Celle que j’étais là-bas et celle que je suis ici – la carapace et la petite flamme

Ca donne souvent le tournis.

Celle que j’étais la bas s’était construite dans le moule « à la Française ». Un moule qui demande des titres de noblesse et des gages d’allégeance à un système tout entier. Un système bien robuste qui attire autant qu’il effraie. Dans lequel on veut se fondre le plus vite possible.

Dans les dîners, plutôt qu’un long discours alambiqué, celle que j’étais la bas savait se résumer avec brio. Un titre, un statut, une carte de visite et le tour était joué. Il n’était pas nécessaire d’en dire trop, ces raccourcis faisaient gagner un temps précieux, qu’on pouvait réinjecter dans le système.

La vie de celle que j’étais la bas, vue d’ici, était finalement simple car linéaire. Il n’y avait pas de créativité à déployer pour s’inventer son propre système. Il suffisait de s’approcher au plus près du moulin à vent pour être porté par son flot d’air. Quand le brassage commençait à fatiguer, il y avait toujours la possibilité de faire une pause et de prendre des vacances. Et malgré les sauts de puce, ou les grains de sable qui parfois tentaient d’enrayer le système, ce n’était jamais bien méchant. Et surtout non définitif.

L’air que celle que j’étais la bas respirait était toujours le même. Le gout du café au comptoir le matin, quelque soit le quartier, avait invariablement le même gout.

Celle que j’étais la bas était parée de mille feux. Parée de ce que j’appelle des « couches sociales ». Le diplôme était un bouclier infaillible pour tenir chaud pendant les hivers trop rudes ou trop longs. Il était l’antidote à la chute. La carrière était une armure imparable, le meilleur rempart pour ne pas atteindre le cœur.

Meme quand ces « couches sociales » étaient un peu lourdes, surtout par les beaux jours d’été dans un Paris insolent de beauté, celle que j’étais la bas ne voulait jamais s’en dévêtir. C’était quand même pratique. Un costume de fete en toute occasion.

Mais surtout, plus que le corps, les « couches sociales » mettaient l’âme à l’abri. Elle n’était jamais exposée à la lumière, jamais montrée en plein jour, jamais mise à nu. Tellement difficile d’accès que c’était à se demander si un filet d’air lui permettait encore de survivre. Sous cette carapace de fer, elle avait le plus grand mal du monde à scintiller, elle survivait dans une obscurité étouffante. Et pourtant, elle faisait de son mieux et ne se la ramenait pas trop. Elle ne voulait pas créer trop de problème. Elle faisait son maximum pour être discrète et parfois, elle s’autorisait quelques sorties éphémères.

Mais un jour, que le vent du moulin soufflait si fort, celle que j’étais la bas a eu soudain peur pour cette petite flamme. Elle était devenue si faiblarde, la pauvre. La carapace tenait si chaud que la flamme se demandait bien à quoi elle pouvait encore servir. Il faisait si beau en ce jour de Juin et pourtant la flamme menaçait de s’éteindre.

Alors celle que j’étais la bas a tenté une réanimation immediate. Elle a quitté le moulin à vent, dont l’air était pourtant bien agréable, et pris sous son bras toutes ces «couches sociales». Mais au bout de quelques temps, celle que je suis ici, tel Le Petit Poucet, a commencé à les déposer sur le chemin sinueux de l’alya. Oui, c’était quand meme un poids non negligeable, avec cette chaleur et des chaussures de plage…. Au début, il faut être honnête, cela faisait mal au cœur. Celle que je suis ici avait un mal fou à se resumer, à se définir en somme. Ce n’était plus aussi facile qu’avec celle que j’étais la bas. Mais au fil des jours, l’allègement est devenu libérateur.

C’est alors, qu’une nouvelle source de chaleur est venue surprendre celle que je suis ici.

C’était la petite flamme de mon âme qui n’avait jamais été aussi vive et qui brillait à nouveau.

à propos de l'auteur
Mère de 3 enfants et femme active, Nathalie aime lire, écrire et jouer la comédie!
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