Chère année 2022…

© Stocklib / Dilok Klaisataporn
© Stocklib / Dilok Klaisataporn

Bienvenue parmi nous ! Nous vous attendions avec pas mal d’impatience, pour en finir avec 2021 qui ne nous aura pas permis de sortir de l’épidémie et, pire encore, nous a fait repartir pour un tour avec cet « Omicron » dont nous espérons tous que vous saurez nous débarrasser pendant votre mandature, sans l’échanger contre un autre pénible variant.

Alors je sais que vous êtes ensevelie sous les souhaits de chacun et de chacune, que vous soyez bonne, fructueuse, pleine de satisfactions et de succès personnels et professionnels, et j’imagine que vous n’avez plus vraiment la tête à de nouvelles demandes. Je le comprends, mais me permettrai néanmoins de formuler quelques modestes requêtes – on verra bien dans douze mois quel sort vous leur aurez réservé.

La chose la plus urgente à mes yeux étant de sortir de l’épidémie et de permettre un retour à une vie aussi normale que possible, surtout pour les jeunes générations, dont le cursus scolaire, la vie sociale et la conception du futur sont gravement secoués depuis près de deux ans maintenant, avec toutes les conséquences que nous ne mesurons pas encore, je vous prie, chère année 2022, de faire en sorte que les gouvernements n’aient plus peur de gouverner.

Qu’ils imposent enfin leur autorité à ces groupes « antivax » qui trouvent tout à fait normal de se vautrer dans leur marécage conspirationniste, mais exigent en cas de maladie un lit aux urgences, ce même lit qui, occupé par ceux qui auront craché sur la science et la solidarité humaine la plus élémentaire (ne mettre personne en danger), sera refusé à d’autres malades avec d’autres pathologies qui, eux, se seront fait vacciner, mais mourront faute de lits ou de personnel soignant.

On a affirmé que les paroles du président Macron sur son intention d' »emmerder » les non-vaccinés avaient redonné un souffle nouveau à leurs manifestations, et que 100.000 personnes avaient défilé à travers la France après celles-ci. Cette affirmation traduit une nouvelle fois le manque d’assurance de certains. 100.000 personnes en France, c’est en proportion 13.000 personnes en Israël. Vraiment pas de quoi se faire du mauvais sang. Le professeur Dan Schechtman, Prix Nobel de Chimie 2011, appelle ces anti-vax des « assassins ». C’est le mot. Et face à ce genre de personnes, la loi doit sévir, partout, en Israël, en France et ailleurs. Jusqu’à l’obligation vaccinale si nécessaire.

Une autre actualité globale, concernant le monde occidental celle-là, attend de votre part des mesures et des décisions importantes: la « cancel culture », « culture de l’effacement », qui fait déjà des ravages notables dans le monde académique, politique et culturel des pays démocratiques.

Certes, le racisme, l’antisémitisme, l’homophobie et tout ce qui promeut n’importe quel type de haine, ne peuvent être considérés comme des « opinions » légitimes, sinon on va se retrouver rapidement avec des débats du genre « L’esclavage, pour ou contre ? » ou « La Shoah, mythe ou réalité ?« . Simplement, de là à « raciser » toutes les connaissances, à interdire à un Blanc, « privilégié » a priori par sa couleur de peau, de parler des souffrances des Noirs, (lire l’éclairante interview de Catherine Fourest), à critiquer l’attribution du rôle de Golda Meïr dans un nouveau film à cette actrice exceptionnelle qu’est Helen Mirren car elle n’est pas juive, ou ici, en Israël, à considérer tout ashkénaze, peu importent sa condition sociale et ses engagements politiques, comme un « Blanc privilégié oppresseur des Juifs orientaux » (eh oui, nous avons ces folies-là ici aussi, voir la réponse de Susan Hattis Rolef), on passe à un délire dangereux et ultra-nocif.

Faites donc comprendre, chère année nouvelle, à la gauche normale, sensée, que cette vénéneuse excroissance sortie de ses rangs non seulement n’a aucun sens, mais qu’elle ne fera que le jeu des extrêmes-droites et des réactionnaires de tout poil, qui d’ailleurs sont déjà à la fête.

