Bibi ou comment s’en débarrasser

Les électeurs du Likoud nous avaient habitués à une idée devenue un slogan : « Seulement Bibi » (Rak Bibi). A la direction du parti, une autre idée est en train de faire son chemin : « Tout sauf Bibi » (Rak lo Bibi).

Bien sûr, personne ne le crie sur les toits. Mais au sein de la formation majoritaire, nombreux sont ceux qui aimeraient bien tourner la page ouverte il y a plus de vingt ans par Binyamin Netanyahou.

Il avait alors pris la tête de la droite israélienne pour la conduire à la victoire à cinq reprises (1996, 2009, 2013, 2015, 2019). Mais ça, c’était avant, du temps où King Bibi dominait la vie politique israélienne de la tête et des épaules. Ce n’est plus vraiment le cas depuis ce sinistre 29 mai 2019 où il a imposé une nouvelle dissolution de la Knesset en mécontentant tout le monde, et d’abord les nouveaux élus.

Pourtant, dans tous les états-majors politiques, on sait que le 17 septembre prochain le Likoud pourrait bien arriver en tête à nouveau. Le scénario le plus probable serait alors que Binyamin Netanyahou reçoive du président Rivlin le mandat (d’une durée de 28 jours) de constituer une coalition. Mais se heurtant à nouveau au refus d’Avigdor Liberman de siéger avec les partis ultraorthodoxes, il ne réussirait pas à réunir 61 députés pour soutenir le gouvernement. Il se verrait alors refuser la prolongation habituelle du mandat (14 jours) et la tâche de former le gouvernement incomberait à une autre personnalité de droite ou de l’opposition.

Spéculations ? Peut-être. Mais ces rumeurs en disent long sur la défiance que suscite désormais l’éternel Premier ministre. Un jeu de mot en hébreu traduit ce climat délétère : auparavant, pour la droite, Bibi était un atout (nekhes), désormais, c’est un fardeau (netel).

On objectera que la semaine dernière, toutes les têtes d’affiche du Likoud, députés et ministres, se sont engagés – par écrit – à faire de Binyamin Netanyahou, et de lui seul, leur candidat au poste de Premier ministre. Les lecteurs français se souviendront avec bonheur de la formule lancée un jour par une personnalité truculente de la politique hexagonale, Charles Pasqua : « Les promesses n’engagent que ceux qui y croient ».

Les députés du Likoud élus le 9 avril prochain en veulent beaucoup à Binyamin Netanyahou d’avoir gâché leur victoire historique – 35 mandats, le meilleur score du grand parti de droite depuis 2003 – en cherchant à former une coalition qui lui garantisse d’abord une immunité judiciaire.

La prochaine fois, ils pourraient bien manœuvrer afin qu’un(e) autre des leurs se voit confier la tâche de former une coalition. Dans les rangs du Likoud, on murmure même qu’à tout prendre, Benny Gantz, le leader contesté du parti Bleu-blanc, ferait l’affaire en prenant la tête d’un gouvernement d’union nationale. En politique, il n’y a pas d’ami(e).

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
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