Benny Gantz prêt au clash pour le budget 2021

Le ministre de la Défense Benny Gantz assistant à la première réunion du Cabinet du nouveau gouvernement au Chagall Hall de la Knesset, le Parlement israélien à Jérusalem, Israël, dimanche 24 mai 2020. (Abir Sultan / Photo de la piscine via AP)
Le ministre de la Défense Benny Gantz assistant à la première réunion du Cabinet du nouveau gouvernement au Chagall Hall de la Knesset, le Parlement israélien à Jérusalem, Israël, dimanche 24 mai 2020. (Abir Sultan / Photo de la piscine via AP)

Benny Gantz se rebiffe, certains observateurs diront : enfin ! Depuis qu’il est au gouvernement, il a accepté toutes les humiliations que lui imposait Netanyahou pour ne pas être responsable de l’explosion de la coalition.

Il a été placé en retrait de toutes les manifestations officielles pour ne pas être à la lumière des médias dans une sorte de marginalisation consentie. Le cabinet de sécurité se réunissait peu sous prétexte de coronavirus alors, il ne s’est occupé que des questions liées à son ministère en étant écarté des autres problèmes nationaux et internationaux.

Gaby Ashkenazi a subi le même traitement et, en tant que ministre des affaires étrangères, il n’a même pas apposé sa signature obligatoire au bas du projet de normalisation avec les Émirats.

Gantz voulait éviter les conflits pour sauvegarder les apparences afin d’attendre le bon moment où il pourrait porter l’estocade, alors, il a accepté de faire tapisserie en attendant des jours meilleurs. L’heure est semble-t-il venue. Netanyahou, coronavirus oblige, semble en difficulté à présent, talonné par son concurrent Naftali Bennett.

Il n’est plus aussi sûr de gagner les prochaines élections s’il décidait de dissoudre la Knesset. Les sondages le mettent au coude à coude avec 26 sièges au Likoud contre 23 à Yamina.

La confiance est rompue entre Gantz et Netanyahou, les deux leaders qui n’ont d’ailleurs jamais collaboré. Le chef de Kahol-Lavan est convaincu à présent qu’il s’est fait flouer par un Premier ministre qui n’a jamais eu l’intention de respecter la rotation de novembre 2021 et qui veut uniquement gagner du temps devant ses problèmes judiciaires.

Mais les élections anticipées s’éloignent à présent que Bennett existe politiquement. Il peut donc accepter le combat en posant ses conditions pour le budget 2021.

L’attaque directe de Netanyahou contre Kahol-Lavan, en raison de son insistance sur un budget de l’État 2021, est préoccupante et remet en question la capacité du Premier ministre à prendre des décisions judicieuses sous la pression des circonstances actuelles. Selon Gantz : «Bleu-Blanc continuera d’insister pour qu’un budget 2021 soit adopté, en tenant compte des meilleurs intérêts du pays, et protégera davantage ces intérêts par tous les moyens politiques à sa disposition».

Dans une lettre tranchante adressée au Premier ministre, le 8 octobre, le ministre de la Défense Benny Gantz exige le respect de l’accord de coalition en ce qui concerne le budget 2021. Il a souligné les répercussions économiques et sociales catastrophiques de l’absence de budget opérationnel et a suggéré que toute tentative pour l’empêcher d’être adopté est directement enracinée dans des considérations de l’avantage personnel du Premier ministre sur les besoins pressants du pays.

Il a demandé au Premier ministre de charger le ministère des Finances de proposer un budget et un vaste plan économique à l’approbation du gouvernement d’ici décembre et a exhorté Netanyahu à commencer à tenir des réunions régulières du gouvernement et à faire avancer rapidement les nominations gouvernementales, juge et police, pour permettre au gouvernement de commencer à fonctionner au nom du peuple israélien en cette période d’urgence.

Gantz n’a pas l’habitude d’utiliser ce ton, il s’est enhardi et a écrit sa lettre sous forme d’ultimatum même s’il sait que cela peut mettre fin à sa vie politique en cas de nouvelles élections. Il ne pouvait plus supporter d’être le paillasson du chef de gouvernement.

