Chantage aux élections

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu rencontre Brian Hook, le représentant spécial américain pour l'Iran et conseiller principal du secrétaire d'État américain, au bureau du Premier ministre à Jérusalem le 30 juin 2020. Photo Olivier Fitoussi / Flash90
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu rencontre Brian Hook, le représentant spécial américain pour l'Iran et conseiller principal du secrétaire d'État américain, au bureau du Premier ministre à Jérusalem le 30 juin 2020. Photo Olivier Fitoussi / Flash90

Il faudra s’y habituer. Avec un gouvernement constitué sur une base paritaire entre un parti de la droite décomplexée, le Likoud, et un parti d’un centre indéfinissable, Bleu-Blanc (Kahol-Lavan), on ira de crise en crise.

C’est assez classique dans le système politique israélien, le mode de scrutin à la proportionnelle intégrale ne permettant pas de constituer une majorité parlementaire solide.

Six semaines après la prestation de serment du gouvernement, les désaccords ne manquent pas : sur le budget (pour trois mois ou pour quinze ?), sur le système judiciaire (à protéger ou à critiquer ?), et last but not least, sur le projet d’annexion (« en coordination » avec les pays de la région, ou selon les seuls intérêts d’Israël ?). Sur ce dernier point, ce sont les Américains qui finiront par décider, en prenant leur temps, semble-t-il.

Pour le reste, ne pouvant emporter l’adhésion de ses partenaires, Binyamin Netanyahou brandit la menace d’élections anticipées. Les derniers sondages promettent au Likoud un score en nette augmentation (avec une quarantaine de sièges) et une division par deux de la représentation du parti de Benny Gantz (avec moins de dix sièges).

Et pourtant, ce dernier ne semble pas impressionné par le chantage aux élections. Il a quelques raisons de ne pas y croire. D’abord, parce qu’on imagine mal qu’en pleine deuxième vague du Covid 19, le chef du gouvernement ose faire prévaloir ses intérêts partisans sur le combat contre le virus. De manière très concrète, peut-on envisager de transformer les écoles en bureaux de vote où défileraient des millions d’adultes, alors que la rentrée scolaire n’est même pas assurée ?

Ensuite, dans une telle période, toutes les prévisions peuvent être démenties et des outsiders créent parfois la surprise (on vient de le voir lors des élections municipales en France ou de parfaits inconnus se sont fait élire maires de grandes villes). Ainsi, dans un sondage, une liste représentant les intérêts des petits entrepreneurs était créditée de six sièges à la Knesset.

Enfin, le Premier ministre connait depuis quelques semaines des difficultés. Il ne peut plus se prévaloir d’une réussite dans la lutte contre la pandémie, et on sait que le rétablissement de l’économie prendra plus de temps que prévu. Par ailleurs, sa demande d’allègements fiscaux avec effet rétroactif, alors que nombre de familles sont dans la difficulté, n’a pas plus aux Israéliens.

Sans oublier que son procès pourrait connaître de nouveaux rebondissements. En somme, alors que les instituts de sondage prédisent au grand parti de droite une nette victoire en cas de nouvelle consultation, la conjoncture électorale pourrait se retourner.

Et cela, Binyamin Netanyahou le sait bien. D’où l’air préoccupé qu’il affiche devant les caméras depuis quelques jours.

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
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