Beyrouth : La complicité avérée du président Aoun

Sur cette photo fournie par le photographe officiel du gouvernement libanais Dalati Nohra, le président libanais Michel Aoun s'exprime lors d'un discours à la nation au palais présidentiel, à Baabda, à l'est de Beyrouth, au Liban, le jeudi 21 novembre 2019.(Dalati Nohra via AP)
Sur cette photo fournie par le photographe officiel du gouvernement libanais Dalati Nohra, le président libanais Michel Aoun s'exprime lors d'un discours à la nation au palais présidentiel, à Baabda, à l'est de Beyrouth, au Liban, le jeudi 21 novembre 2019.(Dalati Nohra via AP)

Le président Aoun, dont le poste ne tient que par la bonne volonté de son allié du Hezbollah, n’ignorait rien du stockage des 2.750 tonnes de nitrate d’ammonium. Il ne pouvait pas ignorer non plus que ce produit hautement inflammable était destiné contre Israël.

Ce Pétain libanais a vendu son âme à la milice car il y trouvait ses intérêts politiques et matériels. Les fonds illimités, envoyés par la Syrie, transitaient par les banques libanaises et certains devaient se servir au passage.

Les responsables sécuritaires du Liban avaient évalué le danger depuis longtemps et avait décidé d’informer Aoun dès le mois de juillet. Selon les services de renseignements, des documents existent qui confirment cette mise en garde. Rien n’a été fait pour empêcher l’explosion qui a fait 163 morts et détruit plus de 6.000 bâtiments.

Devant le danger évident, la Direction générale de la sécurité de l’État avait envoyé, le 20 juillet, une missive privée au président Michel Aoun avec copie au premier ministre Hassan Diab. En effet un enquête judiciaire de janvier précisait l’urgence de sécuriser le site des produits chimiques. Au terme de son enquête, le procureur général Ghassan Oweidat avait alerté les autorités : «Il y a un risque que ce matériel, s’il était volé, puisse être utilisé dans une attaque terroriste».

Certes, les dirigeants libanais peuvent arguer qu’ils étaient en pleine crise économique, doublée de manifestations populaires qui ne leur ont pas permis de mesurer l’importance de la mise en garde. En fait cette attitude démontre, s’il en était besoin, la négligence et la corruption d’un gouvernement, avec Aoun au sommet, responsable de l’effondrement économique du Liban.

La démission de Diab ne réglera pas pour autant le problème d’autant plus qu’il restera en fonction intérimaire jusqu’à la formation d’un nouveau gouvernement qui prendra encore plus de temps que d’habitude. Les mêmes géreront le pays avec la même «efficacité».

L’ex-général Aoun ne nie pas avoir été informé du danger par les services sécuritaires puisqu’il avait ordonné au Conseil suprême de la défense de créer une commission de sécurité pour «faire ce qui est nécessaire». Il est donc à l’aise pour reporter la responsabilité sur les autres : «Le service de sécurité de l’Etat a dit que c’était dangereux. Je ne suis pas responsable! Je ne sais pas où il a été placé et je ne savais pas à quel point c’était dangereux. Je n’ai aucune autorité pour traiter directement avec le port. Il y a une hiérarchie et tous ceux qui savaient auraient dû connaître leurs devoirs pour faire le nécessaire».

Cependant, il n’a pas eu l’intuition de demander aux autorités compétentes pourquoi des tonnes de matières dangereuses, utilisées dans la construction de bombes, ont été stockées si longtemps sauf si c’était pour rendre service à son allié du Hezbollah. Selon des informations concordantes, à travers des notes de services, les responsables des ports, des douanes et de la sécurité, avaient demandé aux Tribunaux d’ordonner le retrait du nitrate confisqué dans une zone si proche du centre-ville. Le Liban n’était certainement pas en manque de matières explosives.

Le commandement de l’armée libanaise, conscient du danger, avait recommandé que les produits chimiques soient cédés à la société privée libanaise d’explosifs car l’armée n’en avait pas besoin. Mais cette société ne voyait pas pourquoi le gouvernement voulait lui vendre une marchandise confisquée. Elle avait senti une certaine magouille de corruption ce qui l’a poussée à refuser ce transfert.

Mais le 4 juin la sécurité de l’État avait chargé les autorités portuaires de fournir des gardes au hangar 12, et de sécuriser toutes les portes. De manière inexpliquée ou plutôt évidente, seule une équipe de travailleurs syriens, que personne ne contrôlait, a été chargée de la surveillance du lieu sachant que la Syrie travaille main dans la main avec le Hezbollah. Nul ne saura ce qu’ont fait véritablement ces ouvriers et par qui ils ont été aidés. On se demande d’ailleurs pourquoi des ouvriers libanais n’ont pas été désignés pour cette tâche.

A présent le pays songe à sa reconstruction qui va générer une corruption généralisée devant les milliards nécessaires qui seront investis. Mais l’aide infime des Occidentaux est honteuse. Son montant de 250 millions de dollars n’est même pas une aumône quand les experts ont évalué la reconstruction du pays à 15 milliards de dollars et le renflouement du système bancaire à 100 milliards.

Ils hésitent effectivement à mettre la main à la poche tant ils ne sont pas convaincus de la destination finale réelle des fonds. La corruption généralisée au Liban est notoire surtout dans les milieux gouvernementaux et au sommet de l’État. Affaire à suivre !

Article initialement publié dans Temps et Contretemps.

à propos de l'auteur
Jacques BENILLOUCHE, installé en Israël depuis 2007, a collaboré au Jerusalem Post en français, à l'Impact puis à Guysen-Tv. Journaliste indépendant, il collabore avec des médias francophones, Slate.fr, radio Judaïques-FM à Paris, radio Kol-Aviv Toulouse. Jacques Benillouche anime, depuis juin 2010, le site Temps et Contretemps qui publie des analyses concernant Israël, le judaïsme, la politique franco-israélienne et le Proche-Orient sur la base d'articles exclusifs.
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