Changements

Vue générale de la Knesset. AP Photo/Ariel Schalit
Vue générale de la Knesset. AP Photo/Ariel Schalit

C’est un grand classique de la vie politique : un nouveau gouvernement veut toujours incarner le changement. Ce pourrait bien être le cas en ce mois de mai.

D’abord a contrario : un gouvernement Lapid-Bennet mettrait fin au long règne (12 ans consécutifs) de Binyamin Netanyahou. Il n’est pas certain que ses amis lui permettent de devenir chef de l’opposition, le laissant seul face à son destin judiciaire.

Pour la droite israélienne, il s’agirait d’un vrai changement : apprendre à vivre sans lui. Du côté du gouvernement dont les grandes lignes se dessinent ces jours-ci, le changement tiendrait d’abord à la composition de la coalition : trois partis de droite (Yemina, Tikva Hadasha, Israel Beitenou), deux partis du centre (Yesh Atid, Kahol Lavan), deux partis de gauche (Avoda, Meretz) et un parti islamiste (Ra’am) qui devrait signer l’accord de coalition sans participer au gouvernement.

Ce serait un changement historique : pour la première fois, un parti arabe en tant que tel serait une composante de la coalition. Autre changement, et non des moindres, Naftali Bennet, avec le soutien de six députés seulement (il en a perdu un), deviendrait Premier ministre pour deux ans, avant Yaïr Lapid qui avec ses 17 mandats devrait patienter au ministère des Affaires étrangères tandis que Benny Gantz (8 sièges) garderait le poste de ministre de la Défense. La répartition des autres postes ministériels comporterait aussi son lot de surprises.

Avoda avec 7 sièges (soit un de plus que le futur Premier ministre) se verrait interdire l’accès à des ministères importants (justice, éducation, intérieur) et devrait se contenter de portefeuilles comme les transports. Même chose pour Meretz, qui avec 6 sièges hériterait de la santé et de l’environnement. Les partis de droite se tailleraient donc la part du lion, avec, en sus de la direction du gouvernement pendant les deux premières années, les portefeuilles de la justice (Gideon Saar), de l’économie (Avigdor Liberman), mais aussi de l’éducation, de l’intérieur ou de la sécurité intérieure (la police), Ayelet Shaked pouvant choisir l’un d’entre eux.

Le changement atteindrait ici sa limite : c’est la droite qui dominera, alors que dans la constellation envisagée elle ne disposerait que du tiers des sièges de la majorité (20 sur 61). Il est vrai que l’accord de coalition devrait éviter tous les sujets à forte connotation idéologique… mais on pourrait y trouver un projet de légalisation de certaines colonies sauvages (dites « jeunes implantations », itiachvout ha tseïra), et un autre visant à diviser les pouvoirs du Conseiller juridique du gouvernement.

Tout ceci, bien entendu, si l’évolution de la situation sécuritaire à Jérusalem et dans le sud permet de mener à bien la procédure, ce que rien ne dit à l’heure où ces lignes sont écrites. Une incertitude désormais habituelle. Le contraire du changement.

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
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