Binyamin Netanyahou et ses états d’âme

L'ancien Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu s'adressant aux membres du parti d'opposition de droite, à la Knesset, le parlement israélien, à Jérusalem le 14 juin 2021. (AP Photo/Maya Alleruzzo, Fichier)
L'ancien Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu s'adressant aux membres du parti d'opposition de droite, à la Knesset, le parlement israélien, à Jérusalem le 14 juin 2021. (AP Photo/Maya Alleruzzo, Fichier)

Les politiques, on le sait, ne savent pas s’arrêter. A croire que les places sont bonnes. Pourtant, il y a quelques jours, on croyait l’affaire réglée.

Binyamin Netanyahou était sur le point de signer, sur proposition du conseiller juridique du gouvernement Avichaï Mandelblit, un « accord-plaidoyer » (un compromis judiciaire) : un des trois dossiers à charge contre lui serait classé et l’accusation de corruption levée dans l’affaire la plus grave. Ce qui permettrait à l’ex-Premier ministre de ne pas aller en prison.

Dans les deux dossiers restants, les actes qualifiés de fraude et d’abus de confiance seraient sanctionnés par des peines légères sous forme de travaux d’intérêt général. Le problème est que Binyamin Netanyahou devrait aussi renoncer à la vie politique pour une période de sept ans, soit jusqu’en 2029, année où il atteindra l’âge respectable de 80 ans. En d’autres termes, Binyamin Netanyahou doit choisir entre la liberté et la carrière. Choix cornélien s’il en est. D’où ses états d’âme.

A une semaine de la fin du mandat d’Avichai Mandelblit, le chef de l’opposition jouerait la montre pour obtenir un arrangement plus favorable lui ménageant une possibilité de revenir rapidement en politique. Nul ne sait comment cette affaire se terminera : par la signature in extremis d’un compromis, ou par la relance de toute la procédure avec le nouveau conseiller juridique du gouvernement.

En tout état de cause, ce suspense digne d’un roman policier provoque des remous dans la classe politique. D’abord dans l’opposition, où une petite dizaine de candidats à la succession du grand chef charismatique piaffent d’impatience pour prendre la présidence du Likoud. Les partis ultraorthodoxes ne sont pas en reste, et de mauvaises langues prétendent qu’ils sont déjà en train de négocier leur entrée dans la coalition.

Celle-ci changerait alors de nature en penchant très à droite. Un autre scénario est souvent évoqué : le départ de Binyamin Netanyahou de la scène politique permettrait à des membres de la coalition comme Ayelet Shaked ou Yomtov Kalfon de passer sur l’autre rive. En rejoignant leur vraie famille, ils apporteraient à la droite et à l’extrême droite les mandats qui leur manquent pour former un gouvernement sans les partis honnis : la gauche et les Arabes. La vie politique israélienne est suspendue à la décision d’un homme.

Un peu comme dans le célèbre poème de Lamartine : « Ô temps, suspends ton vol ! et vous, heures propices, suspendez votre cours ! Laissez-nous savourer les rapides délices des plus beaux de nos jours ! ». Les beaux jours sont en effet comptés pour certains des protagonistes de cette ténébreuse affaire. Mais, on ne sait pas lesquels.

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
Comments