Ballet diplomatique et marchandage atomique

Le directeur général de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), Rafael Mariano Grossi, prenant la parole lors d'une conférence de presse lors d'une réunion du Conseil des gouverneurs de l'AIEA au siège de l'AIEA de l'ONU à Vienne, en Autriche, le 18 novembre 2020 (Christian Bruna / Photo de la piscine via AP)
Le directeur général de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), Rafael Mariano Grossi, prenant la parole lors d'une conférence de presse lors d'une réunion du Conseil des gouverneurs de l'AIEA au siège de l'AIEA de l'ONU à Vienne, en Autriche, le 18 novembre 2020 (Christian Bruna / Photo de la piscine via AP)

Contrairement aux critiques acerbes et aux commentaires sarcastiques, l’entretien téléphonique entre Biden et Nétanyahou a bien eu lieu. Il a duré plus d’une heure et s’est déroulé dans un esprit chaleureux et franc, telles de touchantes retrouvailles entre deux amis de longue date.  

Certes, il existe entre les deux leaders des divergences dans la conduite des affaires du monde et notamment dans les dossiers brûlants du Moyen-Orient dont celui du projet nucléaire iranien ou la solution du problème palestinien. Mais sur le fond, les deux pays alliés sont conscients que seul un Etat d’Israël fort militairement va dans le sens des intérêts stratégiques communs et consolide un gage de stabilité pour toute la région. Urgent donc de coordonner ensemble la marche à suivre et agir à l’unisson pour contrer toute tentative de l’Iran de fabriquer sa première bombe atomique.

Malgré certaines nuances, cette approche est partagée aussi par les Européens et même par la Russie qui observe sur le terrain les intentions hégémoniques et belliqueuses des Iraniens et ses milices en Syrie et au Liban. Les contacts permanents et amicaux entre Poutine et Nétanyahou ont été mis à l’épreuve ces jours-ci avec la rapide libération d’une Israélienne détenue à Damas.          

La chancelière allemande, Angela Merkel, est aussi consciente du danger iranien. Elle a exprimé ses inquiétudes à propos des multiples entorses de Téhéran à l’accord international sur le nucléaire, lors d’un récent entretien téléphonique avec le président Hassan Rohani. Le président Macron et le Premier ministre britannique Boris Johnson partagent aussi les craintes des Israéliens.  

Comment ne pas s’alarmer au moment où le gouvernement iranien lance un ultimatum et prévoit de restreindre l’accès des inspecteurs de l’AIEA à des installations non nucléaires, y compris des sites militaires suspectés d’avoir une activité nucléaire. Depuis les sanctions imposées par Donald Trump en 2018, les Ayatollahs ont cessé de respecter la plupart de leurs engagements et le Guide spirituel, ayatollah Khamenei refuse tout engagement sans la levée préalable des sanctions.

En l’état actuel, la mission à Téhéran du Directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), Rafael Grossi, devenait impossible pour trouver une solution mutuellement acceptable. D’autant plus qu’on dévoile maintenant que des échantillons prélevés sur deux sites contenaient des traces de matières radioactives.

18 février 2021, après une réunion virtuelle des chefs des diplomaties française, britannique, allemande et américaine, Washington a annoncé accepter une invitation de l’Union européenne à des pourparlers pour relancer les efforts visant à restaurer l’accord de Vienne. Le Département d’Etat a aussi annoncé un allègement des restrictions imposées sur les déplacements des diplomates iraniens auprès de l’ONU à New York

Néanmoins, dans un communiqué américano-européen les diplomates occidentaux soulignent une « préoccupation commune » face à la récente décision iranienne de produire de l’uranium enrichi à 20 % et de l’uranium métallique, qui constitue une « étape-clé dans le développement d’une arme nucléaire ». 

Quelques heures plus tard, le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, réagit en affirmant avec arrogance : « nos mesures sont une réponse aux violations américaines et européennes, nous répondrons aux actes par des actes. »

En fin de compte, tous admettent que seuls les Etats-Unis sont capables de négocier un nouvel accord. A ce stade, la nouvelle administration américaine exige que les Ayatollahs se conforment en premier lieu aux termes de l’accord censé empêcher l’Iran de se doter de l’arme atomique. Téhéran doit donc garantir une coopération entière et rapide à l’AIEA. 

Dans cette partie de bras de fer entre Washington et Téhéran, le président Biden fait plusieurs gestes de bonne volonté mais il est mis à une rude épreuve. Les Européens pressent pour fournir un répit à l’économie iranienne asphyxiée par les sanctions américaines, et souffrante des conséquences de la pandémie de Covid-19. Ainsi, ils souhaitent reprendre avec l’Iran les anciennes affaires commerciales. 

Pour gommer la politique de son prédécesseur et redorer le blason de l’Amérique, Joe Biden est donc prêt à utiliser la diplomatie classique pour revenir sur un nouvel accord avec Téhéran. Va-t-il suivre la politique d’Obama pour tomber une fois encore dans le piège des ayatollahs ? Cette approche à l’égard des Etats voyous ne démontre-t-telle pas faiblesse et désarroi ? Ne renforce-t-elle pas aussi les activités des organisations terroristes et du djihad mondial contre les fidèles alliés des Américains ?  

Devant ce fait accompli, Israël, l’Arabie saoudite et les pays du Golfe devraient former un front commun pour exiger préalablement des gages sécuritaires solides qui concernent non seulement le projet nucléaire mais aussi les missiles balistiques et de croisières, et les actions terroristes financées et commandées par les Gardiens de la Révolution. Un accord cadre qui englobera aussi l’avenir des forces étrangères et les milices chiites en Syrie, en Irak, au Yémen et au Liban. 

Suite à la reprise des négociations avec l’Iran, le gouvernement israélien a publié le 19 février 2021 un communiqué laconique : 

« Israël reste déterminé à empêcher l’Iran d’acquérir des armes nucléaires et sa position sur l’accord nucléaire n’a pas changé. Israël estime que revenir à l’ancien accord ouvrira la voie à l’Iran vers un arsenal nucléaire. Israël est en contact étroit avec les États-Unis sur cette question. »  

Sur le dossier iranien, il existe, pour la première fois, un clair consensus au gouvernement, au sein de l’état-major de Tsahal, et des services du Renseignement. Tous conviennent que l’option militaire demeure toujours sur la table des plans opérationnels. 

Pendant ce temps, devant les intentions de Washington, Londres, Paris et Berlin d’ouvrir de nouvelles négociations avec Téhéran, Jérusalem doit réviser complètement sa politique, agir avec fermeté mais surtout avec beaucoup de sagesse. Pratiquer une diplomatie discrète en prouvant à ses alliés, par des documents irréfutables, que l’Iran est orfèvre dans la pratique du marchandage et du chantage. Il est temps de mettre un terme à la supercherie. En réalité, sur le terrain, Téhéran dissimule ses activités fissiles et s’achemine secrètement vers sa première bombe atomique.  

Cet article a été publié le 21 février 2021 sur le site https://jcpa-lecape.org/

à propos de l'auteur
Ancien ambassadeur d'Israël. Journaliste-Ecrivain. Fondateur et directeur du CAPE de Jérusalem. Auteur de 25 ouvrages sur le conflit Israelo-arabe et sur la politique française au Moyen-Orient ainsi que des portraits-biographiques de Shimon Pérès, Ariel Sharon et Benjamin Netanyahou.
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