Biden vs. Netanyahou

Il fallait s’y attendre. C’était trop beau pour durer. Depuis quelques jours, on en a eu la confirmation : entre Joe Biden et Binyamin Netanyahou, le torchon brûle. Ils ne s’étaient pas parlé pendant plusieurs semaines, et malgré une conversation téléphonique récente, Joe Biden aurait dit à ses proches que le Premier ministre israélien était « a bad f*cking guy » (« un sale type, un enc. »).

Bien entendu, la Maison Blanche a démenti. Au même moment, le ministre extrémiste Itamar Ben Gvir déclarait au Wall Street Journal que le Président américain « est occupé à fournir de l’aide humanitaire et du carburant qui vont au Hamas ». Et d’ajouter : « si Trump était au pouvoir, la conduite des États-Unis serait complètement différente ». Le Premier ministre israélien devait désavouer son ministre. Il n’empêche. Il paraît déjà loin le temps où il recevait chaleureusement le président américain juste après le 7 octobre. Il est vrai que Joe Biden n’avait pas ménagé son soutien à Israël. Un discours très chaleureux, une affirmation se proclamant « sioniste » bien que non Juif, furent suivis d’effet : une aide financière conséquente (elle devrait atteindre une quinzaine de milliards de dollars), la livraison d’armes et de munitions et l’envoi de deux porte-avions pour dissuader l’Iran d’intervenir.

Au-delà des inimitiés personnelles, il y a bien une divergence de fond entre le président américain et le Premier ministre israélien. D’abord sur les modalités de la guerre, l’administration américaine souhaitant une priorité à la libération des otages, une aide humanitaire conséquente à la population palestinienne, une guerre courte. Le Premier ministre israélien donne la préférence à l’éradication du pouvoir du Hamas, fut-ce au prix d’une guerre longue. Last but not least, Joe Biden rappelle son soutien à la solution à deux États dont Binyamin Netanyahou ne veut pas entendre parler.

Les considérations de politique intérieure ne sont pas absentes. Le président américain paye son soutien à Israël dans son électorat, surtout chez les jeunes qui risquent de lui faire défaut le 5 novembre prochain. Binyamin Netanyahou a intérêt à ce que la guerre ne s’interrompe pas avant une nette victoire sur le Hamas qui lui permettrait d’effacer son image de Premier ministre du 7 octobre.

La divergence entre les deux dirigeants ne devrait pas avoir de conséquences à court terme. Binyamin Netanyahou a donné discrètement son accord à une augmentation de l’aide humanitaire. L’administration américaine a démenti avoir envisagé le ralentissement des livraisons militaires. Il n’empêche. Ce sont deux conceptions qui s’affrontent, et plus les combats se prolongeront, plus la divergence s’aggravera. Et sans les États-Unis, Israël ne peut assurer sa défense. Binyamin Netanyahou le sait mieux que personne. C’est l’une des raisons pour lesquelles il espère un retour de Donald Trump.

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017), "La gauche a changé" (L'Harmattan, 2023). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
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