Avigdor le vertueux

Affiche d'Avigdor Liberman, chef du parti nationaliste de droite Yisrael Beiteinu (Israel Our Home), le mardi 17 septembre 2019. (AP Photo/ Tsafrir Abayov)
Affiche d'Avigdor Liberman, chef du parti nationaliste de droite Yisrael Beiteinu (Israel Our Home), le mardi 17 septembre 2019. (AP Photo/ Tsafrir Abayov)

Venu de sa Moldavie natale en 1978, à l’âge de vingt ans, Avigdor Liberman est devenu l’un des principaux acteurs de la scène politique israélienne. Homme de confiance de Binyamin Netanyahou dans les années quatre-vingt-dix, il est désormais son ennemi juré. Quels cadavres dans le placard entre Bibi et Yvet ?

Depuis des années, l’ancien videur de boîte de nuit réputé pour sa brutalité et sa rouerie est devenu un respectable dirigeant politique. Au ministère des Finances, il s’impose comme le membre du gouvernement le plus influent. Il s’est octroyé un large pouvoir, prévenant les oppositions internes en nommant l’un des siens à la commission des Finances de la Knesset, et un autre au ministère de l’Agriculture afin de réformer ce secteur en profondeur.

La préparation du budget pour 2021 et 2022 lui a donné l’occasion de déployer tout son talent. En ces temps troublés, il a réussi à faire adopter un projet de 432,5 milliards de shekels de dépenses pour 2021 et de 452,5 milliards pour 2022 en maintenant le déficit prévisionnel dans des limites raisonnables : 7,2 % en 2021, 3,5 % en 2022. Soit beaucoup moins que les chiffres proposés par la Banque d’Israël qui n’est pourtant pas un repère de gaspilleurs. Avigdor Liberman est d’abord un libéral.

Il entend favoriser le travail plutôt que l’assistanat et la baisse des prix plutôt que la hausse des prestations sociales. D’où quelques lignes de force de ce budget : incitation au travail pour les publics qui en sont éloignés (femmes arabes, hommes ultraorthodoxes) ; report de l’âge de la retraite pour les travailleuses (65 ans) ; diminution du nombre des fonctionnaires (objectif « zéro papier ») ; adoption de normes internationales ; incitation à l’importation de produits rares ou chers sur le marché israélien (alimentation) etc. Mais Avigdor Liberman, est un libéral pragmatique, pas un ultralibéral.

L’Etat prendra en charge la construction d’un gigantesque métro dans la région centre ; recrutera des médecins et des infirmières ; dotera les forces de sécurité de moyens supplémentaires pour lutter contre la délinquance à l’intérieur et le danger iranien à l’extérieur… Ce gouvernement né il y a sept semaines a connu quelques échecs. L’adoption de ce projet de budget est un franc succès.

Il faudra encore beaucoup de travail de persuasion pour qu’avant le 4 novembre prochain, les députés votent à la majorité absolue (oui, absolue !) le premier budget qui leur est soumis depuis 2018. Nul doute que tous les lobbies, tous les opposants, se mobiliseront afin d’obtenir des avantages supplémentaires pour leurs ouailles, ou mieux encore pour provoquer une dissolution automatique de la Knesset. Mais l’unité du gouvernement (ce n’est pas si fréquent) devrait permettre à Avigdor, le vertueux, de franchir l’obstacle… et de songer à son avenir.

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
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