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Citoyenneté d’honneur collective : 5 questions sur le respect de la neutralité républicaine au maire de Paris, Emmanuel Grégoire

Le nouveau maire de Paris, Emmanuel Grégoire, porte l'écharpe tricolore de la mairie après sa nomination lors de la séance inaugurale du conseil municipal à l'hôtel de ville de Paris, le dimanche 29 mars 2026. (Crédit : Julien De Rosa, Pool Photo via AP)
Le nouveau maire de Paris, Emmanuel Grégoire, porte l'écharpe tricolore de la mairie après sa nomination lors de la séance inaugurale du conseil municipal à l'hôtel de ville de Paris, le dimanche 29 mars 2026. (Crédit : Julien De Rosa, Pool Photo via AP)

L’examen de la proposition d’attribuer la citoyenneté d’honneur aux populations de Gaza et de la Judée-Samarie par la Ville de Paris appelle une réflexion qui n’est point sans susciter une vive émotion parmi les Juifs de France et d’Israël. La proposition étant portée par l’exécutif parisien et soutenue par les différentes composantes de la majorité de gauche (Socialistes, Écologistes, Communistes, Insoumis), dispose a priori des voix nécessaires pour être adoptée.

Cette proposition, si l’on se place sur la base des principes républicains et de la cohérence institutionnelle est-elle juridiquement recevable, jouit-elle d’une légitimité constitutionnelle et est-elle moralement acceptable d’un point de vue humaniste ?

En matière internationale, la France parle d’une seule voix : celle de l’État comme cela fut le cas lors de la reconnaissance officielle de l' »État de Palestine » par la France le 22 septembre 2025. L’attribution d’une distinction honorifique à la population d’un territoire en guerre, aussi dramatique que soit sa situation, fait basculer la municipalité dans une diplomatie parallèle qui n’entre ni dans ses compétences légales, ni dans sa mission première. En s’immisçant dans ce sujet, Paris crée une confusion de souveraineté, alors que la diplomatie est une prérogative exclusive de l’Élysée et du Quai d’Orsay (Article 52 de la Constitution).

De plus, le Code général des collectivités territoriales rappelle que le conseil municipal règle par ses délibérations les « affaires de la commune ». L’expression de positions géopolitiques complexes, par le biais de symboles hautement politiques, s’écarte de ce cadre pour engager la capitale dans des clivages qui la dépassent. « Le conseil municipal règle par ses délibérations les affaires de la commune » est issue de l’article L. 2121-29 du Code général des collectivités territoriales (CGCT). C’est ce qu’on appelle la clause générale de compétence. Pour qu’une délibération d’un conseil municipal, en l’occurrence celui du Conseil de Paris, qui cumule les compétences municipales et départementales soit légale, elle doit répondre à un intérêt public local. Cet intérêt suppose un lien direct, matériel ou culturel, avec le territoire de la commune et la vie de ses habitants (gestion des écoles, urbanisme, voirie, action sociale locale).

Entre 2009 et 2018, plusieurs dizaines de communes françaises (notamment à direction communiste ou de gauche, comme Ivry-sur-Seine, Aubervilliers, Valentin, Villerupt ou Vandœuvre-lès-Nancy) avaient voté en conseil municipal des délibérations pour attribuer le titre de « citoyen d’honneur » à Marwan Barghouti, haut cadre du Fatah, arrêté en 2002 par Israël et condamné à plusieurs peines de prison à perpétuité pour son implication dans des attentats meurtriers au cours de la seconde Intifada. Les tribunaux administratifs (Montreuil, Nancy, Versailles) avaient rendu des décisions concordantes en annulant systématiquement ces distinctions.

L’octroi d’une citoyenneté d’honneur ou l’adoption de motions de politique étrangère soulèvent une question fondamentale : en quoi un conflit géopolitique global impacte-t-il directement la gestion locale d’une ville ?

En s’immisçant dans la diplomatie internationale, la municipalité de Paris utilise les moyens matériels et l’autorité de l’institution locale pour servir une cause idéologique nationale ou internationale, sortant ainsi du cadre des « affaires de la commune ».

La citoyenneté d’honneur de Paris a historiquement vocation à distinguer des figures individuelles dont les combats pour la liberté, la justice ou la culture revêtent un caractère universel et indiscutable. En honorant des figures comme Nelson Mandela, Taslima Nasreen, Shirin Ebadi ou encore le dalaï-lama, Paris célébrait des visages précis de la résistance à l’oppression.

