Au nom de quoi ?

L'écrivain britannique d'origine indienne Salman Rushdie lors d'une conférence de presse le 12 février 1997 à Paris (D); et un exemplaire de l'édition française de son livre "Les Versets sataniques". - Jamais trouvés dans des traductions arabes clandestines incomplètes, "Les versets sataniques" auraient pu passer inaperçus dans le monde arabe, si ce n'était de la fatwa iranienne contre son auteur, Salman Rushdie. La fatwa de l'ayatollah Ruhollah Khomeiny appelant au meurtre de Rushdie - émise le 14 février 1989 et en vigueur depuis.(Photo par MARCEL MOCHET et JOEL ROBINE / AFP)
L'écrivain britannique d'origine indienne Salman Rushdie lors d'une conférence de presse le 12 février 1997 à Paris (D); et un exemplaire de l'édition française de son livre "Les Versets sataniques". - Jamais trouvés dans des traductions arabes clandestines incomplètes, "Les versets sataniques" auraient pu passer inaperçus dans le monde arabe, si ce n'était de la fatwa iranienne contre son auteur, Salman Rushdie. La fatwa de l'ayatollah Ruhollah Khomeiny appelant au meurtre de Rushdie - émise le 14 février 1989 et en vigueur depuis.(Photo par MARCEL MOCHET et JOEL ROBINE / AFP)

Que l’on ne s’y trompe pas, les pages des livres consacrés aux religions monothéistes furent parfois éclaboussées par le sang des innocents. Mais, comme l’on pouvait s’y attendre, l’évolution des théologies et surtout des moyens mis en œuvres pour les appliquer ont abouti à une certaine forme de non-violence excluant d’emblée les exactions physiques.

Malheureusement, il persiste une exception qui entache la foi des millions de ses pratiquants nombreux à penser que leur religion doit s’exercer dans la paix et la tolérance.

Que le lecteur me pardonne, mais, j’ai toujours pensé que, si le terme de « République » était indissociable de celui de démocratie, il était pour le moins difficile de considérer comme telles les républiques qu’elles soient populaires ou islamiques…

Les vieillards rigoristes qui mettent l’Iran sous coupe réglée ont-ils simplement lu le Coran ?

S’ils l’avaient fait, il saurait que, par définition, une Fatwa est avant tout un avis religieux consultatif sur une question de droit tout comme cela existe sous d’autres dénominations dans les grandes religions monothéistes. Ainsi, une fatwa fut émise le 28 avril 2017 par le Congrès des femmes Oulémas dans le but de faire relever l’âge légal du mariage de 16 à 18 ans. Une fatwa ne saurait être une condamnation à mort sans avoir été au préalable avalisée par un tribunal présidé par un Cadi. L’histoire n’est pas nouvelle puisque cette fonction de juge existe depuis la dynastie des Omeyyades et démontre l’inanité de celle proférée par l’ayatollah Rouhollah Khomeini.

Mais, au-delà de l’ignominie que constitue une sentence de mort exercée à l’encontre d’un écrivain dont le seul crime fut de fait valoir sa liberté d’expression, il est bon de rappeler que l’athéisme, droit fondamental de nos démocraties laïques, est considéré comme un crime que ce soit en Mauritanie, au Soudan, en Somalie, au Nigeria, au Yémen, en Arabie saoudite, aux Emirats arabes unis, au Qatar, en Iran, au Pakistan, en Afghanistan, aux Maldives et en Malaisie où il est passible de la peine de mort.

L’acte impardonnable qui vient de frapper Salman Rushdie n’est malheureusement que la partie émergée de ce que le philosophe Abdennour Bidar qualifie de « tabou complet ».

Alors que les grandes religions monothéistes ont progressivement accepté l’interrogation, voire même la contradiction, contradiction mise en évidence de belle manière dans le film « Le métis de Dieu », il ne serait que temps que les maitres à penser de l’Islam, qu’ils soient Chiites ou Sunnites, suivent le chemin tracé par l’imam Hassen Chalgoumi, qui, comme le fit le cardinal Lustiger en son temps, essaie de creuser le difficile sillon de la réconciliation entre le judaïsme et les autres religions.

Que ceux qui osent condamner à mort au nom d’un Dieu dont ils ne connaissent rien méditent donc cette pensée de ce grand auteur qui prophétisa : « Le XXIe siècle sera spirituel ou ne sera pas. », à savoir qu’une vie ne vaut rien, mais, que rien ne vaut une vie…

à propos de l'auteur
Fondatrice du collectif Trans-Europe, première candidate trans a l'élection présidentielle
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