Candidats de Mélenchon, la cour des miracles

Le choix d’un titre demande un minimum de précautions, commençons donc par l’expliquer. Il ne s’agira pas de vous exposer la nocivité du programme des « insoumis », programme qui serait en gros celui de Mélenchon s’il devenait Premier Ministre », comme il l’annonce fièrement sur les affiches de ses candidats ; et il n’y a pas grand risque à le dire, vu le rapport de force qu’il a su imposer aux autres partis de Gauche réunis dans l’accord électoral de la « Nouvelle Union Populaire Ecologique et Sociale » (Nupes) : 326 circonscriptions réservées à « La France Insoumise » – soit 56% des candidatures déposées -, avec un « hold-up » sur la majorité des circonscriptions « gagnables » ; cela garantit qu’ils seraient le groupe le plus important à l’Assemblée Nationale en cas de bouleversement électoral.

Il ne s’agira pas de dire que tous les candidats « insoumis » méritent ce qualificatif ; ni de prétendre que tous les candidats investis en dehors de la Nupes sont irréprochables. Mais de vous parler uniquement d’éléments réellement douteux investis par la France Insoumise. Leurs cas a fait l’objet de publications preuves à l’appui, sur Twitter en particulier ; mais à l’exception du tristement célèbre Taha Bouhafs – finalement écarté pour une série d’agressions sexuelles et dont je parlerai à la fin -, aucune de leurs investitures n’a été remise en question.

La « cour des miracles » que vous découvrirez comprend un ex-dealer rendu célèbre par l’émission de Hanouna ; une mythomane avérée ; deux antisionistes radicales candidates dans une circonscription parisienne ; des très proches de Mélenchon choisis par pur népotisme ; un écologiste radical rendu lui aussi célèbre par une émission « d’infotainment » ; une dieudonniste, ex-gilet jaune ; et, last but not least, Taha Bouhafs.

Commençons par le jeune Louis Boyard. Candidat de La France insoumise dans la troisième circonscription du Val-de-Marne, âgé de 21 ans, il a déjà un riche curriculum vitae en matière de contestation ; président de l’Union Nationale des Lycéens, il a participé aux blocages éphémères d’écoles en février 2019 en pleine vague des « gilets jaunes » ; remarqué par Cyril Hanouna qui met en vedette tous les bons clients « border line », il a rejoint l’équipe de T.P.M.P, le meilleur tremplin pour devenir célèbre. En septembre 2021, sur le plateau de l’émission, Louis Boyard a avoué avoir ponctuellement vendu de la drogue pour payer ses études.

Passons à la mythomane. Extrait tirée de ce lien. « Leïla Ivorra, militante de La France Insoumise, investie dans la 1ère circonscription du Val d’Oise. Cette dernière s’était distinguée en 2018, durant l’occupation de la Fac de Tolbiac en lançant la rumeur d’un étudiant entre la vie et la mort après une intervention des CRS. « La première chose qu’on a vue, c’était un gars devant les grilles avec la tête complètement explosée, une flaque de sang énorme » avait-elle déclaré, ajoutant qu’un camion de pompiers était venu le récupérer et que l’étudiant était « dans le coma avec une hémorragie interne » (…) Leïla Ivorra avouera un peu plus tard ne jamais avoir vu ce qu’elle avait décrit et qu’elle ne se trouvait même pas dans l’établissement. » Il existe une vidéo rappelant sa fake news, devenue virale sur les réseaux sociaux. Mais cela n’a toujours pas dissuadé la France Insoumise de maintenir son investiture !

Personnalité plus sérieuse, ancienne élue du Parti Socialiste ayant dérivé vers la mouvance de Mélenchon, Caroline Mecary. Elle s’est engagée pour le mariage civil aux couples de même sexe, et est devenu une avocate pionnière de l’homoparentalité. Sa notoriété est réelle, car elle plaide devant des juridictions françaises ou internationales. Investie dans la septième circonscription de Paris où elle affrontera Clément Baune – secrétaire d’Etat sortant chargé des affaires européennes – elle a publié un tweet immonde (depuis effacé, mais dont il reste la copie d’écran), accusant – sans la nommer – la communauté juive d’en faire trop sur le meurtre atroce de Sarah Halimi, et de ne pas dénoncer le « crime d’apartheid » commis par Israël. Faut-il le rappeler ? On peut critiquer la politique israélienne dans les territoires palestiniens, mais s’exprimer ainsi c’est une façon sournoise de réclamer sa disparition.

