Ce que nous disent les sondages

© Stocklib / alphaspirit
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A moins de trois semaines des élections du 23 mars, les sondages se suivent et se ressemblent… ou presque. Dans la majorité des enquêtes d’opinion, le Likoud et ses alliés n’atteignent pas les 61 mandats nécessaires pour former une coalition.

Et ceci, même en comptant le ralliement du parti Yemina de Naftali Bennet. Ainsi, dans le sondage publié par la radio 103, le 1er mars, le Likoud obtiendrait 28 sièges, Yemina 11, Ha Tsionout ha Datit (Sionisme religieux) de Betzalel Smotricht et Itamar Ben Gvir 4, et les deux partis ultraorthodoxes 15.

Soit un total de 58 sièges. Est-ce à dire pour autant qu’une majorité alternative se dessine ? On peut imaginer deux cas de figures. Celui où tous les opposants à Binyamin Netanyahou se regrouperaient, aboutissant à former une coalition de 62 sièges.

Mais cela supposerait qu’un parti de droite comme Tikva Hadasha (13 sièges) de Gideon Saar accepte le soutien des partis arabes de la Liste unifiée (9 sièges) ce qui semble inimaginable. On pourrait aussi concevoir une grande coalition qui regrouperait tous ces partis sauf les formations arabes avec le soutien de Yemina.

Cela signifierait que les deux partis de droite contestataires (Yemina et Tikva Hadasha) s’allient avec Israel Beitenou d’Avigdor Liberman (7 sièges), le grand parti du centre, Yesh Atid de Yaïr Lapid (19 sièges), le Parti travailliste (6 sièges), Meretz (4 sièges) et ce qui reste de Bleu-blanc (Kahol Lavan) de Benny Gantz (4 sièges).

Dans notre exemple, on aboutirait à un total de 64 sièges. La belle affaire ! Mais deux réserves s’imposent. Sur un plan strictement mathématique, il faudrait que deux formations, Meretz et Bleu-blanc, dépassent le seuil électoral (3,25 % soit 4 sièges) comme dans le sondage de Radio 103.

On sait que cela pourrait se jouer à quelques milliers, voire quelques centaines de voix. On rappellera à cet égard que la Nouvelle droite créée en 2019 par Naftali Bennet et Ayelet Shaked n’avait pas obtenu de représentation parlementaire à 1400 voix près… ce qui a privé Binyamin Netanyahou d’une coalition et a conduit à organiser de nouvelles élections en septembre de la même année.

Sur le plan idéologique, les partis du centre et de la gauche pourraient-ils accepter des projets portés par les formations de droite comme la limitation des pouvoirs de la Cour suprême ?

On l’imagine difficilement, même si l’on sait que dans la politique israélienne des combinaisons saugrenues peuvent voir le jour. Il est aussi une autre hypothèse que l’on ne peut écarter. Si les résultats du 23 mars étaient conformes à ce que prédisent les enquêtes d’opinion et qu’aucune coalition ne puisse être formée, il ne resterait qu’une seule perspective : l’organisation de nouvelles élections… précédées de nouveaux sondages.

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
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