Dénoncer les atrocités, errements et erreurs du passé est indispensable, pour la simple justice et pour l’éducation des nouvelles générations; assurer l’égalité des sexes et des identités sexuelles l’est tout autant; prévenir toute discrimination est un devoir moral et civique. De là aux folies genre « iel », à l’immunité accordée a priori aux « victimes » (toute allusion à l’excision ou à la terreur que font régner les dealers dans certains cités ne serait qu’ « islamophobie »), à la lecture de situations regrettables du passé avec nos lunettes du 21e siècle (oui, George Washington, dirigeant de la Révolution américaine qui allait mettre un terme à la monarchie de droit divin et agir au nom de « Nous, le peuple… », avait des esclaves, oui, Voltaire professait un antijudaïsme virulent) et au racisme à rebours (interdiction absolue de parler du rôle des Arabes et de certains rois noirs africains dans la tragédie de l’esclavage!), la route est longue, très longue, et il est du devoir de cette gauche responsable et cartésienne de faire entendre une voix ferme disant: « Assez! ».

Sur fond d’Omicron et de « culture de l’effacement », ce sont nos santés physique et mentale qui sont en jeu.

Dans le premier cas, des groupes de citoyens refusent de participer à l’effort collectif de lutte contre la pandémie, au nom de leurs « droits », et mettent ainsi délibérément en danger la vie des autres, des personnels soignants, de ceux dont le traitement courant ou une opération programmée sont reportés faute de place et de temps dans les hôpitaux. Cet égoïsme forcené, doublé d’un complexe de supériorité maladif (« Vous êtes tous des moutons, moi j’ai compris ce qu’il y a derrière les vaccins, on ne me la fera pas ») et renforcé encore d’une bonne dose de paranoïa, doit être sévèrement combattu. Je me réjouis de voir que la patience de nombre de gouvernants est épuisée, elle aurait dû l’être il y a un bon moment.

L’obligation vaccinale fait son chemin en Italie, en Autriche, la Grèce et le Québec vont taxer les non-vaccinés. Le président Macron, homme de dialogue et de débat (on se souvient de ses échanges, pendant des heures, à travers la France, au moment des « gilets jaunes »), semble vouloir siffler la fin de la partie. Il faut espérer qu’ils ne reculeront pas et seront largement suivis.

Pour ce qui est de la « culture de l’effacement », non, on ne peut pas réécrire l’Histoire et on ne doit surtout pas l’ « effacer » ou « effacer » ses protagonistes aux traces sanglantes, ou telle ou telle production artistique contestable.  Le thème dépasse de loin le cadre de ces lignes, mais il y a un monde entre déboulonner des statues de vrais criminels, pour annuler l’hommage qu’elles étaient censées leur rendre, et celles d’écrivains dont le regard sur leurs oeuvres a changé au fil du temps, souvent pour de bonnes raisons d’ailleurs, ou retirer de la scène publqiue des oeuvres littéraires, artistiques ou cinématographiques du passé. « Annuler » ce qui a été horrible, détestable, cruel et criminel ne mènera qu’à l’oubli et dégagera par consequent le terrain pour de nouvelles atrocités. On n’ « efface » pas l’Histoire, on l’enseigne, beaucoup plus que cela se fait de nos jours, on l’analyse, on en tire des leçons. On montre aux jeunes générations comment des processus à première vue mineurs ont mis en marche des engrenages terrifiants, on leur apprend la vigilance, le combat dès les premiers signes du danger. Projetez donc « Le Juif Süss », par exemple, encadré par une remise en contexte et un approfondissement historique sur le régime nazi; dans un autre registre, montrez « Autant en emporte le vent », aujourd’hui censuré, dans le cadre d’un examen de l’esclavagisme aux Etats-Unis.

On n’organise pas des séminaires « racisés » interdit aux Blancs, on travaille ensemble contre les fanatiques, les racistes et les fascistes de tout poil, de toute origine, couleur, culture, religion, nationalité. Bref, on revient à la raison. C’est pour moi, je l’ai dit, le grand défi de la gauche, à travers tout le monde occidental, en 2022.

Chère année 2022, voilà les deux très lourdes menaces qui pèsent sur nous au moment où vous prenez vos fonctions. On compte sur vous, on vous aidera du mieux qu’on pourra à mener à bien, dans les mois à venir, le combat pour la santé physique et mentale d’une humanité qui ne demande qu’à revenir à sa vie d’avant-Covid, et qui aura au moins appris à mieux apprécier tout ce qui nous paraissait si simple, si évident, allant de soi et coulant de source, « avant ».

à propos de l'auteur
Né à Bruxelles (Belgique) en 1954. Vit en Israël depuis 1975. Licencié en Histoire contemporaine de l'Université Hébraïque de Jérusalem. Ancien diplomate israélien (1981-1998) avec missions à Paris, Rome, Marseille et Lisbonne et ancien directeur de la Communication, puis d'autres projets au Keren Hayessod-Appel Unifié pour Israël (1998-2017).
Comments