Bruits de bottes

© Stocklib / Iryna Tiumentseva
© Stocklib / Iryna Tiumentseva

A l’heure où ces lignes sont écrites, on ne saurait dire si la Russie mettra à exécution son projet d’envahissement de l’Ukraine. De toute façon, invasion ou pas, on savait depuis longtemps à quoi s’en tenir.

Depuis la crise géorgienne (2008), l’annexion de jure de la Crimée (2014) et les pressions incessantes sur l’Ukraine orientale, on avait compris : en dépit de la chute de l’Union soviétique (1991), la Sainte Russie entend bien rester seul(e) maître(sse) à bord dans les quatorze autres Républiques autrefois gouvernées par Lénine, Staline et leurs successeurs.

Pour Vladimir Poutine, il en va de l’avenir de son régime fondé sur un nationalisme exacerbé et une pratique autoritaire du pouvoir. C’est aussi un moyen de faire oublier au brave peuple russe – qui en a vu d’autres – les failles du système. La lutte contre la pandémie a connu des ratés, et les hydrocarbures enrichissent d’abord une minorité : les oligarques, ces hommes d’affaires protégés par le pouvoir qui plaident pour la liberté d’entreprendre surtout lorsqu’ils ne courent aucun risque.

En d’autres termes, Vladimir Poutine a tout intérêt à envahir l’Ukraine en se saisissant du prétexte que Kiev veut adhérer à l’OTAN. Israël est directement concerné par ce différend qui se situe à des milliers de kilomètres de ses frontières.

Depuis des années, l’Etat juif bénéficie du feu orange donné par Moscou aux attaques menées par les avions de Tsahal contre les groupes terroristes présents en Syrie, ce petit pays exsangue devenu un protectorat russe.

De façon très significative, lorsque la tension a commencé à monter, les diplomates du Kremlin ont signifié à leurs homologues israéliens que cette mansuétude avait ses limites. Le message a été reçu cinq sur cinq à Jérusalem : le gouvernement israélien ne soutiendra pas le président (juif) ukrainien, et ne lèvera pas le petit doigt pour empêcher une invasion de l’Ukraine par l’armée russe.

A l’heure où un nouvel accord sur le nucléaire iranien se profile à l’horizon, Naftali Bennett ne veut pas être à découvert sur tous les fronts. D’autant que d’autres bruits de bottes se font entendre au Liban où le Hezbollah menace à nouveau l’Etat juif de tirs massifs de missiles.

On s’interroge souvent sur la longévité du « gouvernement du changement » en place depuis le 13 juin 2021. Aucune difficulté ne lui est épargnée à l’intérieur du pays, au Parlement ou dans la rue. Mais ce n’est rien à côté des bruits de bottes qui, à l’extérieur des frontières, commencent à bousculer toutes les certitudes.

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
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