Changements de stratégies

Une urne électorale lors de la première réunion du comité électoral à la Knesset, le parlement israélien à Jérusalem, le 18 décembre 2019. Photo de Hadas Parush / Flash90
Une urne électorale lors de la première réunion du comité électoral à la Knesset, le parlement israélien à Jérusalem, le 18 décembre 2019. Photo de Hadas Parush / Flash90

A moins de trois semaines des élections, le paysage politique que l’on croyait figé commence à bouger. L’opposition se renforce légèrement, du moins dans les sondages. Le Parti Bleu-blanc (Kahol Lavan) conserverait son avance avec une bonne trentaine de sièges.

Ses alliés de la gauche unie (Avoda-Gesher-Meretz) grignoteraient quelques dizaines de milliers de voix, la vieille garde des électeurs travaillistes et de Meretz entendant répliquer au positionnement de plus en plus à droite de Benny Gantz.

La liste (arabe) unifiée (Ha Rechima Mechoutefet) bénéficie elle aussi d’un regain d’intérêt, le Likoud et ses alliés ayant repris ses attaques contre Ahmed Tibi et Ayman Odeh. En clair, l’opposition commence à y croire. Bleu-blanc a même changé de stratégie, délaissant le terrain judiciaire pour insister sur le thème du changement avec le slogan « On doit avancer ! » (Hayavim lehitkadem !).

Le Premier ministre sortant a lui aussi changé de stratégie. Son voyage à Washington, après de jolies images à la télévision, débouche sur l’interdiction faite par l’administration Trump

d’annexer le moindre territoire avant les élections ; son retour de Moscou, où il obtint du président Poutine la libération de la jeune Neama Issachar, est bien vite oublié ; sa rencontre à Entebbé avec un nouveau président soudanais déclarant vouloir établir des relations avec Israël laisse le public indifférent.

Après un léger frémissement en faveur du Likoud, le parti du Premier ministre revient à son niveau d’étiage avec une petite trentaine de sièges. La déception est mère de réflexion et conduit Binyamin Netanyahou à délaisser cette stratégie « Père de la Nation » qui ne paye pas pour celle de « Chef de la droite sécuritaire » qui lui va si bien.

Avec sa garde rapprochée, il dénonce pêle-mêle les Arabes, la presse, la justice et même la police comme autant de régiments de la cinquième colonne qui aurait décidé d’en finir avec le sionisme. Le 9 avril 2019, ce discours avait bien fonctionné, et sans la défection d’Avigdor Liberman, le Premier ministre aurait bénéficié d’un quatrième mandat consécutif.

Le 17 septembre de la même année, la lassitude et le doute atteignirent le ventre mou de la droite. Binyamin Netanyahou chiffre à 300 000 les électeurs de son parti qui, en restant chez eux, auraient fait perdre 7 sièges à la coalition Likoud-Koulanou.

Il ne ménage pas ses efforts pour reconquérir ces électeurs éthiopiens, ces prolétaires des villes de développement et même ces bourgeois de droite des grandes agglomérations qui hésitent encore. A Bleu blanc aussi, on est obsédé par le taux de participation.

Signe qui ne trompe pas, les deux grands partis consacreront l’essentiel de leur budget à la mobilisation des électeurs jusqu’au dernier moment. Dans l’espoir que ces virages stratégiques débouchent sur une divine surprise : un gouvernement. Il serait temps.

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
Comments