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Attaque du Hamas contre Israel : 3 clés de lecture

La récente opération du Hamas, soutenue par différentes factions palestiniennes, dont le Jihad Islamique, a pris Israël de court samedi 7 octobre au matin en pleine célébration de la fête de Soukkot. Alors que l’armée israélienne annonce entrer en guerre (une première depuis la guerre de Kippour en 1973) contre le mouvement terroriste palestinien dans la Bande de Gaza, comment expliquer cette opération qui a fait plus de 1 300 morts Israéliens, des milliers de blessés et plus de 150 otages aux mains du Hamas ?

Cinquante ans jour pour jour après le déclenchement surprise de la guerre de Kippour contre Israël, le Hamas insiste sur l’aspect symbolique pour subjuguer une société israélienne toujours très marquée par cette guerre et pour unifier les populations arabes contre Israël.

Première clé de lecture, à l’échelle palestinienne

Depuis le 14 septembre dernier, le Hamas a autorisé et orchestré les frictions à plusieurs endroits le long de la barrière frontalière de la bande de Gaza. Dans le même temps, ces événements ont connu une forme d’escalade en ce qui concerne l’utilisation d’armes à feu (essentiellement des tirs sur les soldats de Tsahal).

Il s’agissait pour le Hamas de remplir plusieurs objectifs :

  1. Modérer les critiques de la branche cisjordanienne du mouvement concernant la non-participation de Gaza aux actions menées en Cisjordanie.
  2. Répondre à la pression exercée sur la direction du Hamas à Gaza par la direction du Hamas à l’étranger, en particulier Saleh al-Arouri, qui fait pression depuis plusieurs mois pour une entrée active et significative de la bande de Gaza dans la campagne terroriste.

L’opération surprise du Hamas lancée samedi dernier depuis Gaza démontre un changement clair de stratégie visant à reprendre l’initiative sur la scène palestinienne.

Elle s’inscrit dans une séquence qui a vu une escalade continue des opérations terroristes en Cisjordanie, à Jérusalem et en Israël. La direction du Hamas (Saleh al-Arouri depuis Beyrouth et les dirigeants du Hamas depuis Gaza) continue d’encourager le terrorisme palestinien en Cisjordanie et de développer l’infrastructure, y compris les laboratoires d’explosifs et la contrebande d’armes (également avec l’aide de l’Iran et du Hezbollah), et se concentre sur le développement de l’infrastructure terroriste dans le sud du Liban. Dans le même temps, l’Autorité palestinienne qui, depuis la fin de l’opération « Home and Garden » à Jénine en juillet dernier, a commencé à agir avec une plus grande détermination dans la région de Jénine, mais surtout à Naplouse, Tulkarem, Qalqilya et Ramallah, a été entraînée dans des affrontements avec les jeunes Palestiniens et est considérée dans la rue palestinienne comme « collaborant avec l’occupation israélienne ».

Deuxième clé de lecture, la représentation d’un Israël faible, sclérosé par des luttes internes.

Depuis plusieurs mois, la situation interne en Israël n’a cessé de se détériorer. Si la réforme judiciaire souhaitée par la coalition gouvernementale menée par Benjamin Netanyahu (la plus à droite du pays) a été au cœur de manifestations jamais connues par le pays, entre anti et pro-réforme, elle a aussi entraîné des appels de réservistes dans de nombreuses unités, y compris d’élites, à ne pas remplir leurs obligations. Bien qu’il soit difficile d’appréhender l’impact de telles actions, ce mouvement sans précédent dans l’histoire du pays, et motivé par une remise en question de l’essence même d’Israël, avait été critiqué par de nombreux responsables militaires israéliens, de gauche comme de droite.

Autre point, des tensions inquiétantes sont apparues entre les dirigeants politiques israéliens et les responsables de la sécurité, principalement en ce qui concerne l’aptitude opérationnelle de Tsahal à la lumière des mesures prises par les officiers supérieurs réservistes, en particulier dans l’armée de l’air. Bien que ces tensions ne soient pas nouvelles, dans le contexte de la profonde crise sociopolitique actuelle, le fait qu’elles aient pénétré le discours des responsables de la sécurité nationale a gravement nuit à leur confiance réciproque et à celle du public à l’égard du gouvernement et de l’armée.

