Bloc contre bloc

La campagne électorale a vraiment commencé après le dépôt des listes définitives le 21 février, et les décisions du conseiller juridique du gouvernement concernant le Premier ministre une semaine après.

Désormais les choses sont claires. Deux blocs s’affrontent. Le bloc de droite dirigé par Binyamin Netanyahou en dépit de ses déboires judiciaires, et celui du centre dirigé par le duo Benny Gantz-Yaïr Lapid. C’est l’union de leurs deux listes qui a permis au nouveau parti ainsi constitué, Bleu et blanc, de virer en tête des intentions de vote : les sondages leur prédisent près de 40 mandats.

Pour le bloc de droite, la perspective de mise en examen du Premier ministre n’a pas affaibli le Likoud (avec une petite trentaine de mandats), mais ses alliés, et un parti de droite, Israël Beïtenou, après Koulanou, est menacé de disparaître. Shas n’est pas non plus à l’abri de ce risque.

Le Premier ministre sortant est confronté à un vrai dilemme : en appelant à voter pour le Likoud, il risque de condamner plusieurs petits partis de droite à ne pas franchir le seuil d’éligibilité (3,25%, soit 4 sièges), et donc à ne pas réunir les 61 députés nécessaires pour former une coalition.

Car l’union entre Benny Gantz et Yaïr Lapid et la perspective d’inculpation du Premier ministre ont commencé à opérer un transfert de voix en deux temps. Dans un premier temps, l’union a drainé les voix d’électeurs du Parti travailliste et de Meretz qui veulent avant tout se débarrasser de Binyamin Netanyahou.

Cela réduira la représentation du Parti travailliste à moins de dix sièges, et celle de Meretz à un niveau proche du seuil de survie. Dans un second temps ouvert par les décisions judiciaires, ce bloc commence à grapiller des voix à droite au point de devenir légèrement majoritaire dans les sondages (61 sièges dans ceux réalisés par trois chaînes de télévision les 1er et 3 mars).

Dès lors, c’est bloc contre bloc que se déroule l’affrontement. Binyamin Netanyahou a demandé à ses partisans de ne pas faire dans la « colossale finesse » en décrivant le choix de l’électeur entre Bibi et Tibi (du nom du leader de la principale liste arabe, Ahmed Tibi).

Face à cette offensive, les leaders du parti Bleu et blanc entendent présenter un programme en bonne et due forme. On aurait aimé que la campagne se déroule principalement sur ce terrain : celui des idées, projet contre projet, ou projet contre bilan. Il y a tant de choses à dire !

Sur l’éducation, la santé, le pouvoir d’achat, la sécurité… sans oublier les sujets moins consensuels : les rapports entre l’Etat et la religion, l’avenir des relations avec les Palestiniens … Las !

La campagne électorale a vraiment commencé, mais reste pour l’instant au niveau de la caricature et des coups bas. Le combat bloc contre bloc sera sans pitié.

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
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