Chamboulement possible de l’ordre mondial

© Stocklib / almir1968
© Stocklib / almir1968

Pourquoi la Chine recherche-t-elle l’hégémonie mondiale ? En quoi l’autonomie de Taïwan dérange-t-elle le régime de la Chine continentale ? Aujourd’hui compétitrice, la Chine deviendra-t-elle l’adversaire ou l’ennemie de demain ?

Le parti communiste chinois

Le parti communiste chinois (PCC) a été fondé en 1919. Trente ans plus tard, il a vaincu le parti nationaliste du Kouo-Min-Tang après quatre ans de guerre et gouverne la Chine depuis ce temps-là.

La dictature du PCC est responsable de la mort de dizaines de millions de chinois en raison de son dogmatisme et de sa gestion centralisatrice : exécutions des propriétaires terriens (1949), politique du grand bond en avant qui causa une crise de famine des plus meurtrières entre 1958 et 1960, répression des intellectuels durant la révolution culturelle en 1966 et répression militaire de la révolte de Tiananmen en 1989.

Le PCC s’est également lancé dans des persécutions basées sur la religion : exécutions massives en 1950, adhérents au Falun Gong persécutés depuis 1999 et Ouïghours musulmans soumis aux travaux forcés ou encore cantonnés dans des camps de rééducation.

L’ouverture à l’économie de marché en 1978 a été un franc succès. La main-d’œuvre chinoise à bas prix a encouragé les industries occidentales à déménager leurs usines en Chine, créant ainsi un statut de dépendance grave. Les surplus budgétaires de la Chine ont été investis dans le renforcement et la modernisation de l’armée et la nouvelle route de la soie (Belt and Road initiative) qui établit des liaisons maritimes et ferroviaires avec 66 pays. Contrairement aux États-Unis, la dette chinoise qui est du même ordre de grandeur, soit près de 260% du PNB, ne bénéficie pas du financement étranger.

La Chine est verrouillée par un pare-feu informatique et l’information y est strictement contrôlée. Les médias officiels n’arrêtent pas de vanter les succès de la Chine et de rappeler les humiliations subies par l’Occident au siècle passé. Le budget de la surveillance intérieure est supérieur au budget de la défense. La Chine a également investi dans les médias étrangers pour propager sa version des évènements. Une architecture de communication 5G chinoise est installée dans plusieurs pays et des progrès patents ont été accomplis dans le domaine de l‘intelligence artificielle. L’inquiétude devant la possibilité que des données personnelles et institutionnelles soient emmagasinées dans les serveurs chinois n’est pas sans causer une grande inquiétude devant le pouvoir de contrôle qui en découlerait.

En marge de la réussite chinoise

Certains aspects de la Chine sont méconnus tout comme la vente d’organes non transparente et le nombre réel de victimes de la Covid en Chine, considérant que des millions de personnes ont été littéralement emmurées par mesure de confinement. Enfin, le taux des naissances est très bas en Chine et l’âge moyen va augmenter de 7 ans d’ici 20 ans. La population hindoue est en voie de surpasser en nombre la population chinoise.

L’immobilier évolue au ralenti depuis 2017. Il constitue près de 30% du PIB chinois et. Pourtant, près de 300 milliards de prêts hypothécaires ne sont pas récupérables. 20% des habitations chinoises sont inoccupées. Des villes entières ont été bâties, mais restent vides.

Le manque d’eau est patent : les terres arables se trouvent au Nord et les sources d’eau importantes se trouvent au Sud. Des canalisations nord-sud sont en construction. En 2050, la Chine ne pourra répondre qu’à 25% de ses besoins en eau. Il est possible qu’une entente ait été conclue avec la Russie pour alimenter la Chine à partir des sources d’eau de Sibérie.

Considérations stratégiques

Un tiers des marchandises mondiales et deux tiers des marchandises chinoises transitent par le détroit de Malacca large de 50 km séparant la Thaïlande et l’île indonésienne de Sumatra. L’achalandage y est constant. Cette vulnérabilité potentielle est compensée par de nouvelles voies terrestres aboutissant en Russie et au Pakistan. De la sorte, la Chine peut mieux sécuriser son approvisionnement en énergie, car 80% des besoins pétroliers sont importés du Moyen-Orient. Parallèlement, des bases militaires ont été construites au Sri Lanka et à Djibouti. Un autre projet ambitieux est la construction d’un canal passant par l’Arctique et aboutissant en Europe.

