Ce que nous dira le taux de participation le 9 avril

Les bureaux de vote fermant à 22h00, on ne connaîtra pas les résultats du scrutin du 9 avril avant une heure avancée de la nuit, et même le lendemain, il faudra encore attendre 24 heures pour avoir les résultats définitifs, compte-tenu du décompte à part du vote des soldats, notamment.

Avant même le dépouillement, on disposera cependant d’indications intéressantes à la simple observation du taux de participation. En 2015, celui-ci était de 72 %, mais avec de fortes disparités, principalement entre l’électorat juif et l’électorat arabe qui n’avait voté qu’à 65 %. Toutes les enquêtes montrent que cette fois-ci, dans cette population, ce taux pourrait être encore beaucoup plus faible, proche de 50 %, surtout en raison de la « loi sur l’Etat-Nation ».

Ce qui aurait une conséquence politique importante : une forte diminution de la représentation du public arabe (13 députés dans la Knesset sortante), entraînant peut-être la disparition des deux partis les plus faibles (l’alliance entre les nationalistes laïcs et les islamistes de Ram-Balad). Avec 4 ou 5 députés arabes de moins, le bloc de centre-gauche ne disposerait plus de la réserve ultime lui permettant de prétendre au poste de Premier ministre.

Le taux de participation d’une autre communauté en pleine évolution, la communauté ultra-orthodoxe, sera également très significatif : nombre de ses membres qui s’émancipent en étudiant à l’université et en entrant sur le marché du travail ne suivent plus les consignes des rabbins. Ils pourraient ne pas voter pour leurs partis au profit des autres partis de droite, du Likoud principalement, voire ne pas voter du tout. Shas (7 députés dans la Knesset sortante) pourrait y perdre des sièges, voire sa représentation parlementaire, ce qui handicaperait considérablement Binyamin Netanyahou.

Le taux de participation des jeunes devrait également jouer un rôle décisif. Traditionnellement, ceux-ci votent moins que leurs aînés, mais le parti Zéout, la véritable surprise de ces élections, avec sa promesse de légaliser l’usage récréatif du cannabis, attire nombre de primo-votants laïcs comme de jeunes religieux des implantations.

Le dirigeant de ce parti, Moshé Feiglin, se garde bien de donner sa préférence quant au choix du Premier ministre, mais parions que son idéologie libertarienne détonante, mélange d’ultranationalisme, de messianisme et d’antiétatisme le conduira in fine à soutenir un gouvernement de droite.

Au total, l’observation des taux de participation différenciés selon les publics sera riche d’enseignements. Celle du taux de participation général aussi : au terme d’une campagne marquée par la violence des attaques personnelles et les fake news, on saura si les électeurs trouvent encore assez de motivations pour se déplacer jusqu’au bureau de vote.

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
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