Au-delà du filet : non à la haine normalisée
Il est presque impossible de naître et de grandir au Québec sans être emporté par la frénésie d’une potentielle course à la Coupe Stanley de nos bien-aimés Canadiens. Politiciens, artistes et Montréalais de tous les jours s’y investissent. Il existe un rare consensus dans cette province : le Tricolore doit gagner.
C’est une distraction bienvenue — une distraction qui unit, énergise et nous éloigne brièvement du poids de tout le reste.
Pour moi, cette distraction a pris fin de façon abrupte avec la nouvelle d’une autre attaque terroriste — cette fois à Londres — où deux Juifs ont été poignardés. Le choc a été brutal, mais révélateur. Car, alors même que nous nous rallions autour de moments d’excitation collective, autre chose continue de progresser en arrière-plan, moins visible mais beaucoup plus lourd de conséquences.
Et ce n’est pas un cas isolé.
Ce dont nous sommes témoins n’est pas une série d’incidents déconnectés, mais une campagne d’usure soutenue qui se déroule sous nos yeux. Chaque événement est traité comme un choc sur le moment, puis absorbé dans la routine. Des condamnations sont émises. Des statistiques sont citées. La sécurité est renforcée. Et puis l’attention passe à autre chose.
Pendant ce temps, les conditions sous-jacentes ne changent pas.
Au fil du temps, cette répétition altère la perception. Ce qui aurait été autrefois impensable devient familier. Ce qui devrait alarmer commence à être perçu comme attendu. Ce n’est pas ainsi qu’une société saine réagit à la montée de l’antisémitisme — c’est ainsi qu’elle s’y adapte progressivement.
En même temps, ceux qui s’élèvent contre l’antisémitisme, l’extrémisme violent et les formes de radicalisation — y compris les mouvements islamistes, d’extrême gauche et d’extrême droite — sont de plus en plus rejetés, caricaturés ou dépeints comme des alarmistes ou des pourvoyeurs de désinformation. Lentement, un message subliminal est envoyé : pour faire partie du groupe, il ne faut pas s’exprimer. Pour les Juifs et leurs alliés, le message est d’« effacer votre lien avec votre patrie ancestrale ou votre identité » pour être en sécurité. Cela ne renforce pas le discours public ; cela le dégrade, réduisant l’espace nécessaire à une conversation honnête précisément au moment où elle est le plus nécessaire.
Oui, les actes antisémites augmentent. Oui, les communautés juives sont plus vulnérables. Ce ne sont pas des développements abstraits. Ils font partie d’une réalité plus large qui s’étend au-delà d’un seul incident ou d’une seule zone géographique. Ce qui manque, ce n’est pas la sensibilisation, mais une urgence soutenue. Nous sommes, en effet, en train de valider l’érosion de nos valeurs, à mesure que les courants extrémistes sont plus facilement absorbés. Dans certains cas, la rhétorique autour d’Israël a été utilisée d’une manière qui va au-delà de la critique politique légitime et contribue à l’hostilité, à l’escalade et, dans certains cas, à la violence. En tant que société, nous avons souvent eu du mal à reconnaître comment une telle rhétorique peut évoluer en dynamiques qui mobilisent, endurcissent et soutiennent la radicalisation au fil du temps.
Ce n’est pas seulement un enjeu juif. C’est un test pour savoir si nous sommes prêts à défendre nos propres valeurs — ou à accepter tranquillement leur érosion comme le prix à payer pour détourner le regard.
C’est ainsi que les démocraties s’affaiblissent — non pas par une rupture soudaine, mais par l’accoutumance.
Les réactions sont souvent émotives alors que ce qui est requis, c’est une détermination soutenue. Les mesures de sécurité sont nécessaires mais, à elles seules, insuffisantes. Le soutien gouvernemental, y compris l’augmentation significative du Programme de sécurité communautaire du Canada, est bienvenu et aide à protéger les gens. En même temps, nous ne devrions pas accepter un avenir où certaines communautés doivent construire des murs plus hauts pendant que la haine et l’extrémisme progressent sans entrave. Nous devons également affronter les sources des menaces graves auxquelles nous sommes confrontés avant que le danger ne s’aggrave davantage.
Nous ferions bien de regarder au-delà de nos frontières. Dans certaines parties de l’Europe, l’antisémitisme a réémergé aux côtés de la polarisation, du déclin de la confiance dans les institutions et de la normalisation d’une rhétorique autrefois confinée aux marges. Au moment où les signes avant-coureurs ont été pleinement reconnus, le problème était déjà enraciné.
Nous ne sommes pas immunisés. Pour empêcher la haine de se métastaser, nous devons agir avec urgence — par l’éducation, la responsabilisation et des cadres qui abordent non seulement les actes de haine, mais aussi les environnements qui les favorisent. Il s’agit d’une responsabilité collective pour les gouvernements et la société civile, nécessitant une action soutenue plutôt que des réactions épisodiques aux crises.
La communauté juive sait depuis longtemps que l’antisémitisme est un signal d’alarme ; lorsqu’il augmente, d’autres formes d’intolérance ne sont jamais bien loin. Ce qui commence avec un groupe s’arrête rarement là. Les enjeux impliquent nos valeurs partagées et notre volonté de les défendre pendant qu’il est encore temps. Ce moment exige plus qu’une simple réaction ; il exige de la prévoyance et du courage.
S’il y a une place pour les métaphores liées au hockey, c’est celle-ci : alors que nous espérons des bonds chanceux sur la glace, nous ne pouvons pas jouer à la roulette avec la haine. Ce n’est pas le moment de s’en remettre à la chance ; cela nécessite une défensive disciplinée et un gardien solide. Rien ne doit passer à travers le filet.
Tout comme une foule porte une équipe, la société doit s’opposer fermement à la normalisation de la haine. Alors que ceux d’entre nous qui défendent nos valeurs communes sont majoritaires — jouant en « avantage numérique » — notre manque d’engagement nous amène à concéder trop de buts en désavantage numérique.
Nous devons agir pendant que ces tendances sont encore réversibles, avant que le match ne soit perdu.
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