Ben Ezra ou la singulière saga d’une synagogue cairote

Ben Ezra: une synagogue, une saga. Photo: Houda Belabd
Ben Ezra: une synagogue, une saga. Photo: Houda Belabd

De toute l’Égypte, Ben Ezra est le temple juif le plus immémorial. Exceptionnelle, c’est le moindre que l’on puisse dire de sa combinaison d’architecture chrétienne, d’arabesques islamiques et de gravures israélites.

La saga de la synagogue Ben Ezra est pour le moins enthousiasmante. Selon une légende bien illustre, c’est au cœur de ce temple que la fille de Pharaon aurait recueilli Moïse, et que ce dernier aurait grandi.

À l’époque où le roi babylonien Nabuchodonosor était au pouvoir, les Juifs qui sont revenus dans le pays sous la direction du prophète Jérémie ont, par pure sérendipité, trouvé les traces de Moïse. Et là, ils ont bâti la synagogue en son honneur.

À l’intérieur de cet agora millénaire a été construit la chambre Gizeh où, bien plus tard, la Torah inachevée attribuée à Ezra Sopher (Ezra le Scribe) a été enterrée. Son Guenizah, à savoir ce dépôt de textes d’une ère lointaine, abrite de nombreux manuscrits dont la valeur est inestimable.

Une histoire saisissante

À l’ouest de Ben Ezra se trouve l’église d’Abu Serga contenant une crypte. Selon plusieurs récits, lorsque le gouverneur Hérode de Jérusalem ordonna l’exécution des enfants de son Royaume, la Vierge Marie, Joseph et l’enfant Jésus s’enfuirent et se réfugièrent dans cette même crypte qui les abrita pendant trois mois.

Quand les Romains envahirent l’Égypte en 30 avant J.-C., ils démolirent la synagogue du prophète Jérémie. Cependant, en 641 après J.-C., un Général arabe a vaincu les Byzantins à Babylone et a rendu les biens subtilisés à leurs propriétaires.

Quant aux Coptes, ils ont revendiqué le terrain sur lequel l’ancienne synagogue avait été construite, arguant qu’il leur appartenait de jure et de facto car Jérémie est cité dans le Nouveau Testament comme l’un de leurs prophètes. En dépit de leur surnombre par rapport aux Juifs, les Coptes ont su persuader le Général.

Résultat: les parcelles leur ont été octroyées. Ils y ont d’ailleurs édifié une église que l’historien El-Makrizi a baptisée « l’église de l’ange Gabriel ». Appelée plus communément l’église Saint-Michel, elle a été détruite par l’imam fatimide El-Hakim Bi Amr-Ellah.

En 882, un dénommé Abraham Ben Ezra arriva de Jérusalem en Égypte sous le règne d’Ahmad Ibn Tulun et se rendit dans des lieux où Moïse et Jérémie avaient laissé leurs empreintes bien avant lui.

Il s’adressa aux notables, leur annonça ce qu’il savait de la synagogue et réclama le droit de possession du terrain. Puis il intervint auprès du patriarche Alexandre et lui déclara que la synagogue devait être rendue aux Juifs.

Pour sa part, le patriarche répliqua que le gouverneur souhaitait percevoir le tribut annuel de 20.000 dinars. Finalement, il a été convenu que la synagogue serait restituée aux Juifs tant que le tribut était payé. Ben Ezra a rebâti la synagogue qui porte toujours son nom.

Des versions avérées

Venu d’Espagne en 1169, l’historien Benjamin de Tudela rapporte dans son livre publié en 1170 qu’il a visité la synagogue du Vieux Caire et y a découvert la Torah d’Ezra le Scribe.

Un second historien et rabbin nommé Joseph, dont le nom a été arabisé pour devenir Youssef, relate dans son ouvrage publié en 1630 que l’inscription initiale de Sambar à l’université Bodelaine d’Oxford inclut maints passages dédiés à la synagogue cairote de Ben Ezra.

Somme toute, le Dr. Salomon Schechter de l’Université de Columbia, qui a mené une excursion en Egypte à l’époque de Lord Cromer, a avalisé la quasi-totalité de ces rapports portant sur la synagogue de Ben Ezra.

à propos de l'auteur
Journaliste avec préméditation, auteure en devenir et poétesse du dimanche, Houda voue un amour sans pareil au patrimoine judéo-andalou, un de ses sujets de prédilection. Lors de ses quelques voyages en Espagne (à Cadix, Jaén, et Huelva en Andalousie, mais aussi à Vilajoyosa, une commune d'Alicante en Communauté Valencienne) elle a pu visiter quelques juderías et découvrir les écrits du grand et majestueux Maïmonide sur son long séjour dans le beau Sud ibérique.
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