L’expansion de l’influence chinoise dans le Pacifique a commencé avec la construction de 7 îlots artificiels militarisés et la ratification d’un accord de défense avec les îles Salomon. En outre, la volonté de réintégrer Taïwan à la Chine est fermement réitérée.

Au début de la pandémie due la Covid, la Chine a interdit les voyages à partir de Wuhan sur son territoire tout en permettant des voyages à l’extérieur du pays. Lorsque l’enquête en cours sera terminée, une demande de compensation émanant de la planète entière est à prévoir.

Freiner les ambitions hégémoniques chinoises.

La Chine prend avantage du nouveau Partenariat économique régional global qui est un projet d’accord de libre-échange alternatif à l’Accord de partenariat transpacifique. Il regroupe 15 pays d’Asie du Sud-est, dont la Chine, le Japon, la Corée du Sud et l’Australie, et exclut les produits agricoles.

Depuis 2017, les États-Unis (ÉU) ont lourdement imposé les importations chinoises et se sont opposés à l’installation de technologies 5G chinoises dans les pays alliés. Une série d’accords a été amorcée afin de pouvoir mieux contrer la Chine.

Five Eyes est un organisme d’échange de renseignements de sécurité qui regroupe les ÉU, le Canada, la Grande-Bretagne, l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Le Quad est un organisme de concertation regroupant les ÉU, l’Australie, Le Japon et l’Inde. Des partenariats dans l’agriculture et des alternatives technologiques ont été également annoncés entre les ÉU, l’Inde, les Émirats arabes unis et Israël. Un accord récent entre les ÉU, la Corée du Sud, le Japon et Taïwan consiste en des investissements importants dans la production de semiconducteurs avancés. La Chine en est exclue.

Un mur de fer technologique est érigé entre les démocraties et la Chine.

Tout comme Poutine s’est fait dictateur de Russie, le président Xi-Jinping élu en 2012 s’est fait nommer à la direction du PCC sans fin de mandat à l’horizon. Tout compte fait, une seule personne dirige un pays de 1,4 milliard d’âmes. Après avoir maté la démocratie à Hong Kong, il est possible que la Chine cherche à occuper la Chine nationaliste de Taïwan, tout comme la Russie a cherché à envahir l’Ukraine.

L’invasion de l’Ukraine a montré que l’issue des conflits militaires n’est pas assurée et que l’Amérique a réussi à rallier efficacement les pays démocratiques et à renforcer l’OTAN. En outre, le gel des avoirs russes en dollars américains a montré que les avoirs chinois de 3 billions dans les obligations américaines peuvent être exposés. La visite de la présidente du Congrès américain Pelosi suivie de celle de plusieurs autres membres du Congrès vient souligner la fin de « l’ambiguïté stratégique » et l’engagement américain à défendre Taïwan dans le cas d’une réunification imposée par la Chine.

Sitôt que des voies alternatives au détroit de Malacca seront consolidées, il est fort possible que la Chine se montre plus agressive en décrétant un blocus de Taïwan. De fait, des exercices militaires prolongés obtiendraient le même effet. Il pourrait en résulter un effondrement économique mondial, prélude à un ordre mondial alternatif.

Taïwan détient la clef des technologies d’avenir et produit l’écrasante majorité des circuits intégrés d’avant-garde qui assureront un avantage définitif dans les domaines des communications et de l’intelligence artificielle.

Le contexte actuel évoque la réflexion du stratège et historien grec Thucydide (Ve siècle AEC) : « C’est la montée en puissance d’Athènes et la peur que cela a installée à Sparte qui a rendu la guerre inévitable. »

à propos de l'auteur
Dr. David Bensoussan est professeur d’électronique. Il a été président de la Communauté sépharade unifiée du Québec et a à son actif un long passé d’engagement dans des organisations philanthropiques. Il a été membre de la Table ronde transculturelle sur la sécurité du Canada. Il est l’auteur de volumes littéraires dont un commentaire de la Bible et du livre d’Isaïe, un livre de souvenirs, un roman, des essais historiques et un livre d’art.
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