Alors, il a pris un risque politique que certains considèrent comme un suicide car les sondages, même peu fiables, sont au plus bas pour Kahol-Lavan. Certes il lui reste du temps avant de mettre sa menace à exécution puisque le budget 2021 doit être adopté au plus tard le 23 mars 2021.

La rotation au poste de Premier ministre semble compromise en novembre 2021. D’ailleurs, depuis le 17 mai, la situation est pratiquement bloquée. Face aux querelles larvées, le gouvernement n’a rien produit en commun. Gantz, sous son apparence passive, n’a eu que le pouvoir de résister tandis que ses amis au ministère de la Justice sous la direction d’Avi Nissenkorn, bloquent toutes les tentatives de Netanyahou de démanteler l’État de droit.

Ce blocage des institutions et l’absence de résultats concrets ont cependant découragé les militants de Kahol-Lavan qui, selon les sondages, ont fui vers d’autres cieux et paradoxalement pas vers Yesh-Atid. Mais il s’agit d’une réserve de voix à la disposition éventuelle d’un nouveau leader centriste. Cela ne dédouane pas Gantz de son erreur de jugement à s’être allié avec Netanyahou en faisant éclater l’opposition.

Il a certes évité le recours à un quatrième tour d’élections. Ces quelques mois ont fragilisé la position de Netanyahou et c’est un point positif. Mais paradoxalement il doit à un leader de la droite, Bennett, de pouvoir marquer des points contre un premier ministre qui a perdu de sa superbe. Gantz n’est plus «l’idiot du village» qui s’est fait avoir par un Premier ministre retors. Il s’est rebiffé et il attend à présent les résultats de son ultimatum pour avoir une autre image d’opposant de l’intérieur.

Au Likoud, ça bouge. Le député Gidéon Saar a démissionné de la Commission du droit, de la constitution et de la justice, pour protester contre la façon dont se conduit le gouvernement devant la Knesset. Les dirigeants du Likoud sentent le sol se dérober sous eux à l’exemple de la ministre Miri Regev qui a perdu le contrôle de ses nerfs à la télévision en menaçant le journaliste qui l’interrogeait et qui faisait son travail.

Elle s’est disqualifiée en donnant une image désastreuse d’abord des ministres et surtout des séfarades en général. Elle se croyait au café du commerce, pire dans les travées d’un marché de bas quartier de province : «Vous avez transformé Gantz en Messie, où est votre Messie ?».

Sa place n’est pas parmi les ministres. Elle a perdu son assurance et son attitude agressive, indigne d’une ministre, dénote la panique qui s’est emparée des inconditionnels de Netanyahou depuis que Bennett conteste son leadership.

Gantz a été clair dans sa déclaration : «Toutes les tentatives visant à entraver le passage d’un budget reflètent le privilège des considérations personnelles par rapport aux besoins urgents du pays. La nation a besoin d’un budget opérationnel à long terme, d’un plan de relance économique et de nominations gouvernementales pour combler des postes critiques qui permettent au gouvernement de fonctionner pendant cette période d’urgence. C’était la base de l’accord de coalition qui a formé ce gouvernement et nous allons insister pour le protéger et l’intérêt supérieur de ce pays». 

Le Gantz nouveau est arrivé mais malheureusement un peu trop tard. Mais qui sait ? Un miracle pourrait certes se produire si l’opposition se réunissait à nouveau : «On a vu souvent rejaillir le feu d’un ancien volcan qu’on croyait trop vieux».

NDLR : Le terme de cave, qui fait partie du vocabulaire d’argot, s’applique à une personne qui se fait duper facilement.

Article initialement publié dans Temps et Contretemps.

à propos de l'auteur
Jacques BENILLOUCHE, installé en Israël depuis 2007, a collaboré au Jerusalem Post en français, à l'Impact puis à Guysen-Tv. Journaliste indépendant, il collabore avec des médias francophones, Slate.fr, radio Judaïques-FM à Paris, radio Kol-Aviv Toulouse. Jacques Benillouche anime, depuis juin 2010, le site Temps et Contretemps qui publie des analyses concernant Israël, le judaïsme, la politique franco-israélienne et le Proche-Orient sur la base d'articles exclusifs.
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