Ayelet Shaked, le maillon faible

La présidente du parti Yamina, Ayelet Shaked, assistante à la conférence Srugim à Jérusalem, le 2 septembre 2019. Photo : Yonatan Sindel / Flash90
La présidente du parti Yamina, Ayelet Shaked, assistante à la conférence Srugim à Jérusalem, le 2 septembre 2019. Photo : Yonatan Sindel / Flash90

Le gouvernement s’apprêtait à faire voter tranquillement le budget au plus tard le 14 novembre sans difficulté apparente, le parti islamo-conservateur Ra’am ayant passé un accord équilibrant les dotations allouées aux localités juives et aux localités arabes avec la ministre de l’Intérieur, Ayelet Shaked.

Ce n’est donc pas la Loi de finances que cette dernière entend remettre en cause. Se proclamant « de droite » et « conservatrice », elle déclare qu’« on ne la fera pas taire », et sur bien des sujets elle s’exprime haut et fort : sur la loi de regroupement des familles (israéliennes et palestiniennes) qu’elle  a refusé d’adoucir, sur la priorité à donner au développement des localités juives dans le Néguev …

Plus encore, elle est hostile au projet de loi préparé par son collègue de la Justice, Gideon Saar, visant à empêcher un mis en examen encourant une sanction pénale au moins égale à trois ans d’emprisonnement de former un gouvernement. Ayelet Shaked considère que ce serait donner au Conseiller juridique du gouvernement – qui doit autoriser la mise en examen des personnalités – le droit de choisir les candidats au poste de Premier ministre.

Elle a fait de la réduction des pouvoirs de ce Haut magistrat l’un de ses combats. Elle dit ne pas vouloir l’éclatement de la coalition, mais cela pourrait bien se produire si elle votait contre ce texte important. Au sein du Likoud, on la considère comme traitre à son camp mais on pourrait lui pardonner si elle faisait tomber ce gouvernement.

Le problème est qu’au sein du grand parti d’opposition, les candidats à la présidence ne manquent pas, et qu’en rentrant au bercail, elle devrait se contenter de peu pendant un temps indéterminé. Il n’empêche. Ayelet Shaked, en jouant un rôle de plus en plus personnel, fragilise un gouvernement qui n’avait pas besoin de cela.

Avec une voix de majorité, une composition éclectique, ce curieux attelage est mis à mal par les initiatives et les propos des uns et des autres qui ne croient pas toujours bon d’en informer le Premier ministre ! Ainsi, de la déclaration comme organisations terroristes de six associations palestiniennes prise par le seul ministre de la Défense, Benny Gantz ; ou encore de l’intention prêtée à la cheffe de la coalition, Idit Silman, de quitter le Parti de Naftali Bennett, Yamina (A droite !) pour celui, centriste, de son successeur désigné, Yaïr Lapid, Yesh Atid (Il y a un avenir) ; sans parler des partis de gauche, Meretz surtout, qui doivent avaler des couleuvres, dont celle de la construction de plus de 3 000 logements dans les implantations juives de Cisjordanie.

Mais la plus critique, la plus audacieuse, la plus déterminée à faire entendre sa différence est incontestablement Ayelet Shaked. Femme forte, elle est aussi le maillon faible d’une coalition de plus en plus fragile.

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
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