Bibi président ?

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu faisant une déclaration à la presse au bureau du Premier ministre à Jérusalem, le 13 août 2020. Photo de Yonatan Sindel / Flash90
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu faisant une déclaration à la presse au bureau du Premier ministre à Jérusalem, le 13 août 2020. Photo de Yonatan Sindel / Flash90

La petite musique commence à s’amplifier : l’éternel Premier ministre pourrait être candidat à la succession du président Rivlin qui termine son mandat le 9 juillet.

L’élection de Binyamin Netanyahou à la présidence de l’Etat présenterait deux avantages. Elle permettrait au pays de sortir de la crise politique où il est engoncé depuis deux ans et demi : les partis de droite et ultraorthodoxes (65 mandats) formeraient immédiatement un gouvernement.

Elle offrirait à Binyamin Netanyahou la possibilité d’échapper à la justice de son pays pendant les sept ans à venir : un président ne peut être impliqué dans un procès pénal, et le fait que la procédure contre le mis en examen Netanyahou soit déjà en cours ne devrait pas infirmer cette règle.

Last but not least, on sait que sur nombre de questions, le Premier ministre ne décide pas seul, son épouse ayant plus qu’un mot à dire. On sait aussi que Sarah Netanyahou n’entend pas abandonner les avantages d’une vie aux frais de l’Etat. Le risque de devoir déménager de la résidence du Premier ministre rue Balfour lui étant insupportable, elle pourrait succomber au charme de la résidence du Président, qui, quelques centaines de mètres plus loin, dans le plus beau quartier de Jérusalem, est encore plus confortable avec un service au moins aussi raffiné.

Et dans cette grande maison, elle trouvera bien une chambre pour son fils aîné, Yaïr, qui à l’approche de la trentaine ne sait toujours pas que l’on peut vivre en dehors de chez Papa et Maman.

Là où le bât blesse est que, doté d’un salaire confortable et de toutes les commodités, le nouveau président de l’Etat perdrait ce à quoi il tient le plus : le pouvoir. En Israël, le président a les mêmes attributions que la reine d’Angleterre : l’inauguration des chrysanthèmes… dans un pays où on ne dépose pas de fleurs sur les tombes.

Il exerce cependant deux attributions importantes : le droit de grâce et la désignation du candidat à la formation du gouvernement, mission d’influence lorsque les résultats sont aussi compliqués que ceux issus des urnes le 13 mars dernier.

C’est tout de même peu de choses lorsqu’on a gouverné sans rival un pays pendant quinze ans et parlé d’égal à égal avec tous les grands de ce monde. Sur ce dernier point, un membre du Likoud doté d’une véritable imagination, envisageait que le nouveau président puisse conserver la responsabilité de la diplomatie du pays.

Mais ce projet est fantaisiste car aucune majorité ne voudra dépouiller le gouvernement de ses prérogatives extérieures. Toutes ces suppositions ont tout de même un fondement : le sentiment que Binyamin Netanyahou ne pourra former une coalition avant le 5 mai, et que, sans lui, la vie politique reprendrait un cours normal. Les voies de la présidence sont impénétrables.

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
Comments