Autre antisioniste radicale, Danièle Simonnet. Ayant quitté le Parti Socialiste pour rejoindre très tôt Jean-Luc Mélenchon, elle fait partie de ses très proches. Conseiller de Paris dans le vingtième arrondissement, seule représentante de son parti à la Mairie de Paris, c’est dans le vingtième qu’elle a tenté trois fois sa chance aux élections législatives. La démission du député socialiste en 2021 l’a vue opposée à Lamia El Aaraj, jeune femme issue de l’immigration qui l’a clairement battue. Cela n’a pas empêché la France Insoumise de réserver à Simonnet cette circonscription « en or ». Courageusement, la candidate sortante a maintenu sa candidature, avec le soutien de plusieurs élus socialistes parisiens : on lui souhaite plein succès. Mais mon bonheur de voir Simonnet éliminée serait aussi associée à un autre souvenir : en 2015, elle était montée au créneau pour empêcher la tenue de la manifestation festive « Tel Aviv sur Seine ». Anne Hidalgo avait à l’époque résisté, grâce lui soit rendue. Danielle Simonnet à l’Assemblée nationale voterait pour un boycott total de l’Etat d’Israël.

Plus classiques maintenant, deux exemples criants de népotisme. Il existe certes dans l’histoire politique des exemples de conjoints associés dans une mairie, ou de dynasties de députés ; le « piston » a toujours existé partout, et concerne la Droite comme la Gauche. Mais les insoumis, à l’image de leur leader qui n’a jamais toléré le moindre processus démocratique dans son parti (lire le témoignage de Thomas Guénolé, ex LFI qui en a été exclu) sont toujours vent debout pour faire la morale aux autres. Qui sont donc les très proches de Mélenchon désignés pour se présenter dans des circonscriptions «en or » ? La première est Sophia Chikirou, sa maitresse selon plusieurs journaux contre lesquels le leader insoumis a vu classées sans suite toutes ses plaintes. Elle est candidate dans la sixième circonscription de Paris, quartiers populaires entre le onzième et le vingtième arrondissement. Le deuxième est Gabriel Amard, gendre de Mélenchon parachuté à Villeurbanne, dans la sixième circonscription du Rhône ; et cela, en préemptant ainsi la place qui aurait dû revenir à l’adjointe au maire, socialiste, qui avait déjà posé sa candidature.

Vous avez sûrement connu Aymeric Caron par la télévision. C’était dans l’émission « On n’est pas couché » où il a fait partie des éditorialistes en tandem avec Natacha Polony ; émission qui a propulsé aussi Eric Zemmour, autre radicalisé celui-là d’extrême-droite. Dirigeant du micro-parti « Rev » (Révolution écologique du vivant »), il est rattaché à la nébuleuse de mouvements entrainés par La France Insoumise, qui l’a investi comme candidat dans le dix-huitième arrondissement. Lui-même vegan au nom de la protection de la Planète, Caron est aussi « anti spéciste » c’est-à-dire qu’il voudrait interdire à terme l’élevage et la consommation d’animaux qu’il s’agisse de viande ou de poissons. Parmi les lubies théorisées par le même, « un permis de voter », ce qui a été justement dénoncé par la journaliste Emmanuelle Ducros sur Twitter. Rappelons un vif incident l’ayant opposé à Alexandre Arcady, venu parler de son film consacré au meurtre atroce d’Ilan Halimi. La conversation ayant dérivé vers le massacre de l’école de Toulouse, si on en croit le témoignage rapporté ici . Caron aurait déclaré. « Si on interrogeait Merah, il dirait qu’il a tué des enfants juifs parce que l’armée israélienne tue des enfants palestiniens. Bien sûr, ça ne justifie rien, mais tout de même, c’est vrai que Tsahal tue des enfants. » Ce passage scandaleux a été coupé au montage.

