Canada : L’antisémitisme devient mainstream

Le restaurant de Kimberly Hawkins, affichant une bannière pro-palestinienne sur sa vitrine. (Crédit : Foodbenders/Instagram via JTA)
Le restaurant de Kimberly Hawkins, affichant une bannière pro-palestinienne sur sa vitrine. (Crédit : Foodbenders/Instagram via JTA)

Le Canada a l’image d’être un pays ouvert, accueillant qui célèbre son incroyable diversité.

Pourtant, tout n’est pas parfait au royaume de Justin Trudeau.

Pour la première fois, des fonctionnaires fédéraux canadiens juifs ont senti le besoin de se regrouper pour lutter contre l’antisémitisme dans la fonction publique, qui est le plus gros employeur du Canada.

Ce réseau de fonctionnaires, qui inclut des employés de l’État de très haut niveau, multiplie les rencontres afin de trouver une solution à ce problème grandissant.

Artur Wilczynski, ancien ambassadeur du Canada en Norvège et maintenant sous-ministre adjoint et conseiller principal pour les personnes, l’équité et l’inclusion au Centre de la sécurité des télécommunications (l’équivalent canadien de la National Security Agency américaine ou de l’Unité 8200 israélien), soutient qu’il « a connu, en tant qu’homme juif et homosexuel, plus d’antisémitisme que d’homophobie au cours de sa vie, y compris au travail. »

Et d’ajouter : « Les gens ne comprennent pas à quel point l’antisémitisme s’est répandu dans la société, y compris dans la fonction publique ».

Cette situation créée beaucoup de stress et d’anxiété pour les fonctionnaires juifs, qui l’ont fait savoir à leur employeur. Et, pour avoir parlé à plusieurs de ces serviteurs de l’État, cette mobilisation ne fait que commencer.

Ceci s’ajoute à l’oubli (volontaire ?) de l’antisémitisme dans les stratégies de l’État canadien de lutte contre le racisme. Un exemple : L’Appel à l’action en faveur de la lutte contre le racisme, de l’équité et de l’inclusion dans la fonction publique fédérale.

Lancé par Ian Shugart, Greffier du Conseil privé et secrétaire du Cabinet (i.e. le plus haut fonctionnaire de la fonction publique fédérale canadienne), cet appel mentionne (avec raison!) les formes de racisme subies par les employés autochtones, de race noire ou d’autres groupes racisés, mais obscure complètement l’antisémitisme, pourtant à son niveau le plus élevé au Canada depuis la Seconde Guerre Mondiale, selon Irwin Cotler, Envoyé spécial du Canada pour la préservation de la mémoire de l’Holocauste et la lutte contre l’antisémitisme (dont le mandat a été récemment renouvelé par le Premier ministre Trudeau).

Qu’au Canada, contrée de la diversité et du multiculturalisme, en 2021, les fonctionnaires juifs se mobilisent ainsi est une indication troublante du mainstreaming de l’antisémitisme dans ce pays nordique.

Cette initiative mérite d’être soulignée et ses initiateurs, applaudis. Ce mouvement doit être appuyé par l’ensemble de la communauté juive du Canada – et par l’ensemble des Canadiens.

Finalement, si jamais vous êtes fonctionnaire juif d’un autre pays et voulez être en contact avec le réseau canadien, il me fera plaisir de vous mettre en contact. En effet, la force du nombre a peu d’équivalent.

à propos de l'auteur
Originaire du Québec, Richard est avocat et vice-président des affaires externes du Centre consultatif des relations juives et israéliennes (Canada). Il est également auteur (Récipiendaire du 2012 Helen and Stan Vine Canadian Jewish Book Award) et ex-député fédéral. Ses sujets de prédilection sont le monde juif en général et Israël, d’un point de vue québécois et canadien. Les articles postés sur ce blog reflètent ses opinions personnelles.
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