Chaos

Des manifestants protestant contre le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu devant sa résidence à Jérusalem le 23 juillet 2020. Photo de Yonatan Sindel / Flash90
Des manifestants protestant contre le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu devant sa résidence à Jérusalem le 23 juillet 2020. Photo de Yonatan Sindel / Flash90

« Tout est chaos, à côté, tous les idéaux, les mots abîmés … » La chanson de Mylène Farmer « Génération désenchantée » (1991) aurait pu être reprise par les jeunes manifestants qui de Jérusalem à Tel-Aviv en passant par des dizaines de villes dans le pays crient qu’ils n’en peuvent plus des ordres et contre-ordres de confinement et de déconfinement; qu’ils n’en peuvent plus de ne pouvoir travailler; et, pire que tout, qu’ils n’en peuvent plus de n’avoir aucune perspective.

Ce qui frappe dans ces manifestations, c’est la jeunesse des participants. Aux côtés des travailleurs indépendants, c’est toute une génération qui exprime sa volonté de mettre fin au chaos d’une gestion à vue et à courte vue.

Nul ne prétendra qu’il existe une solution-miracle pour sortir de la crise. On sait qu’elle va durer et que l’hiver sera long et difficile. Raison de plus pour ne pas ajouter au chaos ambiant avec des accusations hors de propos sur la conduite des manifestants (des « drogués », des anarchistes »), alors que c’est une forte angoisse qui s’exprime. Et une volonté : celle d’en finir avec le pouvoir personnel d’un Premier ministre qui a préféré pendant des semaines s’occuper de son statut fiscal personnel – comme si c’était le moment – ou de voir triompher son idéologie – avec des projets d’annexion, qui, visiblement, seront différés ou enterrés.

Les Israéliens attendaient autre chose : une véritable stratégie de lutte contre la pandémie, un plan de retour à l’activité. Quelques signes auraient suffi à mettre un peu de baume au cœur des jeunes et des moins jeunes : la nomination d’une forte personnalité dotée de pouvoirs conséquents pour coordonner la lutte contre le virus ; la mise en œuvre de cette stratégie par l’armée qui a l’expérience, la compétence, et la confiance de la population.

Mais une fois encore, les intérêts personnels et politiciens ont prévalu. La nomination d’un coordinateur en temps et en heure aurait fait de l’ombre au Premier ministre; la gestion de la crise par l’armée aurait mis en vedette le ministre de la Défense, Naftali Benet hier, Benny Gantz aujourd’hui. Binyamin Netanyahou a préféré s’adonner à une pratique où il excelle : différer les décisions difficiles et les inverser lorsqu’elles s’avèrent impopulaires.

Dans le monde d’hier, un tel comportement n’était pas glorieux, mais les Israéliens avaient fini par s’y habituer. Aujourd’hui, on ne peut plus jouer. La crise sanitaire, la crise économique, les difficultés rencontrées par des millions de gens rendent inadmissibles à leurs yeux un tel comportement.

Signe des temps, des électeurs et des responsables de droite envisagent désormais sérieusement une alternative au pouvoir actuel. Ils ne sont pas les seuls. Les Israéliens dans leur immense majorité refusent le chaos et attendent un retour à la raison.

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
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