au moment où nous apprenons que des milliers de centrifugeuses ont été transférés dans un complexe souterrain installé dans « la montagne de la pioche » à 200 kilomètres au sud de Téhéran.

Trump souhaite asphyxier l’économie iranienne mais il est conscient des limites, des enjeux et des retombées sur l’économie mondiale alors que les prix du pétrole  flambent à nouveau.

Frapper les infrastructures civiles comme les réseaux électriques plongerait le peuple iranien dans l’obscurité et jouera en boomerang contre l’Amérique.

Malheureusement, Trump a commis plusieurs erreurs stratégiques et tactiques et a prouvé une méconnaissance totale sur les intentions réelles des Gardiens de la révolution. Dès le départ, il a refusé de mener une guerre jusqu’au-boutiste et puis a signé un protocole d’accord transformé par les Iraniens en torchon de papier.

Malgré toutes les menaces et les promesses de Trump, le régime est toujours au pouvoir et l’Iran est toujours capable de riposter sévèrement aux raids américains et causer des pertes humaines et des dégâts considérables.

L’enthousiasme de la population iranienne s’est aussi émoussé et elle craint le pire. Paralysé par la terreur et l’oppression, la mise à mort des opposants sur la place publique, déçu profondément des Etats-Unis et de la communauté internationale, plongé dans la misère, ce peuple cherche désespérément une bouée de sauvetage.

Israël suit de près l’évolution de la situation mais pour l’heure ne devrait pas intervenir seul, sans une coordination préalable et étroite avec les Etats-Unis. Devant un impressionnant renfort américain installé dans notre pays et dans toute la région, il serait donc sage de ne pas s’aventurer sur un front lointain, à des milliers de kilomètres de nos frontières. Bien entendu, on ne pourra pas tolérer des tirs en provenance de l’Iran, du Hezbollah ou des Houthis mais laissons le président Trump gérer ce conflit à sa manière.

Ses intérêts sont différents des nôtres, d’autant plus que nous sommes en pleine campagne électorale, la société israélienne est fatiguée des guerres et Tsahal manque d’effectifs pour assurer la sécurité sur tous les fronts.

Trouvons plutôt des solutions adéquates et pragmatiques à nos portes, dans la bande de Gaza et au Liban.

La visite du président Joseph Aoun à la Maison Blanche pourrait relancer la normalisation avec Israël, isoler le Hezbollah et écarter l’Iran de la région. Le président américain devra saisir cette opportunité pour renforcer sa position internationale. En obtenant un succès diplomatique et historique avec l’appui de l’Arabie saoudite et des Émirats du golfe persique, Israël pourra améliorer ses relations avec le monde arabe et favoriser son image internationale.

Enfin, pour pouvoir appliquer à la lettre l’expression « à la guerre comme à la guerre » Donald Trump devra s’adapter à une situation complexe dans laquelle il s’est engagé lui-même. Il n’a pas d’autre alternative que d’accepter de revenir à la négociation mais cette fois-ci plus sérieusement et en position de force.

à propos de l'auteur
Ancien ambassadeur d'Israël. Journaliste-Ecrivain. Fondateur et directeur du CAPE de Jérusalem. Auteur de 25 ouvrages sur le conflit Israelo-arabe et sur la politique française au Moyen-Orient ainsi que des portraits-biographiques de Shimon Pérès, Ariel Sharon et Benjamin Netanyahou.
Comments