Bezalel Smotricht, l’incontrôlable

Il dirigeait la liste du parti Sionisme religieux, alors que c’est son allié, Itamar Ben Gvir qui, avec le vent en poupe, a apporté l’essentiel des 14 sièges obtenu le 1er novembre dernier.

Fort de ce résultat, Bezalel Smotricht exige un portefeuille important : la Défense ou les Finances.

Pour le premier, l’armée n’y serait pas favorable, et pas seulement parce que, celui qui était déjà père de famille a fait un service militaire court et tranquille. Le ministère de la Défense est aussi responsable de l’administration dans les Territoires palestiniens, et ce partisan de l’annexion voudrait dans un premier temps légaliser toutes les implantations juives et leur extension tout en contrôlant strictement la construction au profit des Palestiniens.

Binyamin Netanyahou sait que de telles initiatives impliqueraient une dégradation des relations avec les Etats-Unis. Au ministère des Finances, Bezalel Smotricht, partisan d’une économie ultra-libérale, entendrait mettre en cause les conventions collectives.

Le président de la Histadrout, Arnon Ben David, a déjà fait savoir à Binyamin Netanyahou qu’il verrait dans cette nomination un casus belli. Finalement, ce ministère pourrait être attribué à Arié Déry, le leader de Shas, parti ultraorthodoxe séfarade, favorable à une toute autre politique basée sur la redistribution, particulièrement au profit des familles nombreuses, avec notamment la création de bons d’alimentation pour les défavorisés.

De toute façon, quelle que soit la place de Bezalel Smotricht au sein du futur gouvernement, il défraiera la chronique. Lors de la cérémonie à la Knesset commémorant l’assassinat d’Itzhak Rabin, il a mis en cause les services de sécurité (le fameux Shin Bet) qui auraient encouragé le meurtre. Il s’est aussi prononcé pour l’interdiction des matchs de football le shabbat. On l’aura compris : Bezalel Smotricht sera l’un des ministres les plus difficiles à gérer pour Binyamin Netanyahou.

Celui-ci voulait aller vite et présenter son gouvernement dès cette semaine juste après la prestation de serment de la Knesset le 15 novembre. Les difficultés suscitées par son encombrant allié l’en empêcheront. La question des postes n’est pas le seul souci de Binyamin Netanyahou. Il y a aussi l’accord de coalition.

Le futur Premier ministre souhaitait se contenter de têtes de chapitres, la rédaction détaillée devant avoir lieu après la formation du gouvernement. Mais ses alliés ne l’entendent pas ainsi et multiplient les demandes. On pensait qu’avec 64 mandats, le gouvernement devrait fonctionner sans trop de difficultés. Les négociations pour sa formation montrent qu’il n’en sera rien. Surtout avec des ministres comme Bezalel Smotricht.

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
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