Bilan de la commémoration de la libération d’Auschwitz

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et le président israélien Reuven Rivlin posant avec les dirigeants mondiaux lors du cinquième Forum mondial de l'Holocauste au musée commémoratif de l'Holocauste Yad Vashem à Jérusalem le 23 janvier 2020. Photo de Yonatan Sindel / FLASH90
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et le président israélien Reuven Rivlin posant avec les dirigeants mondiaux lors du cinquième Forum mondial de l'Holocauste au musée commémoratif de l'Holocauste Yad Vashem à Jérusalem le 23 janvier 2020. Photo de Yonatan Sindel / FLASH90

Les cérémonies viennent de se terminer à Jérusalem et elles permettent de tirer plusieurs enseignements. Tout d’abord, le dirigeant israélien qui s’est distingué est sans contexte le président de l’État Réouven Rivlin.

Alors que la droite israélienne, et les francophones en particulier, se sont radicalisés et qu’ils courent après les nationalistes et l’extrême-droite, le président n’a pas perdu son âme. Malgré la montée des extrêmes dans le pays, le président de l’État est resté stoïque parce qu’il s’est affirmé au contact de la réalité du pouvoir.

Rivlin n’avait jamais été un personnage marquant, presque terne dans ses fonctions antérieures. C’était pourtant un cacique du Likoud, élevé dans les valeurs du mouvement sioniste Betar, créé par le nationaliste Vladimir Zeev Jabotinsky. Il était un pilier du parti, fervent partisan du Grand Israël, avec des racines plantées profondément dans la droite idéologique. En tant que président de la Knesset de 2003 à 2006, il avait fait partie des adversaires du plan de désengagement de Gaza imposé par Ariel Sharon.

Son élection à la présidence, le 10 juin 2014, avait été fastidieuse alors que la fonction est purement honorifique, sans réel pouvoir sinon une autorité morale. Mais à l’instar du précédent titulaire de la charge, Shimon Peres, Réouven Rivlin n’a pas voulu seulement «inaugurer les chrysanthèmes». Il a participé au débat national alors que le pays souffre de l’omnipuissance du premier ministre Benjamin Netanyahou et surtout de l’absence d’un dirigeant charismatique de l’opposition. Sa position de sage lui a conféré une auréole qu’il a exploitée pour se défaire de sa position d’extrémiste. Dès sa prise de fonction, il s’est montré impartial pour être le président de tous les Israéliens, sans sectarisme ni militantisme.

Ses partisans doivent être effectivement déçus car il a dévié de ses positions antérieures d’ardent défenseur du «Grand Israël» et des constructions dans les implantations, et d’opposant irréductible à la création d’un État palestinien. Celui qui avait adopté une attitude ultranationaliste en refusant en mai 2009 de se rendre à l’aéroport pour recevoir le pape Benoît XVI, qui se rendait à Yad Vashem, car il ne voulait pas «accueillir un ex-membre des Jeunesses hitlériennes et de la Wehrmacht», a mué.

L’ancien «faucon» du parti porte aujourd’hui les habits d’un homme d’ouverture, condamnant le terrorisme juif et prônant le rapprochement entre les populations juive et arabe. Il a fustigé ouvertement le virage à l’extrême-droite de son parti, dont il condamne la perte des valeurs libérales fondamentales. C’est pourquoi, il a été victime des attaques les plus acerbes de la part de sa propre formation, dans le cadre d’une campagne ignoble le représentant vêtu du keffieh d’Arafat ou en officier SS nazi.

Sur les réseaux sociaux, il a été qualifié de «traître, président des Arabes et des homos, un petit youpin honteux qui aime se faire sodomiser». Cela rappelle dramatiquement les événements de 1995 et les caricatures identiques qu’a subies le Premier ministre Yitzhak Rabin, assassiné en novembre de cette année-là. Aujourd’hui, il fait l’unanimité dans le pays et il terminera son septennat non renouvelable, le 10 juin 2021, dans la gloire et l’honneur. Il a voulu ces cérémonies et malgré le risque encouru, elles ont été une réussite totale pour le pays. La police et l’armée ont été à la hauteur de l’évènement puisqu’aucun incident n’a émaillé la présence de tant de hauts dirigeants.

Israël et Jérusalem viennent de gagner, s’il en était besoin, leur reconnaissance internationale tandis que l’antisémitisme est devenu un fléau reconnu par toutes les démocraties occidentales. Des dizaines de dirigeants mondiaux se sont réunis à Jérusalem le 23 janvier 2020 pour marquer le 75e anniversaire de la libération d’Auschwitz. Des grands du monde, une quarantaine de dirigeants à l’instar de Vladimir Poutine, Emmanuel Macron, Mike Pence, le vice-président américain, le prince Charles et le roi d’Espagne ont cautionné par leur présence ce qui est considéré en Israël comme le plus grand événement diplomatique de son Histoire.

