Benny Gantz piégé

Le chef du parti bleu et blanc Benny Gantz arrivant pour faire une déclaration à Tel Aviv, Israël, samedi 7 mars 2020. (Photo AP / Sebastian Scheiner)
Le chef du parti bleu et blanc Benny Gantz arrivant pour faire une déclaration à Tel Aviv, Israël, samedi 7 mars 2020. (Photo AP / Sebastian Scheiner)

Piégé ! Benny Gantz avait franchi le Rubicon en acceptant de participer à un gouvernement dirigé par Binyamin Netanyahou.

Il devait payer un prix immédiat avec l’éclatement de son parti, la moitié des députés élus sous l’étiquette Bleu-Blanc refusant de le suivre. Il pensait avoir fait le sacrifice essentiel. Il n’était pas au bout de ses peines. Des heures et des heures, des jours et des nuits de négociation lui laissaient penser qu’un accord était en vue. Peine perdue.

Chaque fois qu’un texte était prêt à la signature, les représentants du Likoud devaient ajouter une demande supplémentaire. Toutes ces exigences avaient un seul objectif : assurer qu’au cas où la Cour suprême interdirait à Binyamin Netanyahou de diriger un gouvernement, les partis de la coalition en formation feraient adopter une loi permettant de contourner cette décision.

Benny Gantz et les siens semblent avoir déjà fait beaucoup de concessions en ce sens, mais sans s’engager à voter une telle loi, préférant prévoir le retour devant les électeurs dans cette hypothèse. Benny Gantz dit vouloir un gouvernement d’union nationale mais pas à n’importe quel prix, et surtout pas en mettant en cause un des fondements de l’Etat de droit : le pouvoir de la Cour suprême.

Le mandat qu’il avait reçu pour la formation d’un gouvernement étant arrivé à son terme, c’est désormais la Knesset qui dispose de 21 jours pour qu’en son sein un député réunisse 61 signatures. Benny Gantz disposait de ce capital après les élections du 2 mars, mais le départ d’Orly Lévy Abecassis de la liste d’union de la gauche, et le refus d’au moins deux députés élus sur la liste Bleu-Blanc (Tsvi Hauser et Yoaz Hendel) de voter avec les députés arabes ont ruiné la possibilité de former un gouvernement sans le Likoud.

Désormais, Benny Gantz, depuis son poste de président de la Knesset, ne dispose plus que d’une arme : faire adopter une loi qui interdirait à un député mis en examen pour des affaires pénales de former un gouvernement. Mais, compte-tenu de l’éclatement du « bloc » dont il disposait, rien ne dit qu’il réussirait à réunir une majorité sur un tel texte. Il ne lui resterait plus qu’à accepter toutes les demandes de Binyamin Netanyahou.

A défaut, on irait vers de quatrièmes élections alors que les sondages accordent au Likoud une quarantaine de sièges et une majorité au bloc de droite. On imagine mal le parti Bleu-blanc refaire son unité dans une telle hypothèse. On imagine encore moins sur quels thèmes Benny Gantz pourrait bien faire campagne. Son argument essentiel lors de la dernière consultation – son refus de siéger dans un gouvernement de Binyamin Netanyahou – est désormais hors de propos.

Pire encore, il sera retourné contre lui par ses alliés d’hier. Le piège va fonctionner longtemps encore. C’est normal, c’est Benny Gantz lui-même qui s’y est mis.

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
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