Budget 2026, la carotte et le bâton
C’est in extremis que la Knesset a approuvé le budget 2026. Un budget qui n’est plus adapté à l’économie israélienne soumise à une guerre longue et coûteuse, mais qui permettra au gouvernement Netanyahou de se maintenir aux commandes du pays jusqu’aux législatives d’octobre prochain.
Le gouvernement israélien a survécu à l’épreuve du budget 2026 ; même si ce budget préparé de longue date, revu et corrigé plusieurs fois, ne correspond plus aux besoins d’une économie en guerre.
Qu’à cela ne tienne : l’objectif était de faire voter un budget quel qu’il soit avant la fin mars pour éviter la dissolution de la Knesset et la tenue d’élections anticipées.
C’est bien au dernier moment (dans la nuit du 29 au 30 mars) que le gouvernement a réussi le coup de force d’obtenir un consensus parlementaire, notamment en faisant plier les partis orthodoxes de la coalition qui ont renoncé à la loi qui devait dispenser du service militaire les étudiants harédim.
La stratégie utilisée par le ministre des Finances Bezalel Smotrich pour faire voter la loi de finances 2026 était simple : le budget donne d’une main pour reprendre de l’autre. Il s’agit de la vieille méthode dite « la carotte et le bâton » : la carotte est une récompense implicite pour faire ce qui est attendu, alors que le bâton est une punition tacite si ce qui est attendu n’est pas fait.
Des récompenses
Les récompenses (la carotte) du budget 2026 sont constituées d’avantages fiscaux, de subventions budgétaires et autres primes visant à encourager un soutien politique sectoriel. Elles sont accordées à différents acteurs de l’économie israélienne, notamment :
- les partis religieux : les « fonds de coalition » d’un montant proche de 6 milliards de shekels sont maintenus pour récompenser les harédim de leur soutien indéfectible au gouvernement Netanyahou ;
- les classes moyennes : la baisse des taux de l’impôt sur le revenu améliorera le revenu net des classes moyennes qui gagnent entre 16.000 et 25.000 shekels par mois ;
- le consommateur : les achats en ligne à l’étranger sont exonérés de la TVA jusqu’à 130 dollars suite un nouveau décret signé par le ministre des Finances fin février dernier ;
- les banques : la taxe de 15% sur les surprofits des banques est abandonnée en échange du versement exceptionnel de 3,25 milliards de shekels par les banques aux caisses de l’Etat en 2026-2027 ;
- les propriétaires terriens : la proposition visant à instaurer une taxe foncière de 1,5% sur les terrains inoccupés est abandonnée.
Des punitions
Les punitions (le bâton) du budget 2026 sont constituées de coupes budgétaires ainsi que de l’abandon de réformes qui auraient pu réduire la cherté de la vie. Les victimes en seront :
- le citoyen : une coupe transversale de 3% dans les budgets civils va réduire d’autant les services publics essentiels (santé, éducation, transports, etc.) ;
- le consommateur : l’abandon de la réforme laitière remettra à plus tard la baisse attendue du prix des produits laitiers ;
- le contribuable : le relèvement de la TVA de 17% à 18% instauré en 2025 est maintenu en 2026, ce qui alourdira les dépenses de consommation des Israéliens les plus modestes ;
- les ménages : la plupart des factures mensuelles ont augmenté au début 2026, comme les impôts locaux (+1,6%), l’électricité (+1,5%) et l’eau (+2,3%).
Il faut se rendre à l’évidence : le budget 2026 comprend davantage de carottes que de bâtons, une stratégie qui a garanti son adoption et repoussé la dissolution de la Knesset.
En revanche, rien pour relancer la croissance de l’économie. A l’exception d’une réforme bancaire (visant à promouvoir la concurrence), la plupart des réformes attendues ont été enterrées : les investissements publics dans l’éducation, les infrastructures, la société arabe et l’emploi des harédim sont reportés sine die.
En contrepartie de la générosité des pouvoirs publics, le déficit budgétaire s’alourdira pour s’établir à 4,9% du PIB et la dette publique frôlera les 70% du PIB ; le prix que le citoyen paiera pour permettre à son gouvernement de survivre jusqu’en octobre prochain…
