search

Au son du shofar

© Stocklib / tomertu
© Stocklib / tomertu

« Si nous nous vaccinons en Eloul, nous pourrons écouter ensemble le shofar à Tichri ».

Le Premier ministre, Naftali Bennett, a du goût pour les symboles. La phrase destinée à frapper l’opinion signifie simplement que si les Israéliens ayant refusé jusqu’à présent de se faire vacciner reviennent sur leur décision, et si les plus de soixante ans se précipitent pour recevoir une troisième injection, il n’y aura pas de confinement lors des grandes fêtes en septembre.

Comme à l’accoutumée, le son de la corne de bélier pourrait alors annoncer la fin du jeune de kippour dans des synagogues ouvertes sans restriction. Un jeune journaliste de la chaîne publique (Mickaël Shemesh, Kan 11) a révélé que tout en filant la métaphore, le Premier ministre faisait élaborer un plan de confinement pour la période des fêtes, précisément. Double jeu ? Un peu, mais pas seulement. Le gouvernement espère que la campagne de vaccination en cours permettra d’éviter in extrémis un 4ème confinement. Le coût d’une telle fermeture serait élevé.

Economiquement, mais aussi socialement et politiquement. En fait les autorités craignent que les Israéliens, excédés, fassent preuve d’indiscipline. Déjà, lors des confinements précédents, un manque de civisme avait pu être observé, en particulier dans les communautés arabes et ultraorthodoxes.

Cette fois-ci, le mouvement de révolte pourrait être de plus grande ampleur. Des restaurateurs ont déjà prévenu qu’ils ne coopéreraient pas. Et comme on ne peut pas mettre un policier derrière chaque citoyen, le confinement pourrait s’avérer inefficace. Ce serait le pire des scénarios. Aux pertes de l’économie, aux dégâts psychologiques, s’ajouterait un échec cinglant du pouvoir politique. L’exécutif perdrait une bonne part de sa crédibilité, et hésiterait à s’engager plus avant dans bien des domaines.

Le gouvernement Bennett-Lapid a jusqu’ici manifesté une vraie volonté de réforme. Les huit partis de la coalition et leurs soixante-et-un députés n’ont pas hésité à bousculer des habitudes et des groupes d’intérêts. La lutte contre le Corona sera – sans doute pour longtemps – le principal défi que le gouvernement devra relever. Pour endiguer la pandémie, il lui faudra en permanence arbitrer entre l’efficacité sanitaire et les attentes de la population. D’ici quelques jours, on saura si l’avertissement du gouvernement a été entendu.

Dans la tradition juive, le son du shofar rappelle les Juifs à leurs devoirs. Si l’on veut éviter le 4ème confinement, il ne faudra pas attendre le mois de septembre pour faire preuve de sens civique. Pour le gouvernement, comme pour les citoyens, l’époque est rude. Comme la corne de bélier.

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017), "La gauche a changé" (L'Harmattan, 2023). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
Comments