Avantage pour Nétanyahou devant des résultats embrouillés

Affiche de la campagne électorale montrant le Premier ministre israélien et chef du Likoud Benjamin Netanyahu à Jérusalem le 18 mars 2021, avant les élections générales israéliennes. Photo par Yonatan Sindel / Flash90
Affiche de la campagne électorale montrant le Premier ministre israélien et chef du Likoud Benjamin Netanyahu à Jérusalem le 18 mars 2021, avant les élections générales israéliennes. Photo par Yonatan Sindel / Flash90

Pour l’heure et après la publication officielle des résultats plusieurs scénarios sont à l’ordre du jour pour pouvoir former un nouveau gouvernement. Toutefois, le vote sanction contre Nétanyahou a échoué pour la quatrième fois malgré les manifestations de rue, une presse mobilisée et un procès en cours. Le Likoud demeure un grand parti populaire et toutes les tentatives de ses frondeurs et ses adversaires de le déloger du pouvoir n’ont pas réussi. Les militants d’un parti idéologique demeurent contre vents et marées fidèles à leur leader. 

En revanche, la défaite du « dauphin », Guidon Saar, est forte humiliante. Celui qui prétendait devenir le prochain Premier ministre, le chouchou des journalistes, entre timidement à la Knesset avec une poignée seulement de députés…Il est donc probable que d’anciens proches collaborateurs de Nétanyahou rentreront enfin au bercail… 

Les résultats de ces élections législatives ont prouvé une fois de plus que les instituts de sondages avaient échoué dans leur évaluation, leurs pronostics et projections ne demeurent qu’un échantillon d’opinions éphémères et non une science exacte. La majorité des analystes de la presse a aussi sous-estimé les capacités acrobatiques de Nétanyahou, son acharnement à s’accrocher à la tête du gouvernement, et la volonté de la Droite et des partis religieux de le maintenir au pouvoir. 

Certes, les citoyens israéliens ont protesté et râlé mais, en fin de compte, ils ont compris que malgré toutes difficultés, ils sont quand même heureux de vivre dans ce pays. Ils ne veulent pas remettre si facilement les commandes sur un plateau d’argent, à des « blancs-becs » de la politique et à des politiciens tels que Liberman qui relancent dans chaque campagne la zizanie et la haine à l’égard des partis ultraorthodoxes, ashkénazes comme séfarades.

D’ailleurs, Liberman est l’un des grands responsables de la crise gouvernementale actuelle surtout pour des raisons purement personnelles. Il est capable de changer d’opinion et d’idéologie, de retourner sa veste, et même de signer un pacte avec le diable pour seulement voir Nétanyahou derrière les barreaux.

Le dirigeant du parti centriste, Yair Lapid, n’a pas non plus augmenté le nombre de ses sièges et demeure chef de l’opposition.     

Quant à Benny Gantz, nous devrions saluer sa combativité et sa détermination. Tous les sondages avaient prédit à l’ancien chef d’état-major d’être sous le seuil d’éligibilité. Il obtient enfin huit sièges mais son ambition de devenir Premier ministre n’est pas réalisable, pour l’heure. Dans son ensemble, la Gauche israélienne n’est représentée aujourd’hui que par 13 députés seulement. 

Malgré les clivages des opinions et les fortes divisions, nous constatons donc que la majorité écrasante de la population israélienne se place au centre et à droite de l’échiquier politique.  

Les résultats des élections ont renforcé les partis ultraorthodoxes et ont fait entré à la Knesset des militants nationalistes d’extrême droite. La Cour suprême a autorisé leurs candidatures comme celles des députés arabes antisionistes qui figurent aussi au sein du parti travailliste. Pourtant, ces derniers véhiculent la haine contre les soldats de Tsahal et glorifient les terroristes. 

Ils siègeront à la Knesset tout en ignorant le caractère juif de l’Etat et dire qu’une majorité juive est une sorte de racisme et d’apartheid. Cela dépasse l’entendement mais représente un cas unique au sein des démocraties. Israël est la seule démocratie dans le monde où sont représentés au parlement des partis religieux et arabes. 

Soulignons qu’en France, Marine le Pen a été légitimement candidate à la présidence de l’Etat bien que son parti est d’extrême droite et raciste.  Pourquoi donc deux poids deux mesures concernant Israël d’autant plus qu’il s’agit d’une infime minorité ultrareligieuse qui respecte les lois démocratiques mais interprète à sa manière les lois religieuses tels que le font aussi les islamistes.         

Le pourcentage élevé des absentions est marqué surtout au sein de la minorité arabe dont la liste unifiée n’obtient que 6 sièges seulement. Contrairement aux projections, le parti islamiste Raham entre au parlement avec 4 sièges. Il pourra peut-être offrir à la majorité parlementaire un « filet de sécurité ». D’ailleurs, il bien temps que des députés arabes prennent des responsabilités au sein de l’ensemble de la société israélienne.     

La formation d’un gouvernement est devenue un véritable casse-tête. Dans ce contexte, Nétanyahou semble être le mieux placé pour former une nouvelle coalition de droite avec le parti Bennet et une trentaine de députés membres des différents partis religieux. Toutefois, cette coalition sera fragile et dépendra des caprices des partis charnières. 

Pour sortir de l’impasse, seul un changement profond du système proportionnel actuel offrira une stabilité gouvernementale à long terme. Enfin, nous devrions devant les circonstances et la complexité de la gestion des affaires de l’Etat, d’éviter à tout prix d’aller ridiculement aux urnes pour la cinquième fois.

à propos de l'auteur
Ancien ambassadeur d'Israël. Journaliste-Ecrivain. Fondateur et directeur du CAPE de Jérusalem. Auteur de 25 ouvrages sur le conflit Israelo-arabe et sur la politique française au Moyen-Orient ainsi que des portraits-biographiques de Shimon Pérès, Ariel Sharon et Benjamin Netanyahou.
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