Baraka

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu fait une déclaration à la presse au bureau du Premier ministre à Jérusalem, le 13 août 2020. Photo de Yonatan Sindel / Flash90
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu fait une déclaration à la presse au bureau du Premier ministre à Jérusalem, le 13 août 2020. Photo de Yonatan Sindel / Flash90

Deux bonnes nouvelles ont donné à Binyamin Netanyahou le sentiment que pour lui l’heure de la résilience était peut être arrivée. En difficulté dans les sondages depuis la fin de l’été, et critiqué pour sa gestion de la pandémie, il en avait bien besoin.

Quitte à enjoliver la vérité. L’annonce par la société Pfizer du succès à 90 % de son vaccin contre le Covid 19 a conduit le Premier ministre à appeler – à deux reprises, dont une fois en pleine nuit – le PDG de la multinationale pour demander qu’il livre le vaccin à Israël.

Fort d’une réponse positive, il a oublié de préciser que cette livraison de 8 millions de doses était conditionnelle : le site d’information Ynet a rapporté que le laboratoire fournirait ses vaccins « selon les circonstances ». S’il échoue à en livrer, Pfizer remboursera l’avance versée par le gouvernement israélien.

En d’autres termes, l’Etat juif ne sera pas prioritaire. Le triomphalisme a également inspiré le Premier ministre après que l’agence de notation Sandard & Poor’s (S&P) ait décidé de maintenir sa note AA à l’économie israélienne. L’agence internationale a cité les points positifs de l’économie israélienne – son commerce extérieur, sa politique monétaire flexible, son épargne locale et son accès aux marchés des capitaux.

Mais, elle a aussi mis en garde contre l’instabilité politique : si un budget pour 2021 n’était pas adopté, cette note pourrait être abaissée. Le Premier ministre s’est bien gardé de faire part de ces réserves en s’attribuant tout le bénéfice du maintien de la note.

Last but not least, le Premier ministre est également passé à la contre-offensive sur le plan judiciaire en demandant à ses avocats d’exiger une nouvelle formulation de l’acte d’accusation permettant de retarder encore de quelques semaines le début de son procès.

La stratégie du Premier ministre pour les mois qui viennent apparaît donc clairement. Il entend bénéficier d’une amélioration de la situation sanitaire qui commencerait dès les premières vaccinations, d’un redressement de la situation économique qui suivrait, et d’un calendrier politique qui préserve ses intérêts avec le vote d’un budget pour 2020 avant le 23 décembre (faute de quoi, la Knesset serait dissoute automatiquement) et l’adoption en première lecture d’un budget pour 2021 pour faire patienter ses partenaires de Bleu-Blanc (Kahol Lavan), lui laissant les mains libres pour provoquer de nouvelles élections à la date de son choix au premier semestre.

Son rapprochement avec l’un des partis (Ra’am) de la Liste arabe unifiée lui laisse entrevoir de nouvelles possibilités pour obtenir sous une forme ou sous une autre une immunité.

La faiblesse de cette contre-offensive est qu’elle dépend largement de ses partenaires. Mais incontestablement, Binyamin Netanyahou croit une fois de plus à son invincibilité, à la baraka qui l’accompagne depuis le début de sa carrière.

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
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