Balfour rendu aux Hiérosolomytains

La résidence du Premier ministre sur la rue Balfour, à Jérusalem. (Yaakov Sarre/GPO)
La résidence du Premier ministre sur la rue Balfour, à Jérusalem. (Yaakov Sarre/GPO)

Je reviens de la rue Balfour, angle Smolenskin, dans le centre-ville de Jérusalem ; la rue a été rendue à ses habitants après douze années de fermeture hermétique.

Je reviens de Balfour, la résidence officielle du Premier ministre israélien, restée inoccupée depuis le départ de Benyamin Netanyahou en juillet dernier et dont les barrières de sécurité ont été levées.

Construit dans les années 1930 pour le banquier juif italien Edward Raphaël Aghion, le bâtiment est aussi connu sous le nom de Beit Aghion (Maison d’Aghion).

La bâtisse sera achetée en 1952 par le gouvernement israélien dans le but d’en faire la résidence officielle du ministre des Affaires étrangères.

Ce n’est qu’en 1974 que la bâtisse sise dans le quartier cossu de Réhavia à Jérusalem est devenue la résidence officielle du Premier ministre où celui-ci peut habiter avec sa famille.

Je reviens de Balfour, résidence occupée par Benyamin Netanyahou et sa famille durant quinze ans, symbole du pouvoir en Israël et dont le nom deviendra synonyme de « Etat-Bibi » dans le langage courant de l’Israélien.

Je reviens de Balfour, rue dédiée au secrétaire d’Etat britannique Arthur Balfour dont la célèbre déclaration du 2 novembre 1947 en faveur d’un Etat juif en Palestine restera emblématique pour Israël.

Je reviens de Balfour, bâtiment ultra-sécurisé au centre de Jérusalem dans lequel Netanyahou a assis et consolidé son pouvoir, transformant l’appartement officiel en lieu de travail, y tenant des réunions et y recevant des délégations étrangères.

Je reviens de Balfour ou plutôt de « l’Etat Balfour » comme les détracteurs de l’ex-Premier ministre qualifiait l’Etat d’Israël pour dénoncer l’identification exagérée de Netanyahou à la résidence officielle.

Je reviens de Balfour, bâtisse à laquelle les derniers résidents étaient tellement attachés qu’il leur a fallu quatre semaines pour l’évacuer après le changement de pouvoir en juin 2021 ; à titre de comparaison, en 2009, le Premier ministre sortant Ehoud Olmert avait quitté la maison en quatre jours.

Je reviens de Balfour, dont les murs se souviennent encore des frasques et extravagances de la maitresse de maison Sarah ainsi que de ses différents médiatisés avec le personnel domestique.

Je reviens de Balfour qui, selon un acte d’accusation présenté au tribunal de Jérusalem, aurait vu couler des centaines de bouteilles de champagne offertes par des amis milliardaires à leurs hôtes.

Je reviens de Balfour dont les rues alentours ont été le théâtre, ces dernières années, de manifestations « anti-Bibi » et « pro-Bibi » ainsi que d’affrontements violents avec les forces de l’ordre.

Je reviens de Balfour qui a connu la « contestation Balfour » de l’été 2020 durant laquelle les victimes de la crise économique liée à l’épidémie de Covid-19 brandissaient dans la rue des drapeaux noirs, mêlant les revendications sociales à la contestation politique.

Je reviens de Balfour, une rue rendue à ses habitants, une rue qui a retrouvé calme et sérénité, et surtout, sa raison d’être : la résidence officielle du Premier ministre israélien à Jérusalem.

à propos de l'auteur
Jacques Bendelac est économiste et chercheur en sciences sociales à Jérusalem où il est installé depuis 1983. Il possède un doctorat en sciences économiques de l’Université de Paris. Il a enseigné l’économie à l’Institut supérieur de Technologie de Jérusalem de 1994 à 1998 et à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 2002 à 2005. Aujourd'hui, il enseigne l'économie d’Israël au Collège universitaire de Netanya. Il est l’auteur de nombreux ouvrages et articles consacrés à Israël et aux relations israélo-palestiniennes. Il est notamment l’auteur de "Les Arabes d’Israël" (Autrement, 2008), "Israël-Palestine : demain, deux Etats partenaires ?" (Armand Colin, 2012), "Les Israéliens, hypercréatifs !" (avec Mati Ben-Avraham, Ateliers Henry Dougier, 2015) et "Israël, mode d’emploi" (Editions Plein Jour, 2018). Régulièrement, il commente l’actualité économique au Proche-Orient dans les médias français et israéliens.
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