Ces évasions qui font rêver l’Israélien

© Stocklib / viperagp
© Stocklib / viperagp

L’Israélien a toujours rêvé d’évasion : il rêve de s’évader vers des contrées lointaines, de s’échapper d’une salle d’évasion ou, plus prosaïquement, de s’initier à l’évasion fiscale.

Si l’évasion de six Palestiniens de la prison ultra-sécurisée de Gilboa a créé une onde de choc, l’Israélien a dû se rendre à l’évidence : aucune prison n’est inviolable.

Pour employer une image théâtrale, le scénario de cette évasion spectaculaire (mais courte pour certains) est plus proche de la farce que de la tragédie.

A l’approche de Kippour, les Israéliens doivent demander des comptes à leurs dirigeants : comment l’évasion de prisonniers sécuritaires est-elle possible ?

Humiliés par la fuite rocambolesque des détenus palestiniens, les Israéliens se sont remis à rêver… d’évasion.

Toute proportion gardée, les motifs d’évasion de la vie quotidienne ne manquent pas pour l’Israélien ; surtout en période de pandémie.

Voyages d’évasion

Le coronavirus a terni un des rêves tenaces de l’Israélien : s’évader des soucis quotidiens, voyager à l’étranger et découvrir de nouvelles contrées exotiques.

Les voyages à l’étranger sont, sans doute, l’activité qui manque le plus à l’Israélien depuis le début 2020 et notamment durant les mois d’été ; en août 2021, seulement 305.000 Israéliens ont effectué un voyage à l’étranger, contre 1,2 million en août 2019, avant la pandémie.

Deux années sans s’envoler à l’étranger et sans s’attarder au duty-free de l’aéroport Ben Gourion : une situation inimaginable il y a peu.

Désormais muni de son « passeport vert », l’Israélien espère retrouver très vite le plaisir de s’évader vers ses destinations préférées.

Evasion fiscale

Echapper au fisc est un « sport national » pratiqué par de nombreux d’Israéliens et qui revêt diverses formes : travail au noir, revenus non déclarés, paiements en espèces, etc.

L’ampleur des activités clandestines est particulièrement forte en Israël ; le cinquième (20%) du revenu national passerait par des circuits non officiels, soit deux fois plus que dans la majorité des pays occidentaux.

La pandémie de coronavirus a amplifié le phénomène, notamment lorsque beaucoup d’Israéliens se sont retrouvés au chômage technique et sans ressource.

Ils ont tenté par tous les moyens de s’en sortir pour améliorer leur quotidien, y compris le système D (comme débrouille) : petits boulots non déclarés, travaux sans facture, fraudes aux allocations, etc.

C’est aussi durant la pandémie que l’usage de la cryptomonnaie (comme le bitcoin) s’est envolé en Israël : la monnaie numérique reste très volatile et elle permet aisément d’échapper au fisc.

Salle d’évasion

Jusqu’au déclenchement de la pandémie, la salle d’évasion (escape room) était devenue une des distractions favorites des jeunes Israéliens.

Dans tout le pays, des centaines de salles promettant d’associer divertissement et ingéniosité se sont ouvertes, pour tous les âges et sur tous les thèmes.

Alors que la pandémie s’estompe, la réouverture progressive des salles d’évasion redonne espoir aux Israéliens de pouvoir s’adonner à l’art de s’évader en chambre.

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Les responsabilités de l’évasion des Palestiniens seront établies par une commission d’enquête publique que le ministre de la Sécurité intérieure vient de nommer.

Si l’Israélien ne parvient pas à réaliser ses rêves d’évasion, il pourra toujours demander des comptes à ses dirigeants…

à propos de l'auteur
Jacques Bendelac est économiste et chercheur en sciences sociales à Jérusalem où il est installé depuis 1983. Il possède un doctorat en sciences économiques de l’Université de Paris. Il a enseigné l’économie à l’Institut supérieur de Technologie de Jérusalem de 1994 à 1998 et à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 2002 à 2005. Aujourd'hui, il enseigne l'économie d’Israël au Collège universitaire de Netanya. Il est l’auteur de nombreux ouvrages et articles consacrés à Israël et aux relations israélo-palestiniennes. Il est notamment l’auteur de "Les Arabes d’Israël" (Autrement, 2008), "Israël-Palestine : demain, deux Etats partenaires ?" (Armand Colin, 2012), "Les Israéliens, hypercréatifs !" (avec Mati Ben-Avraham, Ateliers Henry Dougier, 2015) et "Israël, mode d’emploi" (Editions Plein Jour, 2018). Régulièrement, il commente l’actualité économique au Proche-Orient dans les médias français et israéliens.
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