Autoritarisme et liberté

DOSSIER – Le président chinois Xi Jinping, à droite, et le président russe Vladimir Poutine lors de leur rencontre à Pékin, en Chine, le vendredi 4 février 2022. (Alexei Druzhinin, Spoutnik, Kremlin Pool Photo via AP, File)
DOSSIER – Le président chinois Xi Jinping, à droite, et le président russe Vladimir Poutine lors de leur rencontre à Pékin, en Chine, le vendredi 4 février 2022. (Alexei Druzhinin, Spoutnik, Kremlin Pool Photo via AP, File)

La Russie et la Chine sont des régimes autoritaires et centralisés. Les décisions prises en haut lieu ne peuvent être discutées et encore moins remises en question, quelles qu’en soient les conséquences.

Ainsi, la collectivisation soviétique forcée et le grand bond chinois ont été accompagnés de crises de famine qui ont fait des dizaines de millions de morts. La révolution culturelle chinoise a privé la Chine de l’apport de ses intellectuels et de ses universitaires. La répression brutale de Tian’anmen Square a mis fin à la contestation contre la corruption et l’autoritarisme. Aujourd’hui même en Russie, le risque d’un emprisonnement pour une durée de 15 ans attend ceux qui veulent critiquer l’invasion russe de l’Ukraine.

Autoritarisme russe

La Russie a connu deux courtes périodes de libéralisme et de transparence : en 1917 avant que les bolchéviques ne s’approprient le pouvoir et lors de la Perovskaia durant la présidence de Gorbatchev, avant que Poutine n’instaure en Russie les méthodes autoritaires du régime soviétique.

Le régime soviétique s’est écroulé, car les communications modernes ont mis à jour le mensonge des descriptions de l’Occident constitué de va-nu-pieds exploités par des capitalistes véreux. Sous Poutine, l’information est à nouveau contrôlée et la propagande est savamment orchestrée. Combien de temps encore avant que la majorité des Russes ne séparent le bon grain de l’ivraie ?

Autoritarisme chinois

En Chine, le parti communiste chinois (PCC) ne peut se tromper. Ses décisions sont catégoriques et ont force de loi irréfragable. À titre d’exemple, pour pallier les dommages aux récoltes causés par les moineaux, on décida de les exterminer. On en tua près de 2 millions, seulement pour se retrouver avec une infestation d’insectes dont se nourrissaient les moineaux. Pour le PCC, il n’est pas question d’admettre qu’il y a eu erreur.

Le régime chinois contrôle l’information de sorte que seule la voix du PCC se fasse entendre : le PCC ne peut se tromper. Combien de temps se passera avant que la Chine admette que sa politique de zéro covid ne marche pas, que son vaccin administré à 40% de la population âgée n’est pas le plus efficace et que sa projection d’augmentation du PNB ne pourra tenir la route en raison du ralentissement économique dû à la pandémie en Chine même.

Le niveau de vie moyen de la population chinoise s’est amélioré au son des tambours de félicitations dont s’encense le PCC. Mais combien de temps encore avant que la majorité des Chinois ne réalisent que le discours du PCC ne concorde pas toujours avec la réalité ?

L’enjeu technologique

Malgré son niveau scientifique élevé, l’innovation a fait défaut en Russie. Ce pays n’a pu faire le saut à l’ère des télécommunications modernes et des ordinateurs, ce qui a nui à son économie et à sa puissance militaire. De la même façon que la Russie a pris un grand retard dans les technologies numériques, la Chine n’arrive pas à fabriquer les circuits intégrés si tant nécessaires à l’industrie. De fait, ses importations de circuits intégrés sont supérieures à ses importations de pétrole.

Le secrétaire d’État américain Blinken a affirmé : « La Chine est le seul pays qui a à la fois l’intention de remodeler l’ordre international et a de plus en plus les moyens de le faire sur les plans économique, diplomatique, militaire et technologique. » Au plan technologique, la production des circuits intégrés avancés est concentrée à Taiwan, ce qui constitue un certain risque. Pour les superpuissances, il est indispensable d’encourager la recherche et l’innovation dans ce domaine.

Démocraties en danger

Dans les démocraties, la liberté de penser, de contester, la liberté de penser autrement est propice à l’innovation et compte beaucoup pour ses succès industriels. Or, cet avantage est plombé par plusieurs facteurs.

Le fait d’avoir exporté l’industrie manufacturière en Chine a créé une dépendance dangereuse et les gains de la Chine lui ont permis de s’imposer dans plusieurs pays grâce au projet de la nouvelle route de la soie (Belt and Road Initiative) et de monopoliser de plus en plus leurs ressources minières lesquelles deviennent moins accessibles pour les pays d’Occident.

Le politiquement correct qui fait que l’on censure des termes et des thèmes dans les milieux universitaires tue la liberté d’expression et plus d’un professeur s’autocensure. Au point que le milliardaire Elon Musk s’est engagé à rétablir la liberté d’expression en rachetant le réseau de microblogage Twitter.

Enfin, le niveau d’éducation a grandement baissé dans les sociétés gâtées par la vie de facilité. Il est primordial de revaloriser la profession dans le milieu éducationnel et de motiver les étudiants à acquérir des connaissances de façon plus déterminée.

Pour que la liberté survive, il ne faut pas attendre que les régimes autoritaires s’écroulent d’eux-mêmes. Il importe plus de promouvoir les avantages qui ont permis aux démocraties de se maintenir et de prospérer.

à propos de l'auteur
Dr. David Bensoussan est professeur d’électronique. Il a été président de la Communauté sépharade unifiée du Québec et a à son actif un long passé d’engagement dans des organisations philanthropiques. Il a été membre de la Table ronde transculturelle sur la sécurité du Canada. Il est l’auteur de volumes littéraires dont un commentaire de la Bible et du livre d’Isaïe, un livre de souvenirs, un roman, des essais historiques et un livre d’art.
Comments