Jérusalem a ainsi gagné ses galons de Capitale totalement reconnue par la majorité des pays du monde. La notion d’Est et d’Ouest est devenue caduque puisque la vieille ville, incluant le Kotel et le Mont du Temple, est devenue de fait partie intégrante d’Israël. Jusqu’alors, il était de coutume que les ambassadeurs, celui de France en particulier, évitent officiellement certains quartiers pour ne pas cautionner la réunification de Jérusalem. Ils ne s’y rendaient que pour présenter leurs lettres de créance. Les États-Unis étaient jusqu’alors les seuls à reconnaitre la capitale d’Israël mais aujourd’hui plus de 40 pays les ont rejoints. Il s’agit d’une deuxième renaissance après des années de bouderies internationales et le vote historique de l’ONU en 1947.

Il est cependant dommage qu’aucun pays arabe n’ait fait le déplacement à Jérusalem pour sceller le droit d’Israël à exister. Ils restent toujours dans le déni, le ressentiment et même dans les discours de vengeance à l’instar de l’Iran qui persiste à vouloir éradiquer le pays juif. D’ailleurs le vice-président américain, Mike Pence, a appelé à «rester ferme» face à l’Iran, le seul pays à envisager encore une «autre Shoah». Emmanuel Macron s’est interrogé : «Quel plus beau symbole que de nous voir ici tous rassemblés et unis, de faire œuvre utile pour lutter contre le déni comme le ressentiment ou les discours de vengeance».

Mais Macron a été victime lui-aussi d’un déni d’amitié que tous les dirigeants français subissent invariablement. Un incident mineur a été monté en épingle par la diffusion d’une vidéo partielle expurgée de l’origine de cet incident. L’église Sainte-Anne est reconnue comme un territoire français donc diplomatiquement protégée. Quand le président français est arrivé à l’entrée, il a constaté la présence de policiers qui n’avaient rien à faire à l’intérieur. Il leur a demandé de libérer les lieux pour rester seul avec les autorités religieuses ce qu’ils ont fait après moult hésitation. En effet un représentant juif français les avait encouragés en hébreu : «ici on est chez nous, on est en Israël alors vous pouvez rentrer dans l’église».

Et pourtant, que peuvent reprocher les Francophones à Macron ? Il a bravé l’interdiction de fouler les terres de Jérusalem-Est pour un officiel français, leur offrant ainsi un statut israélien. Il s’est rendu au Mur occidental, le Kotel ; il a visité le Mont du Temple. Il s’est promené dans la vieille ville donnant ainsi une caution israélienne à la ville.

Certes il a profité de son voyage pour rendre visite à Mahmoud Abbas à Ramallah, un crime pour les Francophones alors qu’il venait d’être informé du plan de paix de Donald Trump. Connaitre la position des Palestiniens face à ce projet, avant tout le monde, est de la pure diplomatie. Toute occasion est bonne pour prendre langue. D’ailleurs, Vladimir Poutine, le prince Charles d’Angleterre et le représentant australien ont en fait autant, sans qu’ils soient voués aux gémonies.

Mais certains aiment préciser, à tort, que Macron a été le seul occidental à rencontrer Mahmoud Abbas. Mais le paradoxe est que ces mêmes Francophones, qui insultent systématiquement le président français, sont les premiers à vouloir s’afficher auprès de lui, à se bousculer même, pour immortaliser leur rencontre par un selfie.

Enfin lors de cette rencontre internationale, l’antisémitisme a été inscrit comme fléau international et non pas uniquement juif. Tous les intervenants n’ont pas éludé le problème de l’antisémitisme qui perdure et qui se développe. Nul ne peut dire à présent qu’il ne savait pas. Même le président allemand Steinmeier a enfin reconnu officiellement la responsabilité de son pays dans les crimes nazis :«Le meurtre industriel de 6 millions de Juifs a été commis par mes compatriotes. J’aimerais pouvoir dire que nous avons appris de l’histoire».

Le président français, dont le pays est l’un des plus fortement touchés par des actions antisémites, a confirmé que l’antisémitisme est devenu une question majeure. Il a salué «le besoin de certains rescapés d’oublier par la nécessité de transmettre, de nommer l’innommable pour faire entendre aux vivants le message des morts. La communauté internationale ne doit rien oublier non plus, de ce que la barbarie est née de la négation de l’autre, du droit international et de la sécurité des nations ainsi bafouées». Bref Israël n’est plus tout seul grâce à l’initiative du président Réouven Rivlin.

Article initialement publié dans Temps et Contretemps.

à propos de l'auteur
Jacques BENILLOUCHE, installé en Israël depuis 2007, a collaboré au Jerusalem Post en français, à l'Impact puis à Guysen-Tv. Journaliste indépendant, il collabore avec des médias francophones, Slate.fr, radio Judaïques-FM à Paris, radio Kol-Aviv Toulouse. Jacques Benillouche anime, depuis juin 2010, le site Temps et Contretemps qui publie des analyses concernant Israël, le judaïsme, la politique franco-israélienne et le Proche-Orient sur la base d'articles exclusifs.
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