Ayelet et Naftali

Naftali Bennett, à droite, et Ayelet Shaked, à gauche, arrivant pour la réunion hebdomadaire du cabinet à Jérusalem, le dimanche 12 décembre 2021. (AP Photo/Tsafrir Abayov, Piscine)
Naftali Bennett, à droite, et Ayelet Shaked, à gauche, arrivant pour la réunion hebdomadaire du cabinet à Jérusalem, le dimanche 12 décembre 2021. (AP Photo/Tsafrir Abayov, Piscine)

C’est l’histoire d’un couple qui ne s’entend plus et décide de divorcer par consentement mutuel. Cette séparation à l’amiable met fin à une dizaine d’années de vie commune ayant marqué la droite israélienne.

Ayelet Shaked et Naftali Benett se connaissent depuis longtemps. Depuis l’époque où la première qui dirigeait le cabinet de Binyamin Netanyahou, alors chef de l’opposition, cherchait un responsable pour animer les campagnes de son mentor.

Ayelet et Naftali, jeunes et brillants, devaient se heurter à l’hostilité de Sarah Netanyahou. Ils quittèrent le Likoud en 2012 pour fonder le Foyer juif, à la droite de la droite.

Elle, laïque, et lui, religieux, avaient pour ambition de « ne plus s’excuser » d’être de ce côté de l’échiquier politique, d’y préconiser la colonisation des Territoires palestiniens pour mieux les annexer, de vouloir amoindrir le pouvoir de la Cour suprême… en un mot, de développer une politique nationaliste décomplexée. Le succès de l’entreprise (12 sièges aux élections de 2013, moins lors des consultations suivantes) devaient les propulser au gouvernement. Naftali Bennett finira par occuper le poste envié de ministre de la Défense et Ayelet Shaked celui de la Justice.

Lorsque Naftali Bennett devint le Premier ministre du « gouvernement du changement », Ayelet Shaked fut nommée ministre de l’Intérieur où elle développera une politique favorisant les implantations juives et restreignant l’entrée de réfugiés (y compris ceux fuyant la guerre en Ukraine). Elle restait solidement ancrée à droite.

Naftali Bennett devant gérer une coalition comportant trois partis de droite, deux partis de gauche, deux partis du centre, et un parti arabe islamo-conservateur, se voyait reprocher par ses électeurs d’abandonner ses convictions et de mener une politique de compromis. Ce n’était pas faux, et c’est dans ce recentrage qu’il faut chercher les raisons profondes du divorce de l’année.

Naftali Bennett, après la dissolution de la Knesset (qui n’est pas encore intervenue à l’heure où ces lignes sont écrites), pourrait faire une pause dans sa carrière politique et laisser à Ayelet Shaked le soin de diriger ce qui reste de leur dernier parti, Yemina, dont rien ne dit qu’il pourrait franchir le seuil d’éligibilité lors des prochaines élections. En fait, Ayelet Shaked voudrait bien revenir au Likoud pour en prendre la tête un jour et devenir Premier ministre.

Le problème est qu’au Likoud on ne veut plus d’elle. On l’aura compris : les deux enfants terribles de la droite israélienne, en se séparant, n’ont pas assuré leurs arrières. Mais ils sont jeunes encore (46 ans pour elle, 50 ans pour lui), et nul doute qu’à l’avenir, ils joueront encore un rôle dans la vie politique. Séparément.

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
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