Biden bon pour Israël

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu rencontrant le vice-président américain Joe Biden au bureau du Premier ministre à Jérusalem, le 9 mars 2016, lors de la visite officielle de Biden en Israël et dans l'Autorité palestinienne. Photo par Amos Ben Gershom / GPO
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu rencontrant le vice-président américain Joe Biden au bureau du Premier ministre à Jérusalem, le 9 mars 2016, lors de la visite officielle de Biden en Israël et dans l'Autorité palestinienne. Photo par Amos Ben Gershom / GPO

L’accession de Joe Biden à la Maison Blanche ouvre une ère nouvelle dans les relations israélo-américaines ; si les deux pays restent des alliés, un changement de la position américaine pourrait intervenir sur de nombreux dossiers.

 Si Benyamin Netanyahou regrette la perte de Donald Trump, son allié stratégique à la Maison Blanche, il a tendu la main au président élu ; même en réagissant tardivement à son élection, il a félicité Joe Biden pour sa victoire, qualifiant le leader démocrate de « grand ami d’Israël ».

 A défaut d’être un ami du Premier ministre israélien, le démocrate Joe Biden sera un bon président pour Israël. C’est une distinction essentielle entre Trump et Biden : Trump était bon pour Netanyahou, Biden sera bon pour Israël.

Ce n’est pas seulement une différence sémantique ; si Biden ne change pas la donne sur tous les dossiers, la nouvelle administration américaine va apporter un souffle nouveau dans les relations internationales et les questions économiques – et Israël en bénéficiera indirectement.

Le dossier palestinien

Le plan de paix au Proche-Orient concocté par Donald Trump sera peut-être la principale victime du changement d’administration à Washington ; très favorable à Israël, le plan Trump avait provoqué la colère des Palestiniens et de leurs alliés arabes.

Certes, Biden ne reviendra pas sur les grandes décisions de son prédécesseur : reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël, soutien à la colonisation israélienne en Cisjordanie, reconnaissance de l’annexion du Golan, etc.

De même, le nouveau président américain ne remettra pas en cause les accords d’Abraham, qui ont marqué l’abandon de la cause palestinienne par certains pays arabes. Israël souhaiterait aussi que les Etats-Unis l’aident à élargir la normalisation avec d’autres pays arabes – l’Arabie saoudite notamment.

En revanche, il faudra s’attendre à ce que la question palestinienne redevienne à l’ordre du jour de l’administration démocrate ; Biden tentera certainement de faire avancer la solution à deux Etats.

Le nouveau président agira pour ramener les deux partenaires – israéliens et palestiniens – à la table des négociations devant aboutir à la création d’un Etat palestinien.

Le dossier militaire

Face à l’Iran, un adoucissement de la politique américaine est attendu sous le président Biden ; à plusieurs reprises, celui-ci a fait part de son intention de ramener les Etats-Unis dans l’accord sur le nucléaire iranien dont Donald Trump est sorti en 2018.

Certes, il est probable que la nouvelle administration américaine demande des améliorations des termes de l’accord précédent en allant dans le sens des demandes israéliennes – en ce qui concerne notamment l’arsenal iranien de missiles balistiques et les sanctions économiques contre l’Iran.

Autre volet du dossier militaire des relations israélo-américaines : l’assistance financière que les Etats-Unis accordent généreusement à Israël et qui se monte actuellement à 3,8 milliards de dollars par an pour la période 2019-2028.

L’énorme aide militaire américaine ne sera pas remise en cause par l’administration démocrate… et certains le regretteront : les dollars doivent être entièrement dépensés auprès des entreprises américaines, privant les industries militaires israéliennes d’importantes commandes.

Après plus de 70 ans d’indépendance et de développement économique, Israël peut se passer de l’assistance militaire américaine : celle-ci finit coûter davantage à l’Etat juif qu’elle ne lui rapporte.

Quant à la coopération militaire et stratégique entre Israël et les Etats-Unis, elle ne sera pas influencée par la couleur politique du président américain ; l’engagement des Etats-Unis envers la sécurité israélienne et sa supériorité militaire sera confirmé par Joe Biden.

Le dossier économique

Etroitement imbriqué à l’économie américaine, Israël bénéficiera aussi de la relance américaine que Biden prépare pour faire face à l’impact de la crise du coronavirus.

Le plan de relance de 900 milliards de dollars approuvé par le Congrès en décembre dernier – comparable au New Deal de Roosevelt – et complété d’un plan d’aide à l’économie d’un montant total de 1 900 milliards de dollars qui sera prochainement discuté par le Congrès, permettra de financer des investissements innovants.

Indirectement, le programme d’investissements de Joe Biden profiterait aux entreprises israéliennes dont certaines sont bien introduites sur le marché américain, voire déjà implantées aux Etats-Unis.

Par exemple, en luttant contre le réchauffement climatique et en faisant de la transition verte sa priorité, Joe Biden va favoriser des secteurs où les industries et start-up israéliennes sont des championnes : traitement de l’eau et des déchets, énergies renouvelables, télécoms, transports électriques, etc.

Autres secteurs en Israël qui pourraient profiter de la réforme de la santé que Biden entend mener : la biotechnologie et l’industrie pharmaceutique.

Les entreprises israéliennes spécialisées dans l’instrumentation médicale, la recherche biologique et les médicaments, pourraient voir leurs débouchés américains s’élargir et absorber davantage de leurs produits.

à propos de l'auteur
Jacques Bendelac est économiste et chercheur en sciences sociales à Jérusalem où il est installé depuis 1983. Il possède un doctorat en sciences économiques de l’Université de Paris. Il a enseigné l’économie à l’Institut supérieur de Technologie de Jérusalem de 1994 à 1998 et à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 2002 à 2005. Aujourd'hui, il enseigne l'économie d’Israël au Collège universitaire de Netanya. Il est l’auteur de nombreux ouvrages et articles consacrés à Israël et aux relations israélo-palestiniennes. Il est notamment l’auteur de "Les Arabes d’Israël" (Autrement, 2008), "Israël-Palestine : demain, deux Etats partenaires ?" (Armand Colin, 2012), "Les Israéliens, hypercréatifs !" (avec Mati Ben-Avraham, Ateliers Henry Dougier, 2015) et "Israël, mode d’emploi" (Editions Plein Jour, 2018). Régulièrement, il commente l’actualité économique au Proche-Orient dans les médias français et israéliens.
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