Ayelet Shaked superstar

On la savait ambitieuse, on la découvre pressée. En prenant la tête de la liste « Droite unie », Ayelet Shaked voit déjà plus loin : rassembler toute la droite – du Likoud aux Kahanistes – sous sa direction. Elle ne manque pas d’atouts. Intelligente, travailleuse, jeune (43 ans), et belle, elle incarne parfaitement le nouveau rêve israélien.

Ashkénaze (russe) par sa mère et sépharade (irakienne) par son père (son nom de jeune fille est Ben Shaül), elle a grandi à Bavli, confortable quartier au nord de Tel-Aviv. Ingénieure en informatique, mariée à un pilote de chasse, mère de deux enfants, elle fait rêver bien des femmes et même des hommes (mais pour d’autres raisons …)

Mais Ayelet Shaked n’est pas qu’une belle image pour magazine sur papier glacé. Son joli sourire cache une volonté de fer et une orientation revendiquée à la droite de la droite : ancienne directrice du cabinet de Binyamin Netanyahou, elle a préféré – avec son associé en politique, Naftali Benett, aujourd’hui réduit à jouer les utilités – quitter le Likoud pour des formations plus à droite. Elle y développera un programme qui a le mérite de la clarté : peine de mort pour les terroristes et sanction de leurs familles ; annexion des Territoires palestiniens (de la zone C dans un premier temps, soit 60 % de la Cisjordanie) …

Ministre de la Justice de 2015 à 2019, elle réussira à imposer la nomination d’un nombre significatif de magistrats « conservateurs » (l’adjectif est d’elle), préalable utile à son grand projet institutionnel : retirer à la Cour suprême le contrôle de constitutionnalité des lois, la Knesset (et le gouvernement pour certaines décisions) devant rester hors d’atteinte des juges.

Ayelet Shaked s’inscrit ainsi dans le courant mondial qui, des Etats-Unis de Donald Trump à la Hongrie de Victor Orban, en passant par l’Italie de Matteo Salvini, vise à instaurer un régime alimenté à la double source de l’autorité et du nationalisme.

Le succès de ce discours en Israël ne doit pas surprendre. Dans un pays en proie au doute et à l’incertitude, les citoyens, en particulier les plus fragiles, sont demandeurs d’un pouvoir fort – ça rassure – et de dérivatifs contre les ennemis réels ou supposés de l’identité nationale (les Arabes, les immigrés clandestins, la gauche …).

A l’heure où ces lignes sont écrites – quelques jours avant le 1er août, date limite pour le dépôt des listes – on se gardera bien de formuler un pronostic précis pour les élections du 17 septembre. Mais entre une droite largement unie, une gauche divisée, et un centre évanescent, la suite est facile à imaginer. En tout état de cause, la droite a trouvé à King Bibi une héritière. Elle ne sera peut-être pas Premier ministre dès cette année. Mais Ayelet Shaked ne fera pas attendre bien longtemps ses supporters : ils sont aussi pressés qu’elle.

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
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