Améliorer d’urgence le système électoral, puis…

Photo d'archive du 14 mai 1948, les ministres du nouvel État d'Israël lors de la cérémonie, marquant la création du nouvel État au Musée d'art de Tel Aviv. (Photo AP)
Photo d'archive du 14 mai 1948, les ministres du nouvel État d'Israël lors de la cérémonie, marquant la création du nouvel État au Musée d'art de Tel Aviv. (Photo AP)

Si nous aimons notre pays, ne soyons pas passifs, car l’amour inconditionnel peut être destructif. Essayons donc de l’aimer de manière constructive. Le simple fait d’être heureux en Israël car nous avons enfin un pays, un chez nous, ne suffit pas. Nous devons apprendre de nos sages et nous remettre sans cesse en question afin de préparer un bel avenir à nos enfants.

Je porte le nom de Myriam, la soeur de Moshé, qui depuis son plus jeune âge s’est rebellée, non seulement contre l’esclavage de Pharaon, mais elle se révoltait aussi contre la mentalité d’esclaves de ses frères. Avec cet esprit rebelle, Myriam nous apprend qu’il ne faut pas craindre de se dresser contre le statu quo, et que si chacun oeuvre à déplacer ne serait-ce qu’une petite pierre, il saura qu’il participe à l’harmonie de tout l’édifice.

Le 14 Mai 1948, à la veille de la fin du mandat Britannique, David Ben Gurion lut la déclaration d’indépendance qui fit naitre l’Etat d’Israël. Ben Gurion, qui voulait un Etat plus que tout, fit beaucoup de concessions sur le chemin de l’indépendance.

J’ai une profonde admiration pour son courage, son sionisme et son leadership grâce auxquels nous sommes là aujourd’hui. Cependant, certaines des lois adoptées à la hâte en 1948 doivent évoluer, pour que nous puissions améliorer notre pays, que nous aimons tant, si nous l’aimons tant.

Au fil des ans, plusieurs propositions de reformes du système électoral ont dû voir le jour à cause des difficultés à former un gouvernement après les élections. Ces propositions, qui venaient simplifier et faciliter le processus électoral, n’ont jamais dépassé le stade de la première lecture a la Knesset.

Le premier système à améliorer serait donc le système électoral. Aujourd’hui, nous avons un système électoral proportionnel, qui, en soi, a ses avantages, mais aussi ses inconvénients, tout comme le système électoral majoritaire. A mon avis, le système proportionnel fait plus de sens; il peut aboutir à la représentation d’une plus grande partie du peuple. Par exemple, si nous regardons le système majoritaire en France, il aura élu Macron à la présidence, alors que, finalement, moins d’un français sur quatre le soutenait (24 % au premier tour).

Le problème n’est donc pas le système en soi, mais plutôt le fait que certains de ses scénarios aboutissent à des impasses. C’est ce qui permet à des minorités d’acquérir énormément de pouvoir et d’influence, et c’est surtout la raison pour laquelle nous avons eu trois élections en un an.

Aussi, il serait judicieux de résoudre ce problème en adoptant un système mixte : garder la proportionnelle pour les élections, puis imposer l’union des plus grands partis jusqu’à atteindre la majorité. De ce fait, le gouvernement représenterait la majeure partie de la population par ordre de grandeur des mouvements et uniquement deux ou trois grands partis auraient la charge de gouverner, ce qui simplifie fortement la prise de décision, donc la gestion du pays.

Cela évitera aussi le fractionnement des partis – les petits partis ayant tout intérêt à se regrouper pour avoir plus de chances de participer au pouvoir – de la même façon, cela évitera des rapprochements politiques à droite et à gauche (si ces termes ont toujours un sens, ce dont je ne suis pas sûre) uniquement sur fond de soutien intéressé et non fondé sur une même idéologie. Enfin, les élections trouveront leur véritable issue sans que le pays ait à subir des scrutins à répétition. Il est donc temps d’agir dans le sens d’une vraie ahdout (unité).

Le second pan qui est à modifier, concerne le cumul des mandats consécutifs. Je serai d’avis de donner plus de temps au Premier ministre pour aboutir à des résultats concrets (5 ans au lieu de 4), mais si les mandats ne sont pas limités, au bout d’un moment il est difficile pour tout homme d’être animé par autre chose que sa soif de pouvoir. Par ailleurs, un chef d’Etat qui sait qu’il n’aura qu’une seule chance de se faire réélire fera de son mieux durant son premier mandat pour sa réélection.

Au second mandat, il n’aura plus, comme ambition, que de laisser une belle empreinte de son passage en politique. En limitant à deux mandats le passage du Premier ministre à la tête de notre pays, nous agrandissons les chances qu’il soit concentré uniquement sur ses tâches et de ce fait nous aidons à restaurer la confiance des électeurs en leur gouvernement.

Enfin, et c’est bien le plus grand problème selon moi : les ministres doivent être choisis au vu de leur compétence, expertise ou accomplissements passés dans le domaine dont ils ont la charge, et non parce qu’ils assurent tel soutien, parce qu’ils sont « en haut de la liste » ou autre raison qui n’aurait rien à voir avec leur ministère. Je trouve révoltant que la plus grande  »entreprise » d’Israël, puisqu’il s’agit de la société toute entière, soit gérée par des hommes et femmes qui, pour la plupart, n’ont pas la compétence nécessaire dans les secteurs qui leur sont attribués.

Les directeurs des ministères peuvent, quant à eux, ne pas être liés au secteur, car ils sont censés être en charge de l’exécution, mais les ministres sont eux censés avoir une vision claire de leur domaine, entreprendre des changements pertinents et être capables de les mener à point. Quitte, si on ne trouve pas de telles personnes au sein du gouvernement, à offrir ces positions de ministres à des personnes externes de la Knesset, qui n’auraient pas d’agenda politique autre que la réussite de leur « entreprise »; ce qui aboutirait certainement à de meilleurs résultats et réduirait, de ce fait, certains problèmes de corruption.

à propos de l'auteur
Française d'origine, Myriam est arrivée en Israël il y a 15 ans. Depuis, elle travaille dans la finance et la gestion de fortune.
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