Parallèlement, et comme influencée par la faible gouvernance de l’Autorité palestinienne, la gouvernance israélienne concernant la violence d’activistes juifs contre les Palestiniens s’est également affaiblie. Pire encore, cette violence est en partie le fait de politiciens qui, au lieu de la dénoncer, choisissent de l’expliquer, de la justifier et de censurer les commandants de l’armée israélienne et le chef du Shin Beth, l’agence de sécurité israélienne. Bien que les Palestiniens n’aient besoin d’aucune justification pour recourir à la terreur contre les Juifs – ils ont suffisamment de raisons qui leur sont propres – la politique d’endiguement israélienne, ou, à défaut, l’absence de détermination requise et du soutien politique nécessaire à cette détermination, jettent de l’huile sur le feu du terrorisme qui n’a cessé de croître.
Cette situation n’avait pas échappé aux leaders du Hamas. Dans une interview donnée le 25 août dernier aux médias du Hezbollah et du Hamas, Saleh al-Arouri déclarait « les dirigeants israéliens d’aujourd’hui sont guidés par l’idéologie, ne sont pas composés de vétérans de l’establishment de la sécurité et ne se sentent pas obligés de prendre des décisions et des engagements, comme leurs prédécesseurs ». M. Al-Arouri a également déclaré qu’avec sa politique, le gouvernement israélien actuel « renforce la motivation des jeunes Palestiniens à étendre la résistance à l’ensemble de la Cisjordanie et à accroître sa dimension populaire. La protestation s’étendra, et lorsque des milliers de jeunes y prendront part, le changement tant attendu dans l’équilibre des forces se produira ».

Interview de Saleh Al-Arouri à Mayadeen TV ( Liban), le 25 août dernier.

Troisième clé de lecture, la reconfiguration à l’échelle régionale défavorable à l’Iran.

Depuis septembre 2020 et la signature des Accords d’Abraham avec les Emirats Arabes Unis, le Bahreïn et le Maroc, Israël s’est engagé dans un processus de normalisation qui a résisté jusqu’à maintenant à la montée des tensions entre Israéliens et Palestiniens. Mais l’annonce d’un rapprochement avec l’Arabie Saoudite a considérablement inquiété Téhéran et ses proxies, en premier lieu desquels le Hezbollah, le Hamas et le Jihad Islamique. Fortement souhaité par l’administration Biden, cette normalisation israélo-saoudienne a un coût élevé pour Washington : un pacte de défense, des armes de pointe et, surtout, la promotion d’un projet d’enrichissement d’uranium sur le sol saoudien. La défendre au sein même du camp démocrate, très critique d’Israël, et obtenir le soutien de l’opposition républicaine.

Pour le président américain, le rôle d’Israël était de proposer des mesures significatives sur la question palestinienne qui lui permettrait de persuader les opposants attendus à Washington de la soutenir.

L’administration espérait aussi profiter de l’occasion pour ramener Israël à une ligne de conduite stricte avec les Palestiniens, qui empêchera le déraillement de la vision de deux États. Dans ce contexte, il a été souligné que le président Biden attend d’Israël qu’il adopte des mesures immédiates pour empêcher la détérioration de la sécurité et de l’économie dans l’arène palestinienne. Il est vrai que les Palestiniens avaient été laissés pour compte dans la mise en œuvre des Accords d’Abraham, de nombreux analystes soulignant d’ailleurs qu’il n’était pas possible d’envisager un déploiement vers Riyad sans une avancée même symbolique sur ce dossier. Du coté des opposants aux Accords, principalement à Téhéran, le déraillement d’un rapprochement israélo-saoudien est apparu comme un impératif stratégique. Le feu vert donné aux Hamas et au Jihad islamique lundi dernier par les Gardiens de la Révolution pour mener une opération majeure contre Israël s’inscrit dans ce contexte.

à propos de l'auteur
Chercheur en géopolitique auprès de l'Institut français de géopolitique (Université Paris 8), diplômé de l'Ecole Normale Supérieure-Ulm et de l'Université Panthéon Sorbonne, il a vécu à Bruxelles et travaillé sur les questions internationales au Parlement Européen. Il est le fondateur de l'Observatoire européen des Accords d'Abraham.
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