Mais restons dans le voisinage de Caron, et parlons d’une candidate de son micro parti, « Rev ». Azelma Sigaux se présente dans la seconde circonscription de la Haute-Loire. Le compte twitter « Gaston Crémieux » lui a consacré une série de tweets très bien référencée. Résumons l’essentiel : ex-gilet jaune, elle a justifié dans une vidéo récente l’incendie criminel de la Préfecture du Puy-en-Velay. Le Préfet du département a traité ses propos de mensonges, comme rapporté dans la presse locale : « Les amalgames et les confusions opérés dans ses propos relatifs aux événements du 1er décembre 2018 constituent des contre-vérités qui visent à jeter le discrédit sur les forces de la direction départementale de la sécurité publique de Haute-Loire. (…). Il se réserve le droit de déposer plainte à la suite de tels propos diffamatoires de la part d’une personne non présente ce jour-là. » Mais il y a plus grave. Son père, Jacky Sigaux, comédien, est régisseur travaillant aux côtés de l’agitateur antisémite Dieudonné. Il est tristement célèbre pour avoir joué le rôle du déporté dans ses spectacles. A ce titre, vêtu d’un costume de bagnard avec une étoile jaune sur la poitrine, il a remis « le prix de l’infréquentabilité » au célèbre négationniste Robert Faurisson : pas de problèmes pour sa fille, qui loin de s’en démarquer a affirmé qu’il n’était « ni antisémite ni fasciste » car écolo …

Laissons la cerise sur le gâteau pour le dessert, c’est-à-dire la fin de cet article. Taha Bouhafs, journaliste autodidacte a déjà à 25 ans un lourd passé d’agitations en tous genres, faux scoops, rébellions et vraies déclarations antisémites. On lira ainsi cet extrait de sa fiche wikipedia : « Après que le philosophe Alain Finkielkraut a été traité de « sales sioniste » au cours d’une manifestation, Benoît Hamon publie un tweet affirmant que « « sale sioniste » voulait dire « sale juif » » ; ce à quoi Taha Bouhafs répond: « C’est bientôt le dîner du CRIF, et t’as pas envie d’être privé de petits fours. ». L’U.E.J.F – union des étudiants juifs de France – a publié un tweet illustrant parfaitement le caractère trouble du personnage : soutien à des organisations islamistes militantes ; injure raciste envers une responsable syndicale de la police, qui lui a valu une condamnation ; insultes contre le journal « Charlie Hebdo », etc. Cela n’a pas empêché la France Insoumise de défendre – au plus haut niveau de sa direction – ce candidat choisi pour la circonscription de Vénissieux, le présentant comme la victime « d’un racisme contre la jeunesse des quartiers populaires » Je n’insisterai pas sur la fin lamentable de l’épisode Bouhafs : accusé par plusieurs femmes d’agressions sexuelles, l’affaire remonte à LFI le 7 mai. Pendant plusieurs jours, les éloges du jeune candidat continuent sur leurs réseaux sociaux. Jusqu’à ce qu’il soit contraint à renoncer à sa candidature le 10 mai, Jean-Luc Mélenchon se disant stupéfait de l’apprendre … le 12, et alors que « l’interrogatoire » du concerné avait été mené en interne par des personnes de son équipe rapprochée ; la poussière restera soigneusement laissée sous le tapis, car cette juridiction interne a convaincu les victimes de ne pas porter plainte. Bravo les insoumis !

Cet article a été publié le 19 mai sur le site « Temps et Contretemps ».

à propos de l'auteur
Bénévole au sein de la communauté juive de Paris pendant plusieurs décennies, il a exercé le métier d'ingénieur pendant toute sa carrière professionnelle. Il a notamment coordonné l'exposition "le Temps des Rafles" à l'Hôtel de Ville de Paris en 1992, sous la direction de Serge Klarsfeld. Producteur de 1997 à 2020, sur la radio Judaïques FM, de l'émission "Rencontre" ; après avoir été consacrée au monde musulman pendant une vingtaine d'année, cette série a traité ensuite des affaires internationales. Président délégué de la Commission pour les relations avec les Musulmans du CRIF (2009-2019), il a rejoint en 2012, comme nouveau vice président représentant la communauté juive, la "Fraternité d'Abraham" association laïque pour le rapprochement entre Judaïsme, Christianisme et Islam.
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