En transformant cette distinction individuelle en un hommage collectif et territorialisé, l’initiative s’expose inévitablement au reproche de l’asymétrie. Un humanisme qui sélectionne ses indignations en fonction de l’actualité médiatique ou d’intérêts partisans perd sa dimension morale. Elle crée un précédent intenable : celui de devoir hiérarchiser les souffrances des populations civiles à travers le monde. En octroyant ainsi ce titre à des populations entières définies par leur seule appartenance géographique ou nationale (« les populations civiles de Gaza et de Cisjordanie »), la municipalité modifie la nature même de la récompense. Ce faisant, elle passe de la célébration d’une valeur incarnée par un homme ou une femme à la prise de position sur le statut d’un territoire.

Dans un contexte électoral ou de politique intérieure – les élections a la Présidence de la République de 2027 se rapprochant -, une telle décision est immédiatement suspectée de chercher à séduire des électorats ciblés ou de relayer les positions d’une famille politique. L’humanisme affiché perd alors sa neutralité pour devenir un instrument de communication politique.

Si la Ville de Paris accorde ce statut aux populations de Gaza et de Judée-Samarie, au nom de quoi le refuserait-elle demain aux civils syriens d’Idleb, aux réfugiés Rohingyas, aux populations du Tigré, aux Congolais du Kivu, ou aux rescapés du Darfour ?

Ne pas accorder la même distinction à d’autres populations martyres reviendrait, par omission, à acter que leurs souffrances sont de moindre importance aux yeux de la capitale de la France. En voulant universaliser une cause par le biais d’un hommage collectif, elle produit l’effet inverse : elle particularise la distinction, affaiblit sa portée éthique et piège la municipalité dans un engrenage de justifications géopolitiques sans fin.

Paris est une capitale cosmopolite où la paix civile repose sur la neutralité des institutions locales. Importer les conflits internationaux au sein des débats municipaux ne peut qu’exacerber les tensions communautaires et fragiliser la cohésion sociale à laquelle tous les Parisiens sont attachés. Bien au-delà de la règle administrative, c’est le principe de prudence politique qui est ici remis en question. La mairie est la maison commune de tous les Parisiens, indépendamment de leurs origines, de leurs croyances ou de leurs attaches sentimentales et familiales avec le reste du monde.

Le rôle de la municipalité de Paris n’est point d’arbitrer l’Histoire, mais de rassembler.

Il convient donc de rejeter une initiative qui, sous couvert de solidarité, affaiblit la portée des symboles parisiens et compromettant la neutralité que devrait être, en principe, celle du Conseil de Paris. La ville de Paris abrite une population diverse, aux sensibilités politiques, religieuses et culturelles multiples. En prenant officiellement parti ou en attribuant des distinctions honorifiques symboliques à l’une des parties d’un conflit international, l’institution municipale rompt sa neutralité.

En tant que maire de la ville de Paris aspirez-vous à briser le principe fondamental de neutralité du service public au détriment de votre mission de rassemblement ?

En important le conflit dans la Capitale, ne risquez-vous pas de causer une fracture communautaire et de fragiliser la paix civile à Paris ?

En introduisant une délibération aussi clivante au Conseil de Paris, la municipalité offre une tribune officielle à des rhétoriques antagonistes. De plus, si le Conseil de Paris venait à voter cette délibération, le Préfet de la région d’Île-de-France (représentant de l’État) serait légalement tenu de déférer cette délibération au Tribunal Administratif pour excès de pouvoir, ce qui ridiculiserait l’institution municipale. Au lieu d’apaiser, l’institution attise les passions et radicalise les positions des différents groupes communautaires ou politiques au sein même de la cité.

En définitive, face aux drames internationaux qui secouent notre monde, la vocation de la Ville de Paris n’est pas d’importer les fractures géopolitiques au sein de son hémicycle, mais de garantir la cohésion et la paix civile entre tous ses administrés. S’immiscer dans la diplomatie d’État par des distinctions collectives et territorialisées, c’est fragiliser le principe fondamental de neutralité du service public et s’exposer à une annulation administrative inévitable. L’humanisme parisien ne doit pas être un instrument de communication politique au gré des calendriers électoraux. C’est pourquoi le Conseil de Paris doit rejeter cette initiative afin de demeurer la maison commune de tous les Parisiens, sans distinction ni exclusive.

à propos de l'auteur
Diplômé de l’Institut des Civilisations et Langues Orientales de Paris (INALCO) et certifié de l’Institut Catholique de Paris (ICP) enseigne la Bible (TaNa’Kh), sa langue, son éthique et son histoire. Installé, depuis son Alya en 1989 à Ashkelon, il participe activement au refleurissement d'Erets Israël. Végétalien par conviction morale, Haïm rêve d'une ère nouvelle où les grandes spiritualités pourraient se rencontrer en vue d'instaurer un monde meilleur. Convaincu que le retour du peuple d’Israël en Erets-Israël annonce la restauration de l'idéal de fraternité abrahamique, il encourage le dialogue interreligieux dans le respect de l'autre
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