Binyamin Netanyahou en chute libre

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et le Premier ministre adjoint et ministre de la Défense Benny Gantz lors de la réunion hebdomadaire du cabinet, au ministère des Affaires étrangères à Jérusalem, le 5 juillet 2020. Photo d'Amit Shabi / POOL
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et le Premier ministre adjoint et ministre de la Défense Benny Gantz lors de la réunion hebdomadaire du cabinet, au ministère des Affaires étrangères à Jérusalem, le 5 juillet 2020. Photo d'Amit Shabi / POOL

Il y a encore quelques semaines, Binyamin Netanyahou, affichait une mine réjouie. Le confinement s’était globalement bien passé, le nouveau gouvernement avait prêté serment, et son parti s’était rangé derrière lui pour l’ouverture de son procès.

Le Premier ministre pouvait enfin s’atteler à sa grande œuvre : procéder à l’annexion d’une partie de la Cisjordanie, développement stratégique lui assurant une trace dans l’Histoire.

Très sûr de lui, il autorisa un déconfinement censé consolider sa popularité mais qui risque aujourd’hui de lui coûter sa place. Les Israéliens ne pardonnent pas la précipitation et la légèreté avec lesquelles ont été prises les décisions de réouverture des activités. Alors que deux tiers des citoyens avaient émis un jugement positif sur la gestion de la première vague par le Premier ministre, ils expriment désormais leur mécontentement dans la même proportion.

Il y a de quoi : des mesures de reconfinement partiel sont annoncées et remises en cause le lendemain (pour les autobus par exemple), des activités comme les salles de sport sont fermées sans que l’on sache très bien pourquoi…

Le gouvernement navigue à vue et la directrice de la santé publique (le professeur Sigal Sadetski), en démissionnant, n’a pas caché que l’avenir était sombre. Last but not least, le « filet de sécurité » promis aux chômeurs, salariés et indépendants, intervient bien tard et chacun sait qu’il ne compensera que très partiellement les pertes subies.

Le succès de la manifestation des travailleurs indépendants le 11 juillet à Tel-Aviv, présentée comme apolitique, pourrait bien inaugurer une période de contestation plus large.

La méfiance à l’égard du Premier ministre a désormais des conséquences sur son parti. Le Likoud qui caracolait dans les enquêtes d’opinion ne cesse de perdre des points : dans un sondage de la chaîne 13 publié le 12 juillet, il est crédité de 33 sièges, alors que deux semaines auparavant les mêmes sources lui en accordaient 5 de plus.

Les grands bénéficiaires de cette évolution sont les partis à la droite du Likoud : Israel Beitenou d’Avigdor Liberman (qui obtiendrait 8 sièges), et surtout Yemina de Naftali Benet qui avec 13 sièges doublerait sa représentation parlementaire.

D’ailleurs, ce dernier se présente de plus en plus ouvertement comme le challenger du Premier ministre. Dans la situation de désorganisation où se trouve le pays, le recours à de nouvelles élections est inimaginable.

Mais on peut envisager un autre scénario : une révolution de palais à l’intérieur de la droite israélienne afin de mettre à l’écart un Premier ministre devenu un boulet.

Resterait à trouver un successeur. Ce ne serait pas bien difficile : beaucoup s’y voient